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Loi Macron, la gauche doit endiguer la déferlante libérale

Publié le par Daniel Sario

Loi Macron, la gauche doit endiguer la déferlante libérale
Alors que les annonces officielles sont attendues aujourd’hui sur le projet de loi « croissance et activité » d’Emmanuel Macron, le ministre de l’Économie a eu du mal à convaincre l’ensemble de sa majorité, hier. Principal point de discorde : le travail du dimanche. Par Julia Hamlaoui et Adrien Rouchaleou

«Élargir les conditions d’ouverture des magasins le dimanche, (…) c’est de la croissance pour vos commerces, c’est de l’emploi pour les Français, (…) le renforcement de l’attractivité touristique pour que la France soit forte. » Cette déclaration n’est ni celle de François Hollande, ni de Manuel Valls, ni d’Emmanuel Macron. C’est celle du président Nicolas Sarkozy que Frédéric Lefebvre, alors l’un de ses secrétaires d’État, a livré en son nom, en février 2012, aux états généraux du commerce à Bercy. Pourtant, c’est bien ce qu’assume le projet de loi du ministre socialiste de l’Économie présenté aujourd’hui en Conseil des ministres, entre autres mesures telles les cessions pour 5 à 6 milliards d’euros d’actifs de l’État, les attaques contre les prud’hommes, la libéralisation des professions réglementées. Exit la référence au « pouvoir d’achat » que contenait initialement l’intitulé du projet lorsque Arnaud Montebourg était à la manœuvre. Depuis, le texte est devenu un projet de loi « pour la croissance et l’activité ». Avant les annonces officielles aujourd’hui, le ministre Macron s’est évertué, hier matin, à convaincre les députés socialistes de leur bien-fondé. Et là, rabâcher les antiennes technocratiques et libérales ne suffit pas toujours, d’autant qu’à vouloir balayer large, le texte du ministre prend le risque d’ouvrir autant de fronts.

Le gouvernement prêt à sacrifier le repos dominical. Un projet qui « va probablement être un marqueur de ce quinquennat (et) qui va à l’encontre de la volonté exprimée par les Français en 2012 lors de l’élection de François Hollande », a d’ores et déjà prédit le député Marc Dolez (Front de gauche). De ce point de vue, au collectif Cohérence socialiste, fondé autour de députés tels que Karine Berger, Yann Galut, ou la rapporteure générale de la commission des Finances Valérie Rabault, on estime le projet « mou du genou ». Non que ces députés souhaitent libéraliser plus encore. Au contraire, il s’agit de pointer le fait que ce texte ne permettra pas d’améliorer sensiblement la croissance. La libéralisation des transports par autocars ? Elle ne générera qu’un « chiffre d’affaires équivalent à six heures de travail supplémentaires de la SNCF par an », estime Karine Berger. « Ça ne me gêne pas qu’il y ait des lois fourre-tout si ça peut permettre de régler tous les problèmes, estime le frondeur Jean-Marc Germain. Il y a quelques bons articles, comme ceux qui permettent à chacun d’accéder à la profession de notaire. Mais en revanche il y a des régressions sociales contraires aux intérêts économiques et à l’emploi. »

Au premier plan de ces «régressions», le travail du dimanche. Le gouvernement prêt à sacrifier le repos dominical sur l’autel de la compétitivité – en particulier en autorisant jusqu’à 12 ouvertures par an (contre 5 aujourd’hui) et en créant des «zones touristiques internationales » – voudrait jeter du même coup aux orties les arguments que le PS défendait hier encore d’une même voix. Sans doute voudrait-il voir enterré ce communiqué de 2009 dans lequel le PS affirmait que «le travail du dimanche est inefficace sur le plan économique, dangereux pour les salariés, néfaste pour la vie sociale», alors que la droite s’apprêtait à élargir les possibilités d’ouverture des magasins ce jour-là avec la loi Mallié. Ou encore celui de 2008 dans lequel, alors qu’un certain François Hollande était encore premier secrétaire, son bureau national estimait que «laisser entendre, comme le fait la majorité (de droite – NDLR), que l’extension du travail le dimanche peut être une réponse aux problèmes des Français en matière d’emploi et de pouvoir d’achat est une escroquerie».

« En 2008, on avait fait une belle tribune intitulée “Yes week-end” ». Mais certains socialistes n’ont pas la mémoire si courte. Si, dès octobre, les Jeunes socialistes ont souhaité voir « une plus grande cohérence entre les combats menés par la gauche dans l’opposition et une fois arrivée au pouvoir », hier, des députés se sont faits plus tranchants encore. « Mon objectif de député de gauche, ce n’est pas de voter toutes les mesures que M. Sarkozy n’avait pas réussi à faire voter et qu’on avait combattues dans l’opposition », a déclaré Pascal Cherki, de l’aile gauche du PS. Jean-Marc Germain n’a pas oublié non plus: « En 2008, tous les socialistes défendaient le repos dominical. On avait même fait une très belle tribune intitulée “Yes week-end” », rappelle le député, pour qui cette dérogation « finira par être une obligation » et signifiera aussi « laisser ses enfants seuls toute une journée le dimanche ». L’efficacité économique de la mesure ne convainc d’ailleurs pas plus aujourd’hui qu’hier. « Autoriser le travail des commerces du quartier Haussmann (celui des grands magasins à Paris) tous les dimanches de l’année ne générerait qu’un chiffre d’affaires équivalent à celui du centre commercial d’Évry », a calculé Karine Berger. Si d’autres dispositions initialement inscrites dans le projet Macron – réforme de la médecine du travail, des seuils sociaux… – devraient disparaître des annonces d’aujourd’hui, le gouvernement ne renonce pas pour autant à imposer la totalité de sa vague libérale. Non seulement ces mesures ne sont pas abandonnées, mais le gouvernement se montre plus que jamais déterminé à se plier aux desiderata du patronat. Le secrétaire d’État Thierry Mandon a annoncé sur France Info qu’à l’avenir un groupe de chefs d’entreprise et d’experts se réunirait pour évaluer l’impact des nouvelles lois sur les entreprises, avant que le Parlement ne les examine. Rien que ça !

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