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Front de gauche, l'espoir à l'échelle des villes

Publié le par Daniel Sario

Dans une enquête qualitative menée sur trois groupes d’électeurs du PCF et du Front de gauche, l’Ifop relève les attentes fortes de politiques de gauche au niveau municipal face à la déception créée par le gouvernement et l’atout que représentent, dans ce contexte, l’image et le bilan flatteurs des élus communistes.

Quelle place tiennent le PCF et le Front de gauche dans les esprits des électeurs de gauche ? Quelles sont leurs attentes à quelques mois des élections municipales ? Croient-ils toujours dans l’efficacité de la politique pour améliorer le quotidien ? Des questions essentielles pour les responsables politiques de gauche qui, en des temps troublés, cherchent parfois quel cap tenir. Mais des questions que les traditionnels sondages quantitatifs, aux réponses suggérées, ne suffisent pas à éclairer. C’est pour avoir une perception plus juste de ces réalités que le PCF a commandé à l’institut Ifop une étude d’opinion «qualitative» : pas de statistique mais des paroles libres recueillies et recoupées parmi des panels sélectionnés. L’institut a ainsi interrogé trois groupes d’électeurs ciblés pour l’intérêt particulier que représente leur perception : le «cœur de cible», un groupe de Franciliens de la «banlieue rouge» (Saint-Denis, Nanterre, Bobigny, Villejuif…) et «électeurs du PCF» ; «les électeurs de Jean-Luc Mélenchon en 2012» interrogés à Montpellier ; et, enfin, le groupe des «électeurs PC face à la menace FN», dans le Vaucluse, où l’extrême droite compte des élus.

Un découragement sur les questions nationales, un engagement au local. Dès les premières pages de l’étude, c’est le désenchantement qui l’emporte. Les personnes interrogées décrivent une France en déclin, vieillissante et prenant du retard sur la marche du monde. Les comparaisons sont éloquentes : «C’est comme l’Espagne d’il y a trente ans ; la jeunesse aujourd’hui s’expatrie», expose l’un des sondés. La crise elle-même est sujette aux doutes : on ne sait plus si elle est «systémique», «sans précédent»… ou un simple alibi pour faire passer la pilule de l’austérité. C’est aussi l’image d’un pays «éclaté» qui se dessine dans les esprits. Les personnes interrogées pointent les «fractures» de la société française : riches contre pauvres ; Paris contre province ; entre secteur public et secteur privé. Mais attention : il s’agit là de leur vision de la réalité qu’ils vivent, pas de souhaits. Ainsi l’Ifop note que «les tentatives de divisions (notamment entre les Français et les immigrés) (…) agacent ces électeurs, parce qu’ils les trouvent illégitimes et porteuses de tensions négatives pour l’équilibre du pays».

Les sondés reconnaissent une qualité au gouvernement : «On monte moins les gens les uns contre les autres, là, on est un peu plus serein, on ne va pas chercher le voisin», note l’un des membres d’un panel. Mais cela n’empêche : le gouvernement est principalement perçu comme n’ayant plus la main sur les décisions et ayant renoncé même à la reprendre. «J’ai l’impression qu’ils n’ont plus les commandes», dit un autre. Surtout, le gouvernement n’a pas su rétablir de sentiment de justice sociale. Les sondés issus de la classe moyenne se sentent pris en étau entre les plus riches «qui s’en sortiront toujours» et les plus précaires qui bénéficient d’aides auxquelles ils n’ont pas le droit. Même si aucun ne s’en prend à l’«assistanat», tous regrettent le constat d’un système inefficace et mal calibré.

En résumé, c’est le portrait d’une France qui se dégrade en général qui apparaît pour chacun : «Je suis obligé de beaucoup plus travailler pour avoir le niveau de vie que j’avais avant», lit-on. Mais, pour autant, parmi ce «peuple de gauche», rien ne montre de propension à la mobilisation : «Se battre contre des politiques qui ne peuvent pas grand-chose ?» interroge un participant. Dépossédés des enjeux nationaux, les sondés se replient sur la sphère locale et y développent de nouvelles formes d’engagement, qui «semblent parfois davantage relever d’une forme de “militance du système D”» collectivement organisée au niveau local, selon l’Ifop, que de nouvelles formes de lutte collective.

Une demande de radicalité à gauche, et d’unité contre la droite et le FN. Reste qu’à rebours du brouillage actuel des repères politiques, les électeurs communistes et Front de gauche partagent une vision claire de ce qu’est, pour eux, être de gauche. Un mot qu’ils associent à «l’humain», au «partage» et à la «solidarité», en «opposition à l’individualisme» et «surtout au règne de l’argent», constatent les enquêteurs : «L’argent pour vivre et non l’inverse», «ne pas céder à l’économie de marché» définissent, pour les sondés, ce que sont les valeurs de la gauche. «La fidélité à des idées d’humanité et de solidarité» est ainsi plébiscitée, relève l’Ifop. «Ne pas considérer l’autre comme un ennemi potentiel comme on l’a trop présenté pendant les cinq années de droite», donne ainsi pour exemple de «façon d’être» de gauche l’un des sondés.

Derrière cette conviction forte, des différences géographiques apparaissent néanmoins : si, chez les habitants de villes d’Île-de-France à direction communiste, «la force des convictions laisse peu de doutes sur la persistance chez eux d’un net clivage gauche-droite, (…) à Montpellier et à Avignon, les choses se révèlent beaucoup plus floues», témoignant d’un «fort désabusement» alimenté par «l’impression d’équivalence, une fois au pouvoir», entre gauche et droite, souligne l’Ifop. Le PS, dont l’image est «abîmée par l’exercice du pouvoir», souffre de ce dernier aspect, car identifié à un parti qui a «perdu son âme» ou accusé de «baisser les bras» face à la droite. Dans ce cadre, le Front de gauche apparaît comme un mouvement prometteur, quoique «jeune», «encore brouillon mais foisonnant» et «prêt à en découdre», rapportent les enquêteurs. À son actif, son «statut de mouvement», qui dépasse les frontières des partis pour favoriser le «rassemblement» qui porte le «renouveau» et «la contestation vraiment à gauche» : «On est à la naissance d’un truc qu’il ne faudrait pas gâcher», dit un électeur francilien.

Mais des zones d’ombre et des questionnements subsistent sur sa représentativité des couches populaires («Le Front de gauche, c’est les bobos, (…) les gens cultivés…»), et sur son «isolement» potentiel, «soit par manque de crédibilité et d’audience, soit par sectarisme. Dans ce contexte, le positionnement du Front de gauche face au PS et au gouvernement suscite des réactions ambivalentes», relèvent les enquêteurs. Autant son «ancrage à gauche est apprécié et nécessite l’expression d’une forme de radicalité», «autant la critique systématique peut s’annoncer dangereuse» pour «l’union de la gauche» perçue comme «importante et nécessaire» face à la droite et au FN : «Quand je vois le Front de gauche contre les socialistes, ça ne me plaît pas trop» ; «ce n’est pas une fin en soi de tout critiquer», disent des sondés.

Le Front de gauche peut cependant compter sur l’image des élus communistes, qui influe «très positivement» sur celle du PCF, grâce à «leur proximité et leur accessibilité», «leur implication au plus près du terrain» et «leur politique en matière de logement, de mixité sociale, de culture» qui «place l’humain au ‘‘centre de tout’’», indique l’Ifop («Sur le terrain, fiables, humains, ils ont les mêmes attentes que nous», dit un électeur). Idem pour les villes à direction communiste qui «suscitent un très fort niveau d’attachement» chez les électeurs du Front de gauche, qui les voient comme «des villes mixtes, solidaires, […] avec un accès facilité au logement, à la santé, aux aides en direction des jeunes», et où «l’Humain d’abord» devient un «slogan crédible» parce que, «dans la réalité, c’est suivi des faits», selon l’un des membres du panel.

Le prochain rendez-vous de la gauche avec ses électeurs : les municipales. Ce sont donc les prochaines élections municipales qui sont naturellement le prochain enjeu pour les communistes, selon l’Ifop. L’échelon communal est perçu comme plus proche du quotidien des citoyens et les responsables politiques semblent y disposer de marges de manœuvre beaucoup plus large, estiment les électeurs du Front de gauche. La proximité des élus locaux donne aux électeurs la possibilité d’influer sur la vie courante. Un témoignage recueilli pour l’étude l’explique : «C’est la première représentation de nos choix, c’est là qu’on mesure en premier si ce qu’on veut est appliqué réellement ; on a un petit pouvoir». Logiquement, ce sont les enjeux locaux qui sont en tête des préoccupations déterminantes de ces électeurs. Tous ont déclaré qu’ils se prononceraient par leur vote sur le bilan de la municipalité sortante (pour les habitants de ville à direction communiste) ou sur son projet, parfois sur la notoriété d’une personnalité. Chez aucun des électeurs sondés, il n’a été mentionné l’envie de sanctionner le gouvernement par ce scrutin.

Chômage, logement, pouvoir d’achat : les enjeux sur lesquels veulent se prononcer les électeurs communistes ou du Front de gauche ne surprennent pas. Mais le thème de la sécurité s’invite aussi parmi leurs préoccupations. Pour le groupe d’Avignon, c’est à mettre en relation avec une situation politique locale tendue. Mais si le problème est évoqué dans les deux autres groupes, en région parisienne et à Montpellier, c’est par crainte que le FN en profite pour marquer des points. Une crainte du FN qui s’exprime beaucoup plus largement, chacun sentant une poussée placée sur le compte de la déception vis-à-vis du gouvernement, de la porosité croissante entre droite classique et extrême droite et de la forte médiatisation de cette dernière. Désespérant ? Non ! L’Ifop note en conclusion les atouts du PCF pour les municipales : une image très favorable des élus communistes municipaux, les spécificités perçues des villes à direction communiste en matière de politique du logement, de dynamisme culturel, de «vivre ensemble» ; et, enfin, une légitimité incontestable de ces élus à «fédérer les initiatives locales ».

La méthodologie de l’enquête ifop. Étude réalisée pour le Parti communiste français du 23 au 25 septembre 2013. Profil des groupes :

Paris : hommes et femmes, âgés de 25 à 60 ans, classes moyennes basses, électeurs traditionnels du Parti communiste français, habitant différentes villes communistes de l’agglomération parisienne.

Montpellier : hommes et femmes, âgés de 25 à 60 ans, classes moyennes, se déclarant à gauche ou très à gauche sur l’échiquier politique, électeurs de Jean-Luc Mélenchon en 2012, habitant Montpellier.

Avignon : hommes et femmes, âgés de 25 à 60 ans, classes moyennes, électeurs traditionnels du Parti communiste français, habitant Avignon.

 

Meeting du Front de gauche à Montpelliet en février 2012

Meeting du Front de gauche à Montpelliet en février 2012

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