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Mélenchon prend ses distances

Publié le par Daniel Sario

Mélenchon prend ses distances

Pour l’avenir, il faudrait, selon Jean-Luc Mélenchon, « tout changer en profondeur ». Le coprésident du Parti de gauche veut assumer un autre rôle que celui qu’il endossait jusqu’alors au Front de gauche dont «l’échec»serait, selon lui, dû aux choix de ses partenaires. Par Julia Hamlaoui.

Le candidat du Front de gauche à la présidentielle de 2012 a confirmé, hier, qu’il entend prendre un peu le large. «J’ai besoin de temps, je ne peux plus continuer comme cela», confie-t-il à une journaliste d’Hexagones dans un entretien publié, hier. Plus qu’un «retrait», Jean-Luc Mélenchon évoque une volonté de voir baisser «le niveau de pression» et d’être «utilisé autrement», notamment pour «la transmission idéologique, le travail intellectuel et culturel». «Il faut aussi que le grand arbre n’empêche pas le reste de la forêt de pousser», précise-t-il. Reproches aux partenaires Mais au-delà de son propre rôle, c’est le sens et l’avenir du Front de gauche que Jean-Luc Mélenchon questionne. «Nous sommes en échec», juge-t-il. Un «échec» caractérisé par les résultats du Front de gauche aux dernières élections européennes lors desquelles l’encore coprésident du Parti de gauche (PG) espérait «passer devant le PS». La responsabilité en reviendrait à ses partenaires, communistes en tête, qui ont choisi de faire alliance avec le PS aux municipales en fonction du contexte local : «Tout ça a été planté pour une poignée de postes», lance-t-il. «Ce que je n’avais pas envisagé, c’est que cette force puisse être étouffée par le poids du retour aux vieilles traditions partidaires, aux arrangements, aux accords électoraux. Jusqu’à ce néant qu’a été l’élection municipale qui a complètement décrédibilisé ce qu’était le Front de gauche», accuse-t-il, renouvelant ses reproches aux composantes du mouvement qui ont défendu une autre stratégie que son «autonomie conquérante». «Rien de neuf», selon Éric Coquerel, secrétaire national du PG : «Soit on est capable de transformer le Front de gauche, soit il faut trouver d’autres moyens.»

Une analyse non partagée à l'intérieur du Front de gauche. «Réduire nos difficultés aux choix stratégiques du PCF est évidemment très loin de la complexité de la situation», a réagi Clémentine Autain. La porte-parole d’Ensemble ajoute, un brin ironique : «Si la seule distance à l’égard du PS suffisait à faire des scores magistraux, l’extrême gauche serait à 20 % depuis belle lurette.» L’analyse livrée dans l’entretien, Christian Picquet, porte-parole de la Gauche unitaire (GU), ne la partage pas non plus : «À juste titre, il évoque deux orientations au sein du Front de gauche mais c’est plus récent qu’il ne le dit. Lui-même s’est éloigné de notre projet initial : s’adresser à toute la gauche», estime-t-il. Pour l’avenir, il faudrait, selon Jean-Luc Mélenchon, «tout changer en profondeur». Ce qui signifie, dans le registre de l’ancien sénateur, «ne pas faire d’alliance avec des gens qu’on combat». Mais leur nombre semble ne cesser de s’élargir pour le PG, à en croire les dernières déclarations de son coprésident qui renvoient dans les cordes EELV et les «frondeurs» du PS. Des «couteaux sans lame», dit-il. «Une politique de la terre brûlée qui le laisse sans aucun allié à gauche», estime le responsable de la GU, qui entend «continuer avec ceux qui le veulent à rassembler en direction de toute la gauche qui, de plus en plus, prend ses distances avec la politique de Hollande». Malgré les désaccords, l’entretien a le «mérite», selon Christian Picquet, de mettre les questions sur la table. «Cela n’appelle pas de commentaires de notre part», a déclaré Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, qui précise : «Ce qui nous préoccupe beaucoup, c’est la situation à Gaza et nous préparons activement la rentrée du Front de gauche et des communistes.»

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