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La sonde Rosetta a rendez-vous avec la comète «Tchouri »

Publié le par Daniel Sario

La sonde Rosetta a rendez-vous avec la comète «Tchouri »

C'est une épopée comme seule l'exploration de l'espace en inspire encore. Une saga interplanétaire dont Stanley Kubrick ou George Lucas auraient pu écrire le scénario, avec suspense, effets spéciaux et sueurs froides. Une superproduction à 1,3 milliard d'euros, la plus ambitieuse jamais réalisée par l'Europe. Mais c'est surtout une formidable aventure scientifique, sur les traces des origines du système solaire, des océans de notre planète et, peut-être, de la vie. Par Pierre Le Hir


Mercredi 6 août, la sonde Rosetta de l'Agence spatiale européenne (ESA) a rendez-vous, à près d'un demi-milliard de kilomètres de la Terre, avec la comète Tchourioumov-Guérassimenko, « Tchouri » pour les intimes. Non pas pour un rapide survol, comme ce fut le cas lors des rares missions déjà menées vers ces objets célestes. Cette fois, la visiteuse restera en orbite autour de son hôte durant plus d'un an, pour l'observer sous toutes les coutures. Mieux, le 11 novembre, elle tentera de poser à sa surface un petit engin. «Une prouesse technologique, s'enthousiasme Jean-Yves Le Gall, le président du Centre national d'études spatiales (CNES), dont le centre de Toulouse pilotera cet atterrissage. Jamais personne n'est encore allé taquiner le noyau d'une comète. La science-fiction devient réalité. Rosetta est une mission proprement extraordinaire.»

Uner boule de neige sale. La sonde est en réalité formée de deux éléments. D'une part, un orbiteur de 3 tonnes, alimenté en électricité par des panneaux solaires et bardé d'instruments de mesure, spectromètres et autres caméras à haute résolution : c'est ce croiseur qui va désormais accompagner la comète dans sa course vers le Soleil. D'autre part, un atterrisseur, Philae, d'à peine 100 kg mais doté, lui aussi, d'une batterie d'instruments : c'est ce robot, sorte de minilaboratoire, qui sera chargé du travail de terrain. Quant à Tchourioumov-Guérassimenko, du nom des scientifiques ukrainiens qui l'ont découverte en 1969, elle appartient à la famille des comètes de Jupiter, la planète la plus massive du système solaire, dont l'attraction contrôle l'orbite elliptique de Tchouri autour du Soleil. Comme toutes les comètes, c'est un agrégat de glaces et de poussières – une «boule de neige sale», selon la formule de l'astronome américain Fred Whipple – de petite taille : environ 4 km sur 3,5 km. A la différence des astéroïdes, blocs rocheux inertes pouvant atteindre 500 kilomètres de diamètre, les comètes, beaucoup plus petites, sont faites d’un noyau glacé d’eau et de molécules carbonées, qui s’échauffe au voisinage du Soleil et éjecte, par dégazage, une atmosphère de gaz et de poussières appelée chevelure

4 000 comètes répertoriées sur des milliards. Sous l'effet du rayonnement solaire, le dégazage du noyau pare celui-ci d'une chevelure, la «coma», un nuage de poussières qui peut s'étendre sur des centaines de milliers de kilomètres et former une ou même deux queues. Des traînes spectaculaires, longues parfois de centaines de millions de kilomètres, dont l'une, blanchâtre, réfléchit l'éclat du Soleil, tandis que l'autre émet une lumière bleutée. Près de 4 000 de ces astres sont répertoriés, mais il en existe probablement des milliards. Une poignée seulement d’entre eux a déjà été fugacement observée par des missions spatiales.Le plus célèbre est la comète de Halley, survolée en 1986 par les sondes soviétiques Vega-1 et 2, les japonaises Sakigake et Suisei, ainsi que l’européenne Giotto. Cette dernière a pris les premiers clichés d’un noyau cométaire, avec une résolution de 50 mètres.En 2006, la sonde américaine Stardust a rapporté sur Terre des particules de poussières collectées dans la queue de la comète Wild-2. Mais Tchouri a une particularité. Les images transmises par la sonde depuis la fin juillet, de plus en plus précises, montrent que son noyau est constitué de deux lobes de dimensions inégales. Cette structure inédite, qui pourrait être le résultat de l'accouplement de deux comètes, lui donne un petit air de canard, même si les scientifiques préfèrent parler de « binaire en contact ».

Rosetta, un voyage de plus de dix ans. Pour rejoindre sa promise, Rosetta aura effectué un voyage au long cours de 6,4 milliards de kilomètres, qui a duré plus de dix ans. Lancée le 2 mars 2004, depuis le centre guyanais de Kourou, par une fusée Ariane, elle a dû – la technologie ne permettant pas de la propulser en tir direct – user d'une « assistance gravitationnelle » : à quatre reprises, elle a profité du champ de gravité de la Terre ou de Mars, lors de passages à proximité de ces planètes, pour gagner en vitesse et ajuster sa trajectoire. Dix années qui ont tenu en haleine les plus de 300 scientifiques européens engagés dans ce programme, dont plusieurs équipes françaises du CNES et du CNRS. En juin 2011, la sonde a été volontairement mise en sommeil, pour une hibernation de plus de deux ans et demi : elle se trouvait alors trop loin du Soleil, dans un froid sidéral, pour en recevoir l'énergie nécessaire au fonctionnement de tous ses équipements. Mais le 20 janvier 2014, comme son horloge interne l'avait programmé, la voyageuse assoupie s'est réveillée, prête à reprendre sa route pour être pile à l'heure au rendez-vous.

Remonter jusqu'à la naissance de notre système solaire. Depuis a commencé la phase d'approche, qui a obligé à freiner la sonde pour caler sa vitesse sur celle de la comète. Le 6 août, Rosetta touchera enfin au but : parvenue à une distance de 100 km de son objectif, elle entamera alors une série de manœuvres pour se placer en orbite autour de lui. Dans les semaines qui viennent, elle s'en approchera jusqu'à 30 km pour repérer les sites d'atterrissage possibles, avant de descendre à 3 km pour y larguer le robot-laboratoire, le 11 novembre. Une date choisie parce que, ensuite, la trajectoire de la comète la ramènera vers le Soleil, provoquant des dégazages qui rendraient périlleuse cette opération de haute voltige. L'atterrisseur n'aura que quelques jours d'autonomie – cinq au maximum – pour prélever et analyser des échantillons. Ensuite, dans un délai de quatre à six mois, il succombera à un excès de chaleur. L'orbiteur, lui, restera opérationnel au moins jusqu'à fin 2015. Le temps de remonter jusqu'aux premiers âges du système solaire. Car les comètes sont des vestiges de la nébuleuse primitive qui a donné naissance au Soleil et à son cortège de planètes. Et les impacts sur la Terre de ces petits astres, gorgés d'eau et de matière organique, ont pu contribuer à la formation des océans et à l'émergence de la vie. Il s'agit en somme de déchiffrer l'énigme de nos origines. Voilà pourquoi la mission a été baptisée Rosetta, en référence à la pierre de Rosette qui a permis à Champollion de décrypter les hiéroglyphes. Et l'atterrisseur, Philae, du nom de l'île égyptienne dont l'obélisque a ensuite aidé à en compléter la traduction.

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