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L'Europe divisée sur une Russie moins isolée qu'il n'y paraît

Publié le par Daniel Sario

L'Europe divisée sur une Russie moins isolée qu'il n'y paraît
Malgré une image d'union contre le président russe Vladimir Poutine lors du G20 de Brisbane (Australie), les pays de l'Union européenne, qu'ils soient de tradition anglo-saxonne ou continentale, n'ont pas la même démarche ni les mêmes intérêts vis-à-vis de la Russie. Guerre du gaz oblige. Par Stéphane Aubouard

A y regarder de plus près, il n'y a pas que les pays dits "émergents", ceux que l'on appelle aujourd'hui les Brics (Brésil, Inde, Chine et Afrique du Sud), qui ont soutenu Vladimir Poutine le week-end dernier en Australie lors du G20 de Brisbane. N'en déplaise à la grande majorité de la presseoccidentale, il y a aujourd'hui en Europe des forces diplomatiques qui, loin de diaboliser le président russe, le prennent même très au sérieux. Certes, David Cameron, le premier ministre britannique, a fait montre de fermeté à l'égard du chef du Kremlin. "Je pense que ce qui a été bon durant ce G20, c'est qu'un messsage très clair a été transmis par les pays de l'Union européenne (UE) et par l'Amérique à la Russie", a-t-il ainsi déclaré en conférence de presse, accompagné de ses amis australien et canadien du Commonwealth et de leur patron états-unien.

Contrairement au locataire du 10 Downing Street, les Européens continentaux ont joué une tout autre partition que les Britanniques en dehors des caméras. La France, qui aurait bien besoin de vendre ses Mistral à la Russie, n'a pas encore tiré un trait sur cette affaire. Pour ce faire, une accalmie rapide et durable du conflit russo-ukrainien est indispensable. François Hollande l'a bien compris, passant plus d'une heure avec le président russe en insistant sur une résolution du conflit (voir dans les pages : Vladisvostok, choix cornélien).

Aujourd'hui, la Russie exporte 35% de son gaz à l'Allemagne. Mais que dire d'Angela Merkel et des quelque six heures passées en tête à tête avec le président russe, soit plus d'un quart du temps total de présence de Vladimir Poutine à Brisbane. Là encore, les intérêts économiques et géopolitiques de l'Allemagne et, partant, d'une grande partie de l'Europe ont pesé. Pour rappel, l'Allemagne possède plus de 6 000 entreprises en Russie et 300 000 emplois en Allemagne sont directement liés aux échanges avec Moscou. Quant au flux économique entre les deux pays, il avoisine les 80 milliards d'euros par an. Mais ce n'est pas tout, le long conciliabule que se sont offert Angela Merkel et Vladimir Poutine à Brisbane a aussi pour toile de fond la question énergétique. Aujourd'hui, la Russie exporte 35% de son gaz à l'Allemagne, qui a par ailleurs financé le gazoduc russe Nord Stream qui traverse la Baltique.

Or, le temps passant, Berlin est de plus en plus préoccupé par les possibles débordements de la crise ukrainienne aux pays de l'Europe de l'Est. Les Balkans particulièrement. D'après le Figaro, qui reprend une note du ministère allemand des Affaires étrangères, "la Russie pourrait utiliser l'argent du gaz pour forcer Belgrade à se rapprocher des positions de Moscou". Le projet de construction du gazoduc South Stream, qui relierait la Russie à la Bulgarie via la Mer Noire, permettrait en effet à Gazprom (le géant gazier russe) de contourner l'Ukraine comme pays de transit et de contrôler la majeure partie des livraisons du gaz en provenance des gisements gaziers de la mer Caspienne et du Kazakhstan. Il concurrencerait par ailleurs un autre projet de gazoduc soutenu par l'UE, le projet Nabucco, reliant l'Iran et les pays de la Transcaucasie à l'Europe centrale et qui dès 2017 pourrait permettre de diversifier les sources d'approvisionnement énergétique de l'Europe de l'Est.

Guerre du gaz en sous-main. Pour l'Allemagne, comme pour la majorité des pays européens et singulièrement ceux d'Europe de l'Est et du Nord, le dialogue avec Vladimir Poutine reste donc de mise et l'isolement de celui-ci, beaucoup plus hypothétique qu'il n'y paraît. Hier encore, le ministre des Affaires étrangères finlandais l'a bien laissé entendre : "La Finlande achète du gaz russe depuis quarante ans, elle n'a jamais eu de problèmes concernant le prix ni les livraisons. Il n'y a pas de raison de renoncer à notre coopération avec la Russie", a indiqué Ekki Tuomioja.

Quant à la position britannique, il faut là encore aller chercher dans la guerre du gaz pour en comprendre les dessous. Avec la Norvège, le Royaume-Uni reste le premier exportateur de gaz européen, notamment en direction de l'Allemagne. par ailleurs, les milliards de livres investis pour la production du gaz de schiste en Grande-Bretagne devront bientôt trouver retour sur investissement. Une logique similaire aux Etats-Unis et au Canada, qui tout en faisant concurrence à la Russie souhaitent exporter au plus vite leur gaz de schiste vers l'Europe, qu'ils pourront facturer environ trois fois plus cher qu'en Amérique du Nord!

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