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Sarkozy révoltant et pas crédible

Publié le par Daniel Sario

Sarkozy révoltant et pas crédible

Les outrances de l'ancien président, dans une tribune publiée ce vendredi matin, et particulièrement sa comparaison entre les écoutes policières et la Stasi, ont choqué jusqu'aux syndicats de police et aux magistrats, mis en cause par celui sur lequel pèse des soupçons de trafic d'influence.

Le Syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI, majoritaire chez les officiers de police) a ainsi déclaré que la "police n'(était) pas la Stasi". Il "regrette qu'un ancien président de la République et ancien ministre de l'Intérieur puisse faire de telles déclarations". "Comment peut-il oublier que la Stasi pratiquait des écoutes administratives généralisées alors que dans cette affaire il s'agit d'une interception téléphonique intervenant dans le cadre d'une instruction judiciaire relative au délit supposé de trafic d'influence. (M. Sarkozy) oublie également que dans notre pays la police travaille conformément au code de procédure pénale, sous le contrôle des magistrats et dans un cadre très strict.". Le SCSI "regrette qu'une fois encore dans ce débat politico-médiatique, l'ensemble de la classe politique instrumentalise la réalité du travail des policiers".

Principes de base. Même réaction courroucée de la part des magistrats. Dans un communiqué, le syndicat de la magistrature s'étonne "que celui qui a été le gardien constitutionnel de l’indépendance de la justice agite le spectre d’une justice partiale et laisse croire aux citoyens que la justice use de méthodes comparables à celle d’une police politique est proprement intolérable". Le syndicat rappelle les principes de base de la justice française: "La défense est un droit sacré, les institutions sont là pour le préserver. L’ancien Président de la République est un justiciable comme les autres et il bénéficie de toutes les garanties procédurales de notre Etat de droit. En se plaçant – pour détourner l’attention du fond de l’affaire – sur le terrain de l’invective, l’ancien Président de la République met en péril nos institutions démocratiques." Plus étonnant, la présidente du tribunal de grande instance de Paris, Chantal Arens, est sortie de sa réserve pour rappeller 'que les juges d'instruction, statutairement indépendants, instruisent à charge et à décharge et que leurs décisions sont soumises au contrôle des juridictions supérieures". La magistrate "souhaite qu'ils puissent exercer leurs fonctions en toute sérénité".

"Lettre de guerre". La gauche dans son ensemble s'est soulevée contre les mots de l'ancien hôte de l'Elysée. "C'est une lettre de guerre, de bataille politique, donc je n'y attache pas plus d'importance que ça". "Je ne le crois pas crédible lorsqu'il compare ce qui se passe en France avec la Stasi parce que, après tout, ce sont des démarches judiciaires dans le cadre de la loi", et "je crois bien que la loi qui permet ce genre d'inquisition, c'est lui qui l'a fait voter"., a commenté Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de Gauche sur RTL. Quant à Ian Brossat, adjoint PCF au maire de Paris, il a préféré ironisé : "Quand on voit les énormités racontées par N. Sarkozy, on a encore moins envie que son ex porte-parole dirige la capitale de la France". "Laisser penser que notre pays, notre République puissent ne pas être fondés sur les libertés, c'est introduire un doute qui n'a pas sa place et toute comparaison avec des dictatures est forcément insupportable", avait répliqué dès jeudi soir son successeur François Hollande qui participait à Bruxelles à un sommet de l'UE.

"Coup d'Etat verbal" Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault discerne lui dans la mise en cause de "l'honneur de la justice et de la police une grave faute morale". La Garde des sceaux Christiane Taubira parle d'"injure". Son homologue à l'Intérieur, Manuel Valls, "une forme de rage". Michel Sapin (Travail) pointe lui une "forme de coup d'Etat verbal à la Berlusconi". "Comparer la République française à l'Allemagne de l'Est du temps où c'était une dictature? Oser évoquer la Stasi en parlant de la France, de notre République, de notre bien commun? Lorsqu'un ancien président de la République emploie ces expressions, pour moi, il est irresponsable", a martelé Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale. Quant à François de Rugy, chef de file des députés écologistes, il a souligné : "la justice est rendue au nom du peuple français. Rendre des comptes à la justice, c'est rendre des comptes aux Français".

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