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Ce qui se prépare à droite

Publié le par Daniel Sario

Et pendant ce temps... Pierre Gattaz se marre
Et pendant ce temps... Pierre Gattaz se marre
Préparées mais pas encore rangées pour la bataille... Si les droites apparaissent en nette position de force grâce à la déception engendrée par Hollande et ses reniements, le paysage a profondément changé ces dernières années. Le centre veut exister à nouveau, Sarkozy sauver une UMP exsangue que lui dispute Juppé, et le FN cristallise à tel point le rejet des politiques que sa dirigeante revendique la stature de « première opposante ». Pourtant, au-delà des ego, ces partis ont un programme catastrophique pour les salariés et les citoyens. Par Cédric Clérin et Benjamin König

Inaudible pendant près de deux ans, empêtrée dans une guerre des chefs Fillon-Copé, la droite est de retour. La perspective d’une victoire aisée lors des prochaines échéances électorales aiguise les appétits. À commencer par celui de Mme Le Pen, qui, si le premier tour de la présidentielle avait lieu aujourd’hui, arriverait en tête dans toutes les hypothèses (lire ci-contre). Depuis plus de 20 ans, jamais le total des droites n’avait atteint un tel score cumulé de près de 70 %… Quand la gauche n’est pas la gauche, elle laisse le champ libre à une droite des plus réactionnaires.

« Les idées ne comptent pas, ils ont tous les mêmes ! ». C’est dans ce contexte que se tiennent ces 29 et 30 novembre les deux « congrès plébiscites » de l’UMP et du FN. L’enjeu, mis en scène jusqu’à l’écœurement : une guerre des chefs sans merci. « Les abrutis qui ont sifflé Alain Juppé n’ont rien à faire à l’UMP », a rugi l’ancien ministre Dominique Bussereau après que le maire de Bordeaux a été hué dans « sa » ville par des militants sarkolâtres. « Je vais te tuer », avait d’ailleurs promis l’ex-président à son rival, lequel a rétorqué : « Tu sais où me trouver. » Ambiance… qui en dit long sur le débat d’idées au sein de la droite. Pourtant, la lutte d’influence est réelle, autour de thèmes parfois traditionnels (sécurité, immigration, assistanat) ou qui ont émergé plus récemment, à commencer par les questions sociétales et familiales. C’est un des nouveaux enjeux idéologiques entre UDI, UMP et FN : la récupération du grand mouvement de repli sur les valeurs traditionnelles, issu de la Manif pour tous. Le programme ? Peu importe, comme le dit sans détour une militante UMP lors du meeting de Nicolas Sarkozy à Versailles, début novembre : « Ce ne sont pas les idées qui comptent puisqu’ils ont tous les mêmes. »

Le centre, proche du milieu ? Cause ou conséquence des déboires de l’UMP, le centre, quasiment avalé en 2002 dans l’UMP, veut désormais s’autonomiser. De ce point de vue, la victoire à la présidence de l’UDI de Jean-Christophe Lagarde en lieu et place de Jean-Louis Borloo, retiré de la vie politique, change la donne. Le nouveau président a fait campagne sur la volonté de construire « un centre conquérant » qui n’a pas vocation « à être le supplétif de qui que ce soit », bien qu’il reste « l’allié naturel de l’UMP ». Mais la révolution réside dans le fait que, pour la première fois, le parti issu de la démocratie chrétienne bon teint veut s’adresser aux classes populaires. Depuis 15 ans qu’il est maire de Drancy (Seine-Saint-Denis), Lagarde multiplie les signes envers l’électorat populaire et/ou de gauche : en votant non à la constitution européenne ; en instaurant la cantine gratuite ; en votant le mariage pour tous… Les nombreuses suspicions et affaires de clientélisme qui entourent le maire de Drancy et ses alliés pourraient cependant fragiliser l’UDI à l’avenir, d’autant qu’elles témoignent du caractère très « prêt à tout pour réussir » de son président. Réussir l’amalgame de caïds des quartiers et de notables bourgeois de l’ancienne UDF n’est pas une mince affaire. S’il réussit, l’UDI pourrait prendre le pas sur le MODEM de François Bayrou, avec qui ils ont réalisé 10 % aux dernières élections européennes. Les zigzags politiques et idéologiques du centre dans les années à venir pourraient bien conditionner les recompositions à droite, y compris avec les partisans socialistes, Manuel Valls en tête, d’une mutation « démocrate ».

UMP : blanc bonnet, bonnet d’âne L’élection du 29 novembre à la tête du parti met aux prises trois candidats : l’archi-favori Nicolas Sarkozy, qui devrait être élu avec un score beaucoup moins large que prévu (environ 60 % au lieu des 80 % espérés), son ancien ministre Bruno Le Maire, et le député de la Drôme, Hervé Mariton, chef de file des militants de la Manif pour tous. Mais la rivalité la plus à vif, celle qui opposera sans doute l’ex-président à Alain Juppé, aura lieu lors de primaires qui désigneront le candidat en 2016. Avec quel programme ? Le même, ou presque. On serait bien en peine de deviner qui a prononcé ces phrases : « En finir avec le carcan des 35 heures » (Juppé), « déroger aux 35 heures par accord d’entreprises » (Sarkozy). « Supprimer l’impôt sur la fortune, ramener la dépense publique à 50 % du PIB avec 100 milliards d’euros de coupes budgétaires » (Juppé), « règle d’or de la dépense publique : pas plus de 50 %» (Sarkozy). Quant à l’âge de la retraite, ce sera 65 ans pour Juppé et 63 ans (dans l’immédiat) pour Nicolas Sarkozy. Blanc bonnet et bonnet blanc, en somme. La stratégie du bouc émissaire fonctionne à plein chez tous les dirigeants : chômeurs, « assistés », immigration… Que Nicolas Sarkozy a même qualifié de « menace pour notre façon de vivre ». Reste pour se distinguer la question devenue centrale de « la famille » et du mariage pour tous. L’ex-président a tenté de récupérer cet électorat : « Franchement, si ça vous fait plaisir (d’abroger la loi sur le mariage pour tous – NDLR), ça ne coûte pas très cher. » Stratégie opposée pour Alain Juppé, qui veut se construire une image plus centrale et rassembleuse, y compris parmi les électeurs socialistes et centristes, en se déclarant favorable à l’adoption pour les couples homosexuels.

Le FN en embuscade Fort de ses récents succès électoraux, nourris par le désespoir d’un changement qui n’est décidément pas « pour maintenant », le parti d’extrême droite tente de se présenter en alternative. Le congrès de Lyon, ce week-end, est une formalité pour Mme Le Pen – hormis quelques bisbilles d’influence entre sa nièce Marion Maréchal-Le Pen et son bras droit Florian Philippot. L’enjeu ? Unir les troupes en vue des élections à venir et ratisser large, comme en témoignent ses appels en direction de Nicolas Dupont- Aignan ou Jean-Pierre Chevènement. En somme, donner l’impression d’un parti prêt à gouverner, ce qui est loin d’être le cas : problèmes et scandales s’accumulent dans les 10 mairies gérées par le FN, et la structure du parti reste finalement celle d’une entreprise familiale. La fille de Jean-Marie a teinté son discours d’un vernis social couplé à l’habituel refrain nationaliste. Un vernis seulement : les syndicats, selon elle, sont « discrédités », car « opposés au patriotisme économique ». Elle veut donc « permettre à n’importe quel syndicat de se créer » – pour remplacer les existants, CQFD. On peut aussi lire dans le programme du FN des phrases telles que « se libérer des marchés financiers » ou «augmenter les salaires» (mais au détriment de la Sécu, via une baisse des cotisations sociales). Surtout, on retrouve les fondamentaux : «remise en cause des subventions aux associations ne relevant pas de l’intérêt général», « peine de mort », «interdiction des manifestations de soutien aux sans-papiers », ou bien encore l’élargissement de la liste des emplois réservés aux seuls Français. Un « repli nationaliste » réel mais instrumentalisé par Manuel Valls, qui ne cesse d’agiter les marionnettes FN-droite afin d’exiger un ralliement sans conditions à sa politique. C’est pourtant là que se creuse le lit d’un torrent réactionnaire annoncé.

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