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Les États-Unis enfin prêts à lever le blocus, ou… presque

Publié le par Daniel Sario

Des ténors du camp républicain s’opposent à la levée de l'embargo.
Des ténors du camp républicain s’opposent à la levée de l'embargo.
Si l’opinion est désormais très favorable à une normalisation avec Cuba, une levée de l’embargo économique reste suspendue au bon vouloir du Parti républicain, majoritaire au Congrès. Par Bruno Odent


Barack Obama a asséné un grand coup politique à deux ans de la fin de son mandat avec sa décision historique de normaliser solennellement les relations avec Cuba. Le président des États-Unis s’appuie sur une opinion publique devenue majoritairement favorable à ce processus. Les sondages évaluent entre 55 % et 60 % le nombre de citoyens, partisans de cette normalisation. Surtout, un véritable retournement est perceptible au sein de la communauté cubaine des États-Unis principalement implantée dans l’État de Floride. Selon une enquête réalisée par l’université internationale de Floride en juin, quelque 68 % des personnes interrogées approuvent des relations « normales ». Dix ans plus tôt, le même organisme relevait un rapport exactement inverse en faveur des opposants à cette normalisation. Avec d’ailleurs un fort clivage générationnel entre les irréductibles du blocus que l’on trouve parmi les plus anciens, les opposants de la première heure à la révolution castriste, et les jeunes qui aspirent au changement et à visiter la Grande Île, sans les entraves.

Le Congrès est le seul à pouvoir abroger l’embargo. La suite logique, c’est-à-dire la levée de l’embargo imposé depuis un demi-siècle, ne s’annonce pas simple pour autant. Celle-ci passe en effet par une négociation au Congrès, seul autorisé à abroger le régime de la loi Helms-Burton qui interdit aux firmes américaines et, dans une large mesure aux alliés de Washington, de commercer avec Cuba. Et les républicains seront majoritaires à tous les étages au Capitole en janvier après la déroute subie par les démocrates aux élections de mi-mandat. Le président de la Chambre des représentants, John Boehner, dénonce des « concessions » favorables aux « ennemis de l’Amérique ». Le sénateur Marc Rubio, candidat à la candidature républicaine pour le scrutin présidentiel de 2016, a prévenu : « J’utiliserai tous les outils à ma disposition pour contrecarrer les changements annoncés. » Y compris, a-t-il précisé, en bloquant les crédits nécessaires à l’installation d’une ambassade des États-Unis à La Havane. Mais ce positionnement ultra pourra-t-il être maintenu jusqu’à terme ? Il contribue – comme certaines réactions radicales face à un récent décret en faveur de la régularisation de milliers de sans-papiers – à diviser le camp républicain. Ses stratèges les plus fins considèrent que leur parti se doit d’afficher une posture pragmatique pour démontrer sa capacité à gouverner dans la perspective de la présidentielle de 2016. Quand une fraction importante d’élus ou de responsables radicalisés prône une démarche d’obstruction tous azimuts.

Le blocus fut contre-productif pour les entreprises états-uniennes. Face à l’aspiration majoritaire de l’opinion à tourner enfin la page de la guerre froide avec Cuba, l’entêtement républicain anticastriste – même s’il peut compter, ici et là, sur le ralliement de quelques démocrates – paraît bien risqué. Barack Obama le sait et il est d’autant plus enclin à jouer cette carte politique-là que, dans les milieux économiques dirigeants, on s’impatiente aussi d’une levée de l’embargo. Une étude récente d’une Commission du commerce international pointe ainsi combien le blocus fut contre-productif, relevant qu’à l’inverse une « libéralisation » pourrait « accentuer la pression» pour de nouvelles réformes économiques dans la Grande Île. Surtout, elle chiffre à 1,2 milliard de dollars (980 millions d’euros) la perte annuelle subie, pour cause de blocus, par les entreprises états-uniennes. Hillary Clinton, future probable candidate démocrate à la succession de Barack Obama à la Maison-Blanche, estime, elle aussi, que l’embargo s’est retourné contre les intérêts des États-Unis, dans le sens où il fut incapable de subvertir le pouvoir cubain. Et de marteler qu’une normalisation enlèverait «toutes leurs excuses» aux dirigeants de La Havane « pour justifier ce qui s’est passé à Cuba durant ces cinquante dernières années ».

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