Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Brésil : le duel Neves-Rousseff polarise la société

Publié le par Daniel Sario

Brésil : le duel Neves-Rousseff polarise la société

Plus de 140 millions de Brésiliens départageront, dimanche, lors du second tour de l’élection présidentielle, deux visions du pays défendues, à gauche, par la présidente sortante, Dilma Rousseff, et à droite par le conservateur Aecio Neves. Les deux candidats sont au coude-à-coude. Par Cathy Ceibe

Qui occupera le palais présidentiel du Planalto pour les quatre années à venir ? Dimanche, les 140 millions d’électeurs de la septième puissance économique départageront le duel, qui oppose deux visions antagonistes du pays, et qui a polarisé à outrance la société ces dernières semaines. À gauche, Dilma Rousseff, présidente sortante, défend les couleurs du Parti des travailleurs (PT). À droite, Aecio Neves, ancien gouverneur de l’État de Minas Gerais, représente le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB). L’enjeu n’est pas celui d’un ballottage classique entre une ancienne guérillera, torturée sous la dictature, et une figure du libéralisme conservateur. Mais bien un projet d’État dont l’impact dépasse les seules frontières du Brésil en raison de son poids sur la scène internationale.

Tout porte à croire que l’issue du scrutin se jouera dans un mouchoir de poche. Jusqu’à présent Neves a fait la course en tête avec 51 % des intentions de vote contre 49 % pour Rousseff. Lundi, les chiffres se sont inversés. La candidate de la gauche devancerait de quatre points son rival (52 % contre 48 %) mais avec une marge d’erreur de 2 %, selon l’institut Datafolha. L’écart serait encore plus étroit, d’après l’institut MDA, puisque la «pétiste» l’emporterait d’un cheveu (50,5 % contre 49,5 %). Sur le papier, les choses s’annoncent plus compliquées pour le PT, au pouvoir dans ce pays continent depuis 2002. Au terme du premier tour, Dilma Rousseff est certes arrivée en tête avec 41,59 % des voix. Déjouant les pronostics, le candidat de la droite a devancé l’écologiste libérale et évangélique Marina Silva (33,55 % contre 21 %), présentée comme la grande outsider de cette élection. L’ex-ministre du président Lula, qui a viré sa cuti, a depuis rallié le camp de la droite. Celle qui défendait le «ni PSDB ni PT», à la manière du ni droite ni gauche, a appelé ses électeurs à voter pour Neves. Reste à savoir si son électorat urbain et progressiste, déçu par le réformisme parfois mièvre du pétisme, prendra le risque de voir les conservateurs revenir au pouvoir.

Neves promet une thérapie de choc Quoi qu’il advienne, cette campagne aura été marquée par une violence narrative rarement vue. Les candidats ont été rappelés à l’ordre. Des spots télévisés ont été interdits de diffusion. Les médias, qui, en majorité, roulent ouvertement pour Neves, se sont également fait taper sur les doigts. L’ex-gouverneur a centré ses attaques sur les scandales de corruption dont le Brésil est coutumier, en profitant d’une énième affaire de détournement de fonds de la compagnie pétrolière Petrobras en faveur des caisses du PT. Surjouant de l’inflation pourtant contrôlée (6,8 %), et d’un ralentissement de la croissance économique (1,6 %), le candidat de la droite a surtout placé sa campagne sous le signe d’un changement structurel de l’économie. Pourfendeur de l’intervention de l’État, il prône une plus grande autonomie de la banque centrale et promet, à mots couverts, des thérapies de choc dignes des années noires du libéralisme. Sur le plan international, l’homme est plus partisan d’un partenariat privilégié avec les États-Unis qu’avec ses voisins régionaux.

Ce discours très lié au passé a été une aubaine pour la présidente. Elle a mis en garde les électeurs quant au risque de voir supprimer les programmes sociaux qui ont constitué la pierre angulaire de sa gestion. Ce que Neves a nié. Faute de pouvoir présenter un bilan digne de ce nom en matière de politique agraire, par exemple, l’ancienne guérillera a fait valoir son bilan social et ses politiques d’inclusion. Elle a mis l’accent sur l’éradication de la faim, comme l’ont souligné les Nations unies. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si elle a réalisé ses meilleurs scores dans le Nordeste, une des régions les plus pauvres. Sous les deux mandats de Lula et le sien, 50 millions de personnes ont bénéficié des allocations Bolsa familia tandis que 1,7 million ont eu accès à des logements à faibles loyers. Au total trente-cinq millions de Brésiliens sont sortis de la pauvreté. Et pas moins de 19 universités ont vu le jour grâce aux royalties du pétrole. Ces avancées pèseront-elles davantage que l’absence de réformes structurelles ? Réponse dimanche dans les urnes.

Commenter cet article