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Remise à plat ou révolution fiscale?

Publié le par Daniel Sario

Par Jean-Paul Piérot

Le pavé parisien a repris hier les couleurs de la gauche. Les dizaines de milliers de marcheurs ont redonné à la contestation sociale un sens et une perspective qui lui faisaient trop souvent défaut au cours de ces derniers mois. Si le rouge était mis entre la place d’Italie et Bercy, on était loin de l’opération camouflage des « bonnets rouges » et des mots d’ordre populistes sur le «ras-le-bol fiscal», d’une jacquerie anti-impôts avec le Medef à la manœuvre. Le Front de gauche a replacé les termes du débat en appelant à une révolution fiscale qui pose la justice sociale au cœur de la contribution de tous, de chacun selon ses moyens, au fonctionnement de la société. S’il y a bien une exaspération au sein du monde du travail, elle n’est pas un ras-le-bol fiscal, mais un ras-le-bol de l’injustice fiscale. En France comme ailleurs, les plus chauds partisans du moins d’impôts sont aussi les promoteurs du moins d’État, du moins de dépenses sociales et de services publics, en d’autres termes de la régression sociale.

On ne peut conduire le changement social sans une politique fiscale efficace et équitable. François Hollande semblait en être convaincu au cours de sa campagne électorale, avant de se hâter d’oublier ses promesses de réforme une fois installé au palais de l’Élysée. Aujourd’hui, le premier ministre Jean-Marc Ayrault annonce vouloir «remettre à plat» la fiscalité. C’est à la fois un aveu d’échec des choix faits en la matière depuis mai 2012 et une manière de donner, à son corps défendant, raison aux responsables et aux élus du Front de gauche qui estiment qu’il y a là une question majeure, un marqueur d’une politique pour l’humain d’abord. Si le gouvernement veut donner un signal de sa sincérité, la première et immédiate mesure à prendre serait d’annuler la hausse de la TVA prévue en 2014 qui se soldera par une facture de 6 milliards d’euros pris en majorité aux foyers modestes qui participeront ainsi au cadeau fiscal de 20 milliards sur l’impôt des sociétés. L’impôt sur la consommation est la mesure la plus injuste de notre système fiscal, un héritage lointain de la gabelle de l’Ancien Régime. Comment peut-on justifier que la TVA pèse 11,5 % du budget d’une famille ayant un revenu de 20 000 euros par an et seulement 7,5 % pour un revenu de 100 000 euros ? Que penser de la fiscalité des entreprises épargnant généreusement les plus grandes ? Des dissimulations de fortunes et de l’évasion fiscale qui privent les finances de l’État de quelque 40 milliards d’euros ?

La marche sur Bercy n’est qu’une étape pour les responsables du Front de gauche, qui veulent promouvoir un débat dans le pays et une écriture collective d’un projet de réforme, aller vers des états généraux, autant de conditions d’une révolution fiscale citoyenne, insistait Pierre Laurent. Un processus est lancé qui sera marqué par d’autres rendez-vous, une nouvelle manifestation a été annoncée par Jean-Luc Mélenchon pour le mois de janvier. Après avoir traversé quelques turbulences – dont il n’est pas encore tout à fait sorti – causées par des dissensions sur des alliances locales pour les élections municipales, le Front de gauche a renoué avec sa raison d’être, un espace de convergences et d’actions ouvert à tous ceux pour qui la gauche ne peut rimer avec le renoncement. Ce n’est qu’ainsi qu’il poursuivra son ancrage dans la vie politique et dans la gauche française

7000 ou 100 000, Monsieur Valls?

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