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Les forces anti-austérité aujourd'hui dans la rue

Publié le par Daniel Sario

À Marseille, des intermittents dénoncent les ravages de l’austérité sur les services publics
À Marseille, des intermittents dénoncent les ravages de l’austérité sur les services publics

Le collectif 3A (Alternative à l’austérité), qui regroupe des forces politiques, syndicales, associatives, invite à manifester samedi 15 novembre, à Paris et dans les grandes villes de France, pour mettre un coup d’arrêt à la politique menée par Hollande et Valls. Par Julia Hamlaoui

« Refuser la politique d’austérité, exiger des élus qu’ils rejettent le budget Hollande-Medef, et défendre une alternative sociale, écolo- gique, politique » : c’est le mot d’ordre du collectif 3A (Alternative à l’austérité) qui invite à manifester, samedi, à Paris et dans les grandes villes de France. Alors que, désormais, François Hollande fait 80 % d’insatisfaits, le collectif se fixe l’objectif de mettre un coup d’arrêt à sa politique. Issu de la manifestation du 12 avril dernier à l’appel de 200 personnalités engagées contre l’austérité, celui-ci a déjà relevé quelques défis. « On constate un élargissement, un ancrage dans les territoires et une installation dans le paysage politique du collectif 3A, c’est le seul endroit où se retrouvent des forces politiques, associatives, et syndicales », relève un de ses animateurs.

On n'oublie pas Rémy Fraisse. Depuis la dernière manifestation, le spectre de ses forces s’est effectivement élargi. «Jamais, depuis l’élection de François Hollande, aucun appel de ce type n’avait rencontré une telle diversité de signataires », se réjouit le collectif dans un communiqué, relevant que « plus de 70 organisations se mobilisent » contre l’austérité, mais aussi contre « la criminalisation » des mouvements sociaux et pour « exiger la vérité et les sanctions au plus haut niveau de l’État suite à la mort de Rémi Fraisse ». « Depuis quelques jours, la mobilisation pour le 15 novembre prend de l’ampleur », se réjouit le collectif 3A. Au rouge des composantes du Front de gauche et du NPA, dès le départ parties prenantes, le rose des socialistes affligés et le vert d’une partie d’Europe Écologie-les Verts (EELV) se sont ajoutés à la palette politique. Nouveaux participants également, les militants de Nouvelle Donne, dont le fondateur Pierre Larrouturou constate : « Les politiques d’austérité font de plus en plus de dégâts et de plus en plus de gens réagissent», citant au passage aussi bien les chercheurs que les élus ruraux. « On se rapproche de l’impasse de jour en jour, il est urgent d’agir avant 2017 pour éviter la catastrophe », réagit Jérôme Gleizes, d’EELV, pour qui l’important n’est «pas tant le nombre de manifestants, samedi, que le regroupement de toutes les oppositions de gauche qui se construit ». Et elles sont diverses. Marche contre l'austérité le 12 avril 2014 à Paris. Côté syndical, les appels d’organisations territoriales, les signatures de militants de la CGT, de la FSU, de Solidaires, de FO, de l’Unef sont également plus nombreuses (voir ci-contre). Quant aux associations, Attac et le Mrap s’ajoutent à une liste déjà bien fournie : Copernic, Apeis, AC !, Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP), Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM), Convergence des services publics, Féminisme enjeux, Femmes Égalité, Droit au logement, Action critique médias (Acrimed), les Ef-front-é-e-s, notamment. « On se dirige donc vers la formation d’un solide point d’appui, fait d’organisations politiques et syndicales, dorénavant piloté par un comité très divers et large qui s’étoffe à mesure que le temps passe et que le gouvernement du PS finit de dégoûter de nouveaux secteurs », se réjouit, sur son blog, Jean-Luc Mélenchon, ex-coprésident du Parti de gauche (PG).

Un affrontement très dur sur le droit du travail. Et pour cause. Depuis le 12 avril, au lendemain de la nomination de Manuel Valls à Matignon, la politique austéritaire s’est encore durcie. « La très grande majorité des électeurs de gauche de 2012 ne veulent pas de la politique conduite aujourd’hui. Ils n’ont jamais voté pour cette politique et la ressentent à juste titre comme une trahison », a constaté le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, le week-end dernier. Outre ce bilan de mi-mandat, les manifestations interviendront à quelques jours du vote de l’Assemblée nationale sur le budget de l’État pour 2015 et juste avant que la Commission européenne, garante de l’austérité, ne rende son avis sur celui-ci. « C’est une journée très importante de contre-offensive au budget d’austérité, qui a inscrit 21 milliards d’euros en moins dans la dépense publique et sociale », détaille le porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles. Et d’autres menaces se précisent, selon le dirigeant communiste : « Un affrontement très dur s’annonce avec le gouvernement et le patronat avec des attaques contre le contrat de travail, la représentation des salariés, le repos dominical, les prud’hommes, les seuils sociaux… » Le tout alors même que, selon Attac, cette politique « est non seulement injuste et inégalitaire, mais en échec total du point de vue même de ses propres objectifs : la relance de la croissance et la réduction des déficits». Le budget en examen au Parlement est même, pour l’ex-eurodéputé PS, Liêm Hoang-Ngoc, « le premier vrai budget d’austérité » et le « symbole du choix que le président et son premier ministre imposent aujourd’hui à tout leur camp une politique clairement libérale ». Si le mot d’ordre anti-austérité est le fond commun des différentes marches et des rassemblements, certains y impriment leur marque. À l’instar du PG qui y portera également ses propres mots d’ordre : « Nous poursuivons (le 15 novembre) nos campagnes pour le droit de révocabilité des élus et pour la démission du ministre Bernard Cazeneuve suite à la mort de Rémi Fraisse », prévient Éric Coquerel, son coordinateur.

Les organisateurs veulent montrer qu’une alternative existe. Depuis le printemps dernier, le premier ministre n’a eu de cesse également d’affermir son discours sur l’absence d’alternative à gauche à la politique qu’il mène. « Il faut en finir avec la gauche passéiste», enjoignait Manuel Valls, le mois dernier. Samedi, il s’agira de lui « rappeler que ses idées libérales sont bien plus archaïques que les idées progressistes défendues par les manifestants », réplique Liêm Hoang-Ngoc, qui estime que « la gauche est au fond du trou parce qu’elle est assimilée à la gauche de gouvernement. À nous de montrer qu’il existe une alternative ». Conséquence de ces discours gouvernementaux qui tentent d’imposer comme une fatalité cette politique libérale : le « peuple de gauche » se réfugie dans l’abstention. « Quand vous donnez tous les pouvoirs à la gauche et qu’elle fait une politique de droite, il y a de quoi être démoralisé », estime Pierre Larrouturou. « Austérité, reculs sociaux, autoritarisme, répression policière ont cassé les espoirs nés de la défaite de Nicolas Sarkozy », constate également Ensemble, l’une des composantes du Front de gauche, qui ajoute : « S’opposer au budget 2015, à la politique d’austérité, aux exigences du Medef, c’est se mobiliser et lutter pour une alternative s’attaquant aux inégalités, favorable à des créations d’emplois, à une réforme fiscale, à la redistribution des richesses. »

Et c’est bien là la force que veulent donner ses initiateurs à la manifestation du 15 : montrer qu’une alternative existe. Car la ligne gouvernementale s’est, certes, durcie, mais la contestation s’est aussi amplifiée à gauche, jusque dans les rangs du PS, avec notamment les députés socialistes dits frondeurs, ou encore le limogeage de trois ministres à la rentrée. Elle n’a pourtant pas, pour l’instant, permis d’imposer un changement de cap, ni même une inflexion de la politique gouvernementale. « L’action des députés frondeurs n’a pas été entendue. Ces derniers ne prendront néanmoins pas le risque d’une crise de régime et ne voteront pas contre le budget. L’action parlementaire se heurte désormais aux frontières d’une Ve République à bout de souffle », constatent, d’une même voix, Liêm Hoang-Ngoc, Mathurin Levis, membre du bureau national du Mouvement des jeunes socialistes (MJS), et Philippe Casier, membre du conseil national du PS, dans un communiqué commun. Tous trois y voient une raison supplémentaire de participer à la manifestation : « Elle donne l’ occasion au peuple de gauche de rappeler au chef de l’État qu’il s’était engagé à sortir la France et l’Europe du piège de l’austérité. »

Des manifestations en région; Si, depuis avril dernier, au plan national, les forces qui le composent sont plus nombreuses, le collectif 3A a fait des petits en région. De Nantes à Nice en passant par Strasbourg, c’est une vingtaine de manifestations qui sont programmées. À Toulouse, par exemple, les organisateurs se réjouissent de n’avoir réuni pas moins de 87 personnalités des Hautes-Pyrénées autour d’un appel commun. « Nous souhaitons insuffler l’idée que d’autres choix sont possibles, que tout cela n’est pas une fatalité, que le peuple peut prendre en main les choses », confie à la presse Claude Martin, responsable syndicale. Cette journée de mobilisation prend place dans une lutte quotidienne contre l’austérité et ses multiples conséquences. C’est en tout cas ainsi que l’envisage le Front de gauche en Côte-d’Or. « Cette manifestation sera l’occasion de faire converger les luttes qui se mènent localement dans toute la France », estime le mouvement, qui appelle d’un même élan à un rassemblement devant l’usine Sanofi, jeudi, à un rassemblement vendredi devant le CHU de Dijon pour défendre la protection sociale, et à participer à la mobilisation du 15 novembre. D’ailleurs, cette date n’est pas appelée à être le dernier rendez-vous du collectif 3A. Dans deux semaines, le PCF lui propose de reprendre la main avec une « semaine de contre-actions » à la mobilisation annoncée du Medef, qui entend marquer toujours plus de points auprès du gouvernement.

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