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Une France étranglée par les inégalités

Publié le par Daniel Sario

Une France étranglée par les inégalités

Le Portrait social réalisé par l’Insee met en lumière une explosion du chômage de longue durée. Pour les ménages les plus modestes, qui continuent de souffrir des politiques d’austérité, la situation est alarmante. Par Kevin Boucaud

Au fil des mois et des années, les effets de la crise s’aggravent. C’est en tout cas ce que montre le dernier « portrait social » de la France réalisé par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Si le tableau général est sombre, particulièrement du côté de l’emploi, l’étude précise que « les personnes les plus touchées par la crise sont généralement celles qui étaient a priori les plus exposées aux difficultés sur le marché du travail ». Ce nouveau rapport permet de comprendre « où nous en sommes après plusieurs années de crise », comme l’explique Fabrice Lenglart, directeur des statistiques démographiques et sociales. Entre 2008 à 2013, une dégradation du marché du travail, une augmentation de la précarité ou encore une stagnation du revenu salarial sont observées.

Alors que la France compte 2,8 millions de chômeurs en 2013 au sens du Bureau international du travail, l’Insee révèle que plus de 1,1 million d’entre eux recherchent un emploi depuis plus d’un an. Un chiffre qui est en hausse de 56 % en cinq ans (+ 400 000 chômeurs). La conséquence immédiate est une forte hausse du nombre d’allocataires au revenu de solidarité active – RSA (+ 430 000 entre 2008 et 2012) et ainsi une dégradation de leurs conditions de vie. Cette situation pèse sur les salaires dont la progression est freinée depuis 2007, au point que les inégalités salariales ont cessé de diminuer.

Pour le président de la république François Hollande, qui depuis son élection, clame qu'il va "inverser la courbe du chômage" et qui a déclaré n'avoir "aucune raison d'être candidat" en 2017 si celle-ci ne se réalisait pas, le Portrait social de la France de l'Insee sonne comme un nouveau désaveu. Car le phénomène le plus marquant mis en évidence par l'étude est sans aucun doute la montée soutenue du chômage entre 2008 et 2013.

Les allocataires du RSA en hausse. Inférieur à 7% de la population active -c'est-à-dire en âge de travailler, exerçant ou cherchant un emploi- en début de crise en 2008, le taux de chômage s'élevait à 9,8% en 2013. Dans ce contexte de hausse globale du chômage (de 43%), le plus préoccupant est l'explosion du chômage de longue durée (qui dure depuis plus de douze mois), qui touche désormais 4% des actifs, soit 1,1 million de Français. Plus de la moitié d'entre eux, soit 0,6 million, entre dans la catégorie des chômeurs de très longue durée (inactifs cherchant un emploi depuis plus de vingt-quatre mois). Si cette évolution touche l'ensemble de la société française, il existe de fortes asymétries entre les différentes catégories d'individus. L'étude note à ce propos qu'"un observe ainsi les plus fortes augmentations du taux de chômage de longue durée entre 2008 et 2013 parmi les catégories d'actifs les plus fragiles : ouvriers, employés, jeunes, personnes sans diplôme, parents isolés, habitants des zones urbaines sensibles, immigrés". Si cette situation est inquiétante, c'est parce que, comme le révèle l'institut statistique, "la probabilité de sortir du chômage diminue avec le temps déjà passé".

Une conséquence immédiate de la montée du chômage de longue durée est une dégradation des conditions de vie pour beaucoup de Français. L'allongement de la durée du chômage a ainsi provoqué une hausse des allocataires des minima sociaux d'insertion -revenu de solidarité active (RSA) et allocation de solidarité spécifique (ASS)- de 430 000 (+25%) entre 2008 et 2012. L'étude révèle plusieurs statistiques sur les bénéficiaires de ces minima. En effet, en 2012, 60% des allocataires du RSA socle se situaient sous le seuil de pauvreté. Dans le même temps, ils étaient un quart soumis à des restrictions alimentaires et un dixième devaient renoncer à se soigner.

Une compression des salaires. Pour finir, 25% des allocataires du RSA et 18% de l'ASS ne disposaient pas d'un logement autonome en 2012. Ces évolutions sont également défavorables aux Français qui ont un emploi. La hausse du chômage a pour effet de diminuer le pouvoir de négociation des travailleurs et donc de comprimer les salaires. L'Insee note que les revenus ont ralenti "en particulier ceux des ménages les plus modestes". Alors qu'entre 2002 et 2007 les salaires progressaient de 0,6% par an, leur hausse annuelle n'a été que de 0,2% entre 2007 et 2012. La conséquence de ce ralentissement est que la baisse des inégalités de salaires qui dominait avant la crise, causée par une hausse soutenue des salaires les plus faibles, marque dorénavant une pause.

Certes, toutes ces évolutions ne sont pas imputables au président Hollande, puisqu'une partie revient à la crise et qu'il n'est arrivé au pouvoir, rappelons-le, qu'en mai 2012. Cependant, comme l'explique Guillaume Allègre, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), " les politiques d'austérité ont prolongé la crise". Il relève notamment que "le chômage commençait à se stabiliser avant la mise en application des politiques d'austérité suite à la crise de l'euro". C'est certainement la raison pour laquelle l'évolution de la situation des autres pays européens est similaire à celle de la France, car ils sont également "contraints par leurs politiques budgétaires et par le pacte de stabilité (TSCG)", selon Guillaune Allègre.

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