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Alain Duhamel et le fantasme d’une France qui vire à droite

Publié le par Daniel Sario

Alain Duhamel et le fantasme d’une France qui vire à droite

Par Jack Dion (Marianne)

Alain Duhamel, éditorialiste multicartes et cumulard médiatique, a pris la plume dans «Libération» pour annoncer une nouvelle qui le réjouit plus que quiconque, résumée par ce titre : «La France vire à droite». Rêver d’un pays à son image a toujours été le fantasme d’un commentateur qui est en fonction depuis si longtemps qu’il semble avoir vécu en direct live le retour de Napoléon de l’île d’Elbe. L’éditocrate en chambre part d’un fait avéré (le recul en catastrophe du gouvernement sur la famille) pour en déduire que sur les sujets sociétaux comme dans le domaine économique, «les illusions s’envolent, le réalisme l’emporte». Quand on s’appelle Alain Duhamel, le «réalisme» est un diptyque composé de la famille traditionnelle d’un côté, et de l’ordre néolibéral de l’autre. A contrario, une famille en évolution et une alternative au casino financier relève de «l’illusion». D’où le théorème sur la victoire par KO d’une droite débordant les organisations politiques traditionnellement représentatives de ce courant de pensée. Certes, les «exaspérés de droite» (dixit Alain Duhamel) sont dans la rue. Mais pourquoi? En fait, persuadés de représenter l’Empire du Bien, les dirigeants du PS traitent des questions sociétales avec un doigté d’éléphant. Ils jugent superfétatoire de s’expliquer et de mener le travail pédagogique nécessaire pour convaincre des esprits parfois sceptiques, comme on l’a vu lors du débat sur le mariage gay. Pour le reste, les édiles socialistes ont fermé la porte à toute possibilité de changement, ouvrant ainsi un boulevard à la droite la plus ringarde.


Ce n’est pas une nouveauté. Depuis 1981 et la victoire de François Mitterrand, la gauche de gouvernement est une machine à étouffer toute velléité de changement. Du coup, elle anesthésie le peuple, à commencer par celui dit «de gauche» - si tant que ce concept soit opérationnel, car il n’y a qu’un seul peuple, traversé par des courants divers et contradictoires. Dès lors que la gauche s’accommode de l’état du monde, dès lors qu’elle se coule dans le moule de l’orthodoxie, dès lors qu’elle abandonne toute idée d’alternative, les idées de droite sont validées. Avoir combattu le Sarkozysme, comme l’a fait François Hollande, pour mener une politique économique qui en est la copie conforme, c’est une réhabilitation du Sarkozysme et une Bérézina politique pour ceux qui avaient mis un espoir même faible dans la victoire de la gauche. Ainsi, Pierre Moscivici a inauguré le Salon des Entrepreneurs. Pourquoi pas ? La France a effectivement besoin d’industriels, de start-up, de gens qui osent et prennent des risques, de PME innovantes. Mais, à cette occasion, le ministre de l’Economie a repris le mantra du Medef pour lancer : « Les entrepreneurs veulent un coût du travail moins élevé, moins de contraintes administratives ». C’est le niveau zéro de la pensée convenue. Le problème numéro 1 n’est pas le « coût du travail » mais le poids de la rente et des prélèvements financiers qui parasitent les entreprises, entité où il y a aussi des salariés, détail qui semble avoir échappé à Pierre Moscovici.


Mais c’est ainsi. Comme Tony Blair ou Gerhard Schröder avant lui, François Hollande est rentré au bercail de la bien pensance, fermant une boucle ouverte par François Mitterrand dès 1983, avec le « tournant de la rigueur » (déjà). Alain Duhamel en est très content. On le comprend. C’est ce qu’il a toujours demandé et espéré. Mais ce faisant, la gauche fabrique sa propre tombe. On dit parfois que la crise vient de l’énoncé de promesses irresponsables formulées en période électorale et impossibles à appliquer. Non, la crise vient d’un diagnostic juste (la «fracture sociale» par Chirac ou «mon ennemi la finance» par Hollande) non suivi d’effets concrets ou de décisions adaptées. Si la politique, c’est l’inaction ou le laisser faire, alors il ne faut pas s’étonner de voir le FN grimper et l’abstention s’installer. On célèbre actuellement l’anniversaire du 6 février 34 qui a vu les forces de gauche se réunir contre l’extrême droite factieuse. Certes, la situation n’est en rien comparable. Mais si février 34 a débouché sur le Front Populaire de 1936 c’est parce que le PS, à l’instar du PCF, était à l’époque porteur d’un idéal de transformation. Aujourd’hui il se contente d’expédier les affaires courantes, sans velléité aucune d’apporter la moindre nouveauté. Voilà ce qui donne l’illusion d’une France ayant viré à droite. En fait, c’est le PS qui a esquissé un virage qui conduit le pays dans le mur.

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