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Budget 2015 : Paris et Bruxelles main dans la main

Publié le par Daniel Sario

Budget 2015 : Paris et Bruxelles main dans la main

Malgré de prétendus coups d’éclat, Paris et Bruxelles ont avancé main dans la main vers un projet de budget 2015 austéritaire et provisoirement validé par la Commission européenne. Par Aurélien Soucheyre

Il y a des couples qui se disputent à la maison, et créent l’illusion de l’entente harmonieuse en public. Entre le gouvernement français et la Commission européenne, c’est plutôt l’inverse. On fait semblant de s’affronter devant tout le monde, mais on s’accorde très bien en coulisses, sur une politique commune : celle de l’austérité. Ainsi, Bruxelles a fini par valider provisoirement le projet de budget 2015 de Paris, après plusieurs « péripéties ». Les 3,6 milliards d’économies supplémentaires sortis du chapeau magique par le ministre des Finances, Michel Sapin, ont été jugés suffisants, additionnés aux 21 milliards initialement prévus. Le vice-président de la Commission, Jyrki Katainen, en charge du dossier, a précisé qu’aucun « cas sérieux de non-conformité » n’avait été identifié. Et pour cause, l’objectif d’une diminution de plus de 0,5 point de PIB dans le déficit structurel serait respecté.

La France passe du statut de « faux rebelle » à « mauvais élève grondé ». Ce que certains voudraient retenir de cette histoire, c’est que la France a plié face aux injonctions européennes, contrainte et forcée, après avoir fanfaronné qu’elle n’écouterait pas les critiques émises. Malgré ses efforts, la pauvre serait prise en tenailles. Sauf que les règles auxquelles elle s’est finalement astreinte, pour autant qu’elles soient mauvaises, ont été définies et votées en 2012 par le président de la République, François Hollande, qui ne les a jamais reniées ou dénoncées depuis. La logique libérale qui habite le gouvernement est la même qu’à Bruxelles. Tous sont d’accord sur l’essentiel, les points de débats étant infimes, puisque la France n’a fait que plaider pour un rythme de réduction des déficits plus « adapté » à la faible croissance et à la situation économique de la zone euro. Le but final reste donc le même : Paris n’a affiché aucune volonté de réformer l’Europe. Son petit jeu s’est même avéré assez mauvais, son statut passant de « faux rebelle » à « mauvais élève grondé ». Cette image dégradante a poussé Michel Sapin à rétablir sa vérité dans le Monde : « Avant, puis après cette lettre (dans laquelle la Commission émettait critiques et menaces), nous avons avancé conjointement pour arriver au bon quantum budgétaire de 0,5 % d’ajustement structurel. » Ou encore : « Objectivement, les choses se sont bien passées. Est-ce que ça s’est fait tout seul ? Non, mais ça s’est fait dans un bon esprit. »

Moscovici annonce la couleur : rigueur et encore de la rigueur. Reste que le gouvernement aura encore quelques occasions de plaider, pour son plus grand plaisir, l’abusive rigueur européenne. Bruxelles a prévenu : la décision finale de la Commission sera prise d’ici à la fin novembre, et «soulignera si des mesures supplémentaires ou de remplacement sont nécessaires pour assurer une totale conformité» avec le pacte de stabilité européen. Michel Sapin, qui s’est battu bec et ongles pour chaque euro à prendre aux collectivités locales ou aux familles à l’Assemblée, avant d’alourdir la note sans respecter les parlementaires, aura donc peut être le loisir de faire encore plus d’économies, parce que c’est Bruxelles qui le dit. Le commissaire européen aux Affaires économiques sera alors le socialiste français Pierre Moscovici. «Les règles budgétaires doivent être appliquées dans toute leur rigueur», a-t-il annoncé, envisageant au passage la possibilité d’une «demande d’un nouveau délai de deux ans» pour que la France revienne à un déficit de 3 % du PIB. Un délai déjà obtenu de 2013 à 2015, lorsque Moscovici officiait à… Bercy et défendait les coupes claires. Les deux doigts d’une même main, on vous dit.

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