Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sanctions contre la Russie : les arroseurs arrosés

Publié le par Daniel Sario

fruits importés dans un supermarché du centre-ville de Moscou - Ivan Sekretarev/AP/SIPA
fruits importés dans un supermarché du centre-ville de Moscou - Ivan Sekretarev/AP/SIPA

En réponse aux sanctions occidentales, la Russie a décrété une « interdiction totale » de la plupart des produits alimentaires en provenance notamment de l'Europe et des États-Unis. Moscou réfléchit à un possible embargo aérien.

Le Premier ministre russe l'a annoncé jeudi : pendant un an, l'importation des fruits, légumes, viande, poisson et produits laitiers en provenance de l'Union européenne, des États-Unis, de l'Australie, du Canada et de la Norvège sera interdite en Russie. Une interdiction qui pourra être levée si «nos partenaires font preuve d'une approche constructive», a ajouté Dmitri Medvedev dans une intervention télévisée. De son côté, l'Ukraine fait déjà l'objet d'un embargo sur des produits agricoles décrété depuis plusieurs semaines par l'agence sanitaire russe Rosselkhoznadzor. Les pays occidentaux avaient durci les sanctions économiques et diplomatiques contre Moscou, accusée d'armer la rébellion séparatiste de l'ex-république soviétique, après le drame du MH-17 de la Malaysia Airlines, abattu par un missile à l'est de l'Ukraine le 17 juillet avec 298 personnes à bord. Principalement visées, les banques publiques russes et certaines sociétés dans l'énergie, la défense et la finance, mais aussi plusieurs personnalités russes et ukrainiennes proches du Kremlin. La Russie, qui importe 35% de sa consommation alimentaire, absorbe ainsi environ 10 % des exportations agricoles et agroalimentaires de l'UE, pour un montant de 12 milliards d'euros par an, selon Eurostat. La France est son dixième fournisseur, derrière l'Allemagne, la Pologne mais devant l'Italie et l'Espagne. Au total, Paris a expédié l'an passé 1,17 milliard d'euros de produits agroalimentaires vers la Russie, dont 450 millions en boissons alcoolisées.

La France sera très touchée. Pour palier au manque d’approvisionnement, la Russie compte en premier lieu sur ses producteurs locaux. «C'est une chance unique qu'il faut absolument saisir», se félicite le premier ministre Dmitri Medvedev, visiblement ravi de privilégier les produits d'origine russe à ceux issus de l'importation. Des alliances avec les grandes puissances émergentes, comme la Chine ou le Brésil, sont également envisagées. «Des parts de marché au profit de l’Asie ou de l’Amérique Latine, qu’il sera ensuite très difficile de reconquérir», prévient Luc Barbier, président de la fédération des producteurs de fruits français (FNPF). En France, la situation est d’autant plus délicate que le secteur est actuellement touché de plein fouet par la crise. «Ca va être catastrophique», s’alarme un patron de l’agroalimentaire français dans les colonnes de Libération. Les producteurs de fruits belges devraient être aussi durement sanctionnés. En effet, le pays exporte vers la Russie pas moins de 230 millions d’euros en produits agroalimentaires chaque année. «C’est un coup très dur et cela conduira inévitablement à des licenciements», prévient l’administrateur délégué de la fédération belge de la viande (Febev).

Menace d'embargo aérien. Dmitri Medvedev a également menacé, jeudi, d'interdire le survol du territoire russe aux compagnies aériennes européennes et américaines effectuant des liaisons entre l'Europe et l'Asie via la Sibérie, la route la plus courte. Les compagnies aériennes ukrainiennes ne sont plus autorisées à transiter par la Russie. La fermeture de l'espace aérien russe pour ces liaisons provoquerait un important surcoût en carburant. Mais elle provoquerait également des pertes pour la principale compagnie aérienne russe Aeroflot, qui perçoit des indemnités pour ces vols de transit estimées entre 250 et 300 millions de dollars par an. Une «mesure grave» pour Moscou, qui y voit une réponse possible à l'arrêt des activités du premier transporteur aérien à bas-coût russe, Dobrolet, provoquée par les sanctions occidentales. Des mesures et des menaces qui ne rassurent pas les analystes de la banque russe Alfa Bank, qui se disent «inquiets des conséquences de cette décision sur l'inflation». Cette crise qui affecte les relations entre Moscou et les Occidentaux, sans précédent depuis la Guerre froide, aurait déjà causé de massives fuites de capitaux de Russie, au bord de la récession. La Commission européenne a annoncé dans la foulée qu'elle se réserve «le droit de prendre des mesures appropriées» contre la Fédération de Russie. La partie de ping pong continue. Une partie qui semble pour le moment profiter à Vladimir Poutine, dont la popularité en Russie a atteint un nouveau record en août avec un taux de satisfaction de 87 %, soit son plus haut niveau depuis six ans, selon un sondage publié jeudi par le centre indépendant Levada.

Commenter cet article