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"Le trop déjà trop..."

Publié le par Daniel Sario

De Jean-Emmanuel Ducoin (L'humanité)


Les heures de grandes trahisons en disent toujours autant sur ceux qui les assument que sur le moment où elles sont commises. Un jour sans doute, dans les futurs manuels de sciences politiques, des historiens s’interrogeront pour savoir comment des élus socialistes et ministres socialistes soutenus par un président socialiste ont pu à ce point mépriser les plus démunis à l’instar des plus droitistes sarkozystes et se revendiquer encore de Jaurès, la main sur le cœur et l’écharpe rouge en bandoulière…

En politique il n’y a jamais de hasard. Les conditions d’expulsion de Leonarda, cette collégienne rom du Doubs soustraite de force à une sortie scolaire, ont quelque chose d’ignoble qui illustre, mieux que toute considération philosophique, la pourriture du climat actuel et l’état de détérioration du minimum de valeurs requises pour se prétendre acteur – et défenseur qui plus est – du Pacte républicain en tant qu’idéal majuscule.

Rarement la politique n’a été aussi « déshistorisée » qu’aujourd’hui, comme si un certain mépris pour le peuple et une certaine indifférence pour l’histoire entretenaient un rapport direct. Une preuve ? Croyez-le ou non, mais avant de recevoir son aller simple pour le Kosovo avec toute sa famille, la petite Leonarda a été arrêtée sur le parking du collège Lucie-Aubrac. Ainsi vivons-nous le temps des symboles eux-mêmes ignorés, quand ils ne sont pas piétinés. Inutile d’imaginer ce que la grande dame en aurait dit. Elle aurait été à nos côtés, une fois encore, pour exprimer avec nous notre honte pour tous ceux qui, de près ou de loin, ont collaboré à cette arrestation. Notre consternation est immense devant ce gouvernement qui ne respecte décidément plus rien et se permet d’associer le nom d’une résistante à une enfant expulsée pendant ses activités scolaires. Besson et Hortefeux ont trouvé leur successeur en indignité. Il s’appelle Manuel Valls. Mais que fait-il encore place Beauvau ?

Déjà, nous devinons la lâcheté à venir : trouver le lampiste de service, probablement le préfet du Doubs, qui a donné l’autorisation pour cette opération de basse police. Pris par l’ampleur de la polémique, Manuel Valls a dû annoncer, hier, qu’il lançait une « enquête administrative » sur les « conditions d’éloignement » de cette collégienne. Vous remarquerez la pudeur des mots : « éloignement » pour ne pas dire expulsion. En somme, nous devons attendre qu’un subalterne trinque, alors qu’il n’a fait que mettre en œuvre les consignes ? Trop c’est trop, dit-on en pareille circonstance. Mais le trop était déjà trop depuis longtemps. Franchement, ne croyez-vous pas que des centaines de milliers de personnes, héritières de l’immigration ou non, auraient déjà dû manifester quand le même ministre affirmait qu’une population, en tant que population, était incapable de s’intégrer en France ? Il est cruel d’avoir à le clamer à un homme qui se revendique de la gauche, mais cette défaite de la pensée se double d’une défaite politique, car cette idée est bel et bien d’essence antirépublicaine !

Le 24 septembre dernier, interrogé sur l’ouverture de l’espace Schengen à la Roumanie, Manuel Valls, plus cynique que jamais, déclarait : «Ce qui est actuellement en discussion, c’est seulement une ouverture partielle limitée aux seuls aéroports. C’est une mesure qui faciliterait la vie des hommes d’affaires, sans autres conséquences.» Vive les riches, à bas les pauvres ! L’immigration choisie du sarkozysme triomphant était officiellement le choix du gouvernement actuel. Qui ne dit mot consent ; nous attendons toujours la réaction de François Hollande. Cette situation insupportable mérite un sursaut républicain et citoyen. Tout de suite.

 

"Le trop déjà trop..."

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