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Les "malgré nous" du FN se rebiffent

Publié le par Daniel Sario

Les "malgré nous" du FN se rebiffent

Elections municipales 2014. On connaissait le bourrage d’urnes, le Front national a mis au point une stratégie de bourrage de listes électorales, inscrivant des personnes à leur insu.

Le Front national, premier parti des manœuvres frauduleuses. Vendredi matin, après la date limite de dépôt des listes électorales en préfecture, un certain nombre de candidats étiquetés FN ont dû se pincer. Car le parti de Marine Le Pen n’a pas hésité, dans les endroits où il peinait à boucler ses listes, à y faire figurer des personnes à leur insu. La scène s’est répétée de Grand-Quevilly, près de Rouen, où 22 des 35 colistiers, s’estimant floués, ont porté réclamation à la préfecture, qui a annulé la liste, à Elbeuf, toujours en Seine-Maritime. Là, six candidats de la liste conduite par le directeur de la campagne des municipales (!) pour le Front national, Nicolas Bay, ont porté plainte. Même scénario à Harfleur ou Lillebonne, communes proches du Havre…

Le modus operandi est pratiquement partout le même, comme le raconte ce nonagénaire d’Orléans. Alerté par un ami, Bernard Vassort a eu le déplaisir de découvrir dans la République du Centre son nom sur la liste FN de la ville de Jeanne d’Arc –symboliquement très attaché à cette figure du roman national, le parti ne pouvait être absent– aux côtés de celui de sa femme Georgette, hospitalisée pour cause de maladie d’Alzheimer ! Selon le vieux monsieur, sa fille, militante FN, se serait «arrangée avec ça», lui faisant signer un document dont il ne savait «pas trop pour qui c’était», avait-il confié au Parisien. À Montbéliard, ce sont les conjoints qui auraient inscrit contre leur gré deux habitants en signant à leur place la déclaration de candidature. Si même la famille, dont le parti vante tant les «valeurs», se met à trahir…

La dénonciation d’un complot par la patronne du FN, qui crie aux faux témoignages, n’y fera rien : le recensement d’une dizaine de cas de «malgré nous», dans plusieurs régions de France, valide la thèse d’une action concertée de son parti. Et même si l’avocat du FN, Wallerand de Saint-Just, a annoncé vouloir porter plainte dans les communes où une telle situation se produit, pour y dénoncer les «pressions» soi-disant exercées par l’UMP et le PS, il aura du mal à effacer les traces. Car, en matière électorale, les petits arrangements du parti d’extrême droite avec les règles sont enseignés dans les plus hautes sphères. En janvier dernier, Dominique Martin, en charge de la formation des cadres et secrétaire départemental de Haute-Savoie, donnait ainsi des astuces sur son blog, révélées par l’hebdomadaire local le Messager : «Les femmes peuvent se présenter sous leur nom de jeune fille et utiliser un second prénom. Les hommes peuvent également utiliser leur second prénom.» Une recette suivie à la lettre à Giberville, près de Caen. Le maire PCF, Gérard Leneveu, y dénonce la constitution «à tout prix» d’une liste FN menée par Daniel Cruaud. Dans un courrier que France 3 Basse-Normandie avait filmé, le candidat promettait par ces subterfuges à ses colistiers de rester «incognito». «Quelle drôle de conception de la vie communale et de la démocratie !» s’indigne Gérard Leneveu.

On savait que le parti d’extrême droite avait d’énormes difficultés à boucler ses listes électorales. L’obligation de parité notamment, les femmes, bien que plus nombreuses depuis l’accession de Marine Le Pen à sa tête, hésitant toujours à dépasser le simple vote. Et «même si la dédiabolisation a bien fonctionné, cela reste encore un peu stigmatisant» de se mettre en avant, reconnaît Philippe Chapron, secrétaire départemental du FN dans le Calvados, qui a prêté son concours à la manipulation du candidat de Giberville. Le FN avait présenté 770 têtes de listes lors de sa convention municipale, en novembre dernier, mais la réalité l’a rattrapé. Le 23 mars, il conduira donc entre 570 et 600 listes, soit 200 de moins que prévu. Une claque préventive ?

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