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Écotaxe : nouvelle reculade du gouvernement

Publié le par Daniel Sario

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a annoncé mardi la suspension de la mise en place de l'écotaxe pour laisser place au dialogue sur cette mesure fiscale controversée qui a provoqué une levée de boucliers, notamment en Bretagne.

"Il nous faudra changer des modes de prélèvement... taxer moins le travail, plus les pollutions" déclarait François Hollande le 14 septembre dernier. Une nouvelle fois, le gouvernement a reculé et cédé au lobbying patronal. Suite à une réunion avec des élus bretons et les ministres concernés par ce dossier – ceux de droite ayant décidé de boycotté la réunion –, le Premier ministre a rendu ses arbitrages et a confirmé mardi la suspension de la mise en place de l'écotaxe, dispositif visant à taxer la circulation des poids lourds afin de financer les infrastructures ferroviaires et fluviales, pour tenter d'endiguer la crise en Bretagne. "J'ai la conviction qu'il n'y aura pas d'issue à la situation tant qu'il n'y aura pas de dialogue", a affirmé Jean-Marc Ayraul. "C'est pourquoi j'ai décidé la suspension de la mise en oeuvre de l'écotaxe pour nous donner le temps nécessaire d'un dialogue au niveau national et régional", a-t-il annoncé, précisant toutefois que "suspension n'est pas suppression". Selon le Premier ministre, cette taxe poids lourds, prévue par la précédente majorité, doit être "corrigée". "Pour y parvenir, il n'y a qu'un moyen, c'est le dialogue", a dit le Premier ministre.

Thierry Le Paon: " un nouveau cadeau au patronat": Cette suspension, sans limite de durée, est nationale "afin d'éviter les distorsions entre les territoires et les entreprises", a précisé à l'AFP le député PS Jean-Jacques Urvoas, qui avait annoncé la décision du Premier ministre dans un communiqué avant que celui-ci ne prenne la parole. Elle ouvre selon lui "la voie à l'élaboration collective du plan d'avenir pour la Bretagne dont notre région a un besoin impérieux". Pour le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, " Cette annonce ne répond cependant pas à l'ensemble du malaise et de l'exaspération qui s'expriment aujourd'hui en Bretagne. La suspension de l'éco-taxe n'apporte aucune réponse à la situation de l'agroalimentaire et à la multiplication des fermetures d'usines qui touchent directement les salariés bretons. Ce dont ont besoin nos concitoyens, c'est de perspectives de changement à gauche. Le gouvernement doit cesser cette politique à la petite semaine faite d'annonces et de reculades successives. La France a besoin d'un gouvernement de gauche solide et non d'un "Exécutif girouette". De son côté Thierry Le Paon, le secrétaire de la CGT avait explique le matin sur BFMTV :  "Les patrons se sont organisés dans le pays pour ne plus payer de cotisations sociales, d'impôts, et pour ne plus payer l'écotaxe, je remarque qu'ils s'organisent très bien", Anticipant la reculade du premier ministre, le secrétaire national de la CGT avait estimé que "si le gouvernement cède, ce sera un nouveau cadeau fiscal aux entreprises", qui "ont l'oreille du gouvernement" et "perçoivent chaque année 200 milliards d'euros d'aides". "Les patrons ont pris un camp d'avance sur nous", "mais plus le gouvernement cède à droite, plus il est en difficulté sur sa gauche"

Mamère se dit "accablé" et interpelle les ministres écologistes. L'eurodéputé écologiste José Bové a jugé mardi "minable" la suspension "sine die" de l'écotaxe. "Cette suspension sine die, c'est juste minable, c'est une reculade vraiment invraisemblable face à un lobby agro-industriel mené par le président de la FNSEA, Xavier Beulin, et le Medef pour casser une logique économique qui aurait été la relocalisation", a-t-il déclaré. "La volonté de l'agro-industrie c'est de maintenir le même modèle: toujours produire plus dans le moins de fermes, avec le moins de salariés possible et en continuant à polluer le plus longtemps possible... Le Premier ministre, aujourd'hui, avec le ministre de l'Agriculture est complice de cette logique", a-t-il continué, fustigeant un "discrédit total de la parole écologique du gouvernement". Le député écologiste Noël Mamère s'est pour sa part dit  "accablé" par la décision d'ajourner l'écotaxe, y voyant "le peu de considération de l'exécutif pour la transition écologique", et a invité les écologistes à s'interroger sur leur présence au gouvernement. L'élue francilienne Emmanuelle Cosse, pressentie à la tête d'EELV, déplore sur Twitter un «très mauvais signal» de la part du gouvernement. France Nature Environnement (FNE) a jugé mardi "lamentable" l'annonce par le gouvernement de la suspension sur l'ensemble du territoire de l'écotaxe poids lourds pour laisser le temps au "dialogue". "C'est lamentable, il n'y a aucun courage politique", s'est insurgé Bruno Genty, président de cette fédération regroupant quelque 3.000 associations environnementales, joint par l'AFP. "Une mesure votée par la droite comme la gauche est remis en cause à partir du moment où un groupe d'individus cassent des biens publics", a-t-il déploré.

Écotaxe : nouvelle reculade du gouvernement

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