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L’écoute sélective

Publié le par Daniel Sario

Par Jean-Paul Piérot

La suspension sine die de l’écotaxe annoncée hier par Jean-Marc Ayrault ressemble plus à une capitulation en rase campagne devant le Medef, coiffé pour la circonstance du «bonnet rouge» de la rébellion, qu’à un recul tactique ou à un simple geste d’apaisement destiné à faciliter une reprise de dialogue avec la Bretagne qui souffre.

Et finalement la question est moins de disputer si le gouvernement aurait dû ou aurait pu opposer une plus vive résistance à la contestation, au risque de voir se prolonger un climat de violence sur les routes du Finistère et du Morbihan au point d’incandescence que la tension avait atteint, que de savoir comment on en est arrivé là. La Bretagne est frappée par la crise d’un modèle économique, pour parler clair : d’un libéralisme aux conséquences particulièrement calamiteuses dans le domaine de l’agroalimentaire, avec son cortège de productivisme qui détruit les exploitations familiales et de dumping social qui appauvrit les salariés et engendre le chômage. C’est, sur la ligne d’arrivée, le grand patronat qui empoche le jackpot au mépris de la défense de l’environnement et de la nécessité d’une transition écologique.

Il n’y a pas lieu de parer de toutes les vertus cette taxation de la pollution adoptée au début de 2010 par la représentation nationale dans la foulée du Grenelle de l’environnement. Encore moins de dresser des lauriers à la droite alors aux affaires qui reporta l’application de la loi à 2014, soit au-delà du quinquennat Sarkozy, et offrit la concession de la gestion de l’écotaxe à une société privée Éco-mouv, lui assurant un fermage annuel de 250 millions et un dédommagement de 800 millions en cas de dédit : un scandale jusqu’à aujourd’hui tenu secret pour le grand public. Aujourd’hui, la suspension, ou son enterrement, de la taxe écologique est accueillie comme un geste, coûteux, du gouvernement en faveur des entreprises de transport et des groupes de la distribution, mais elle n’apporte aucune solution à la crise du secteur alimentaire, aux fermetures d’entreprises qui, de Doux à GAD, jettent à la rue des milliers de salariés, sèment le désespoir social.

Ce pitoyable épilogue s’inscrit dans une dynamique redoutable de reculade en reculade, dans laquelle s’est mis et laissé entraîner l’exécutif au moindre clignement d’yeux du monde de l’argent. Que de reniements ont été imposés à la majorité parlementaire depuis le premier envol des « pigeons » et l’entrée dans le débat public du thème trompe-l’œil du « ras-le-bol fiscal », manière de plaindre les plus riches, de vilipender les dépenses publiques et d’éviter la question de la justice fiscale. Pour n’avoir pas engagé une véritable réforme de la fiscalité, le gouvernement a laissé se développer un climat de rejet de l’impôt et, conséquemment, de recul des principes de solidarité au sein de la société. Ce que déplorait hier André Chassaigne, chef de file des députés du Front de gauche, en fustigeant « l’improvisation et le bricolage fiscal ».

Le gouvernement manquerait-il de fermeté ? Tentative d’explication un peu rapide, comme celle opposant un François Hollande indécis à un Manuel Valls débordant de testostérone. Pour imposer une contre-réforme des retraites, il sait se montrer inflexible. Le problème est plutôt une capacité d’écoute sélective. S’il suffit au patronat de murmurer à l’oreille du président, il ne reste au mouvement social, au monde du travail qu’à crier beaucoup plus fort.

L’écoute sélective

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