Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Gauche : la réflexion autour d'une alternative prend corps

Publié le par Daniel Sario

Gauche : la réflexion autour d'une alternative prend corps

Week-end chargé pour ceux qui ne se résolvent pas à l’impasse sociale en cours. Au-delà d’un constat de plus en plus partagé, du côté des frondeurs du PS, des Verts et des parlementaires Front de gauche, la réflexion sur les contenus d’un rassemblement à construire émerge.

La gauche est-elle à un tournant ? Les événements de ce weekend ont en tout cas confirmé des ruptures et de possibles rapprochements. Le hasard des dates a en effet voulu que la quasi totalité des différentes sensibilités ou formations qui militent pour sortir de l’austérité (courants de gauche du PS, parlementaires écologistes et du Front de gauche) organisent leurs séminaires de rentrée à la fin de la semaine. Hasard encore, ils se sont vu imposer, comme hors-d’œuvre, les propos rapportés de François Rebsamen par le journal bourguignon le Miroir, vendredi. Le ministre du Travail y avoue sans fard sa conversion à la «vision libérale de l’économie» et tire à boulets rouges sur son parti, le PS, auquel il reproche de ne pas avoir fait sa «mue idéologique» et de «refuser toutes (les) avancées» consistant, selon lui, à «renforcer les contrôles» (notamment des chômeurs), à «assouplir les seuils» sociaux dans les entreprises ou à «autoriser le travail le dimanche». Des paroles si embarrassantes que le cabinet de François Rebsamen a voulu en stopper la publication, jugeant l’interview «catastrophique pour (son) image», selon le rédacteur en chef du Miroir… après que l’une des conseillères du ministre a participé à sa diffusion sur son compte Twitter.

Ces propos rapportés ont aussitôt alimenté les échanges, ce weekend. Comme à Boissy-la-Rivière (Essonne), où étaient réunis les partisans du courant socialiste Maintenant la gauche, animé par le député européen Emmanuel Maurel et la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann. Pour Gérard Filoche, représentant de l’aile gauche au bureau national, le PS n’est plus en proie à «un débat ordinaire» : «Valls veut l’appui du Medef pour nous liquider politiquement.» Placardisés dans leur propre majorité après l’éviction des leurs de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale, les frondeurs socialistes entendent mener la lutte sur deux plans : le combat interne à leur parti, avec la revendication de la tenue d’un congrès du PS à brève échéance, et celui visant, avec d’autres, à «proposer un autre chemin pour la gauche au pouvoir», selon les termes du manifeste discuté à Boissy-la-Rivière. Et de saisir pour cela les mains tendues des communistes et des écologistes.

Ne négligeant aucun des rendez-vous où il était invité ce week-end, Pierre Laurent s’est partagé entre les journées des parlementaires de son parti et du Front de gauche et les invitations dans l’Essonne et au Vieux-Boucau, dans les Landes, où l’ex-ministre PS Benoît Hamon faisait aussi sa rentrée, avec son courant Un monde d’avance. Le secrétaire national du PCF y a porté un message principal : «Nous avons l’obligation de créer au plus vite les conditions d’une alternative sociale, économique et politique aux choix actuels de l’austérité.» Avec la tenue, dans le Gard, de l’université d’automne du club Des idées et des rêves de l’ancien ministre de l’Économie Arnaud Montebourg, c’est le spectre le plus large de la gauche en rupture avec le gouvernement qui a fait entendre sa voix, de jeudi à dimanche. Et travaillé à d’éventuelles convergences à venir entre socialistes, communistes et écologistes.

Un «manifeste» pour donner du «contenu» à «l’unité» Le courant de Marie-Noëlle Lienemann a d’ailleurs visiblement organisé ses rencontres sous les auspices du rassemblement le plus large, non seulement politique, mais aussi syndical. Non sans tensions : Maryse Dumas, invitée en tant que représentante CGT au Conseil économique, social et environnemental (Cese), n’a pas caché sa réprobation d’une distribution de la parole à ses yeux encore trop marquée par une culture ancrée à gauche de «la subordination du syndicalisme au politique». Mais la largeur du spectre rassemblé à Boissy-la-Rivière (CGT, FSU, FO, Unsa, PS, Verts, PCF, Parti de gauche, Gauche unitaire) sous le signe de «l’alternative» aux politiques actuelles montre la convergence d’analyse et de préoccupations quant à l’urgence de sortir de l’austérité. Sur le plan économique, tout d’abord, avec une «politique de l’offre» fustigée de toutes parts, un cap «absurde», selon Frédéric Lutaud ; sur le plan social ensuite, avec un gouvernement «qui a intériorisé des diagnostics libéraux vieux de vingt ou trente ans», pour la députée PS de Paris Fanélie Carrey-Conte ; démocratique enfin, avec une dérive présidentialiste «insupportable» dont il faut «désintoxiquer le PS», selon Emmanuel Maurel. Marie-Noëlle Lienemann a salué le «chemin parcouru» par l’idée de la nécessité d’un «rassemblement des forces de gauche et écologistes» en vue d’une alternative. Pour elle, le moment est venu de «franchir une étape» nouvelle : «L’unité, si elle n’a pas de contenu, n’est ni efficace à ni à la hauteur de la situation. C’est pourquoi nous proposons un ‘‘manifeste pour l’alternative ici et maintenant’’. Nous devons unir nos forces, définir des stratégies et avancer sur le travail de fond dans ce rassemblement.» Dans le texte que les participants à l’université du courant Maintenant la gauche vont soumettre à leurs fédérations départementales, ceux-ci se proposent de donner «un contenu programmatique» au rassemblement des forces de gauche qui ne se «résignent pas» aux «défaites annoncées». Ils y prononcent notamment une nouvelle «loi bancaire» pour lutter contre la finance, une «remise à plat fiscale», la «revalorisation du Smic» et la «levée du gel des salaires» des fonctionnaires et l’introduction de la «proportionnelle» aux législatives comme prélude aux «bases d’une VIe République».

Remettre la gauche «sur ses pieds» Au Vieux-Boucau, le slogan choisi cette année («Gauche promise, gauche due») n’est pas seulement un jeu de mots pour les militants du mouvement Un monde d’avance. Créé en 2008 par Benoît Hamon et Henri Emmanuelli, ce courant de la gauche du PS a réuni le week-end dernier quelques centaines de militants et d’élus socialistes. Globalement à l’unisson sur le constat «d’échec et de défiance des citoyens», les participants ont porté leur regard sur ce qu’ils espèrent le devenir de la gauche, beaucoup approuvant l’ancien député André Bellon quand il dit que «nous sommes à un tournant historique majeur, le peuple doit retrouver sa souveraineté». «Nous ne sommes ni frondeurs ni fébriles, mais nous sommes face à une situation politique qui réclame bien d’avantage, alors soyons plutôt des architectes», s’est emporté, lyrique, le député frondeur Christian Paul. Sur la face interne du PS, «un congrès qui se tiendrait avant l’été 2015 serait franchement indispensable, explique le député du Morbihan Philippe Nogues, car sinon ça sera mort». Ce qui signifie que, pour lui, l’échéance de la présidentielle sera perdue pour la gauche avant même l’élection, faute de stratégie. La présence dimanche matin sur la même estrade de Cécile Duflot, Henri Emmanuelli, Benoît Hamon et Pierre Laurent a soulevé l’enthousiasme d’une salle comble. L’ex-ministre de l’Éducation, par exemple, après avoir stigmatisé «les promesses non tenues, qui sont en train de tuer l’espoir populaire», a conquis l’auditoire, affirmant «l’urgence du rassemblement de la gauche». Le secrétaire national du PCF a lui aussi mis l’accent «sur le dialogue qui a repris entre nous et qui doit conduire à offrir une alternative». L’ancienne ministre et dirigeante d’Europe Écologie-les Verts (EELV) a pointé à son tour un sentiment largement partagé, dimanche matin, dans les Landes : «Oui, nous devons agir ensemble» Enfin, Henri Emmanuelli a lui aussi appelé «au rassemblement, inlassablement, de toute la gauche, pour la remettre sur ses pieds alors qu’elle marche aujourd’hui sur la tête».

Elargir et créer des «convergences» au parlement. À Martigues (Bouches-du-Rhône) aussi, où s’achevaient les journées d’études des parlementaires communistes, républicains, citoyens et du Parti de gauche, les échanges ont convergé, vendredi, vers une problématique qu’avait pointée André Chassaigne, le président du groupe à l’Assemblée nationale, en ouverture des débats jeudi : «Comment élargir et créer des convergences dans les chambres respectives ?» Sur le projet de loi de finances, qui relève «de la chronique d’un échec annoncé», selon Nicolas Sansu, député du Cher, «nous aurons nos propres propositions qui pourront créer des convergences avec d’autres groupes» ou «sous-groupes», sous-entendu : les frondeurs socialistes. Éric Bocquet, sénateur du Nord, a proposé «que tous les députés écrivent aux préfets pour demander un bilan du Cice». Pierre Laurent a repris la proposition au vol : «Il y a quelque chose à faire autour du Cice, incontestablement. Nutrixo, qui a fermé les Moulins Maurel, à Marseille, touche le Cice. Les grandes boîtes d’intérim touchent 800 millions de Cice. On doit chercher la convergence, notamment avec les frondeurs, sur un ou deux amendements emblématiques, dont le Cice.» Deuxième sujet possible de rassemblement : la réforme territoriale «qui ne peut être menée sans que le peuple décide», a rappelé Christian Favier, sénateur du Val-de-Marne, rappelant que «des radicaux et certains socialistes ont demandé le report de la réforme». «On peut rassembler la population et même des élus au-delà de nos rangs», a insisté Laurence Cohen, sénatrice du Val-de-Marne. Les parlementaires ont décidé de saisir l’occasion du congrès des maires, en novembre prochain, pour aller à la rencontre des élus et populariser leur proposition de référendum. Pour Pierre Laurent, «la bataille contre la réforme territoriale va nous aider à percer des murs, y compris celui de l’austérité».

Commenter cet article