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La braderie américaine de M. Hollande

Publié le par Daniel Sario

La braderie américaine de M. Hollande

Par Patrick Le Hyaric

On est stupéfait de la manière dont le voyage de François Hollande aux États-Unis consacre une entente libérale, occidentaliste et militariste avec les dirigeants et le capital nord-américains. Alors que de partout dans la société, comme au Sénat ou au Parlement européen, est posée de plus en plus fort la question de l’utilité et des conséquences négatives de la création d’un marché de libre-échange transatlantique, François Hollande, sans aucun mandat du Parlement et à l’opposé de ses engagements électoraux, a demandé devant le président Obama «d’accélérer la création de ce vaste marché», dont les termes de la négociation, entamée depuis le mois de juillet, sont totalement secrets. Même le texte du mandat sur lequel négocie, au nom de tous les États européens, la Commission européenne, est classé « diffusion restreinte».

Depuis, aucun débat public, aucune communication gouvernementale n’est organisée sur ce funeste projet qui concerne pourtant nos vies quotidiennes : notre alimentation, notre santé, notre protection sociale, nos services publics. Faisant fi de tout cela, le président de la République n’a pas hésité à déclarer dans l’euphorie de l’air nord-américain, à l’adresse vraisemblablement des puissances industrielles et financières : «Dès lors que les priorités sont fixées, que les mandats sont donnés, que les intérêts sont connus, aller vite n’est pas un problème, c’est une solution.» Autant décréter que les négociations sont terminées. C’est d’ailleurs la suite de cette déclaration qui nous fait mieux percevoir à qui elle s’adresse quand M. Hollande dit tout de go : «Nous avons tout à gagner à aller vite. Sinon nous savons bien qu’il y aura une accumulation de peurs, de menaces, de crispations.» Terrible ! C’est l’organisation de la grande braderie des intérêts nationaux et européens. C’est le sacrifice de notre élevage et de notre gastronomie. C’est la poursuite de la destruction de notre industrie, de la culture, de nos services publics et des marchés publics ouverts au pied de biche, jusqu’à la livraison en pâture de nos données personnelles et de nos vies intimes aux mastodontes Google et Yahoo pour nous surveiller et en faire commerce. C’est notre liberté sacrifiée sur l’autel du libre-échangisme capitaliste, dont on n’a vu jusque-là que les longues et tristes files de chômeurs et de travailleurs précarisés, voisinant avec celles qui n’ont d’autre choix que la soupe populaire.

Et ce n’est pas tout ! Il ne faut surtout pas ignorer le projet de camisole intégrale envisagé contre nos vies, contre nos lois protégeant les droits sociaux humains et environnementaux. Avec ce traité, toute multinationale jugeant que les législations entraveraient ses possibilités d’exploiter les hommes et la nature à sa guise se verrait octroyer la possibilité de poursuivre les États devant des tribunaux spéciaux conçus par elle et pour elle. Ainsi, ce ne serait plus ni les parlements ni les gouvernements qui décideraient des lois. Les multinationales créeraient leurs propres droits. C’est la dictature programmée au service des puissances industrielles et financières, sans besoin de généraux bottés et casqués. Derrière ce vaste projet, se cachent à la fois la volonté du camp occidental de retrouver son hégémonie sur le monde et une tentative pour les multinationales de contourner les dégâts qu’elles provoquent avec leur terrible politique d’austérité en recherchant des marchés nouveaux à l’exportation. C’est un schéma de guerre économique mortifère. Il ne faut pas laisser faire. Refusons le marché transatlantique.

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