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Qui est Lazarevic, dernier otage libéré ?

Publié le par Daniel Sario

Qui est Lazarevic, dernier otage libéré ?
Le Franco-Serbe avait été enlevé en 2011 avec Philippe Verdon, assassiné l’an dernier. Le passé trouble des deux hommes intrigue. Par Rosa Moussaoui


Il a été libéré hier, près de Kidal, zone grise du nord du Mali toujours sillonnée par les groupes armés et les katibas djihadistes. Après plus de trois ans de captivité entre les mains de ses geôliers d’Aqmi, Serge Lazarevic a retrouvé la liberté, au terme de longues négociations impliquant des intermédiaires nigériens. Il y a deux semaines, déjà, le président Issoufou s’était dit optimiste sur l’issue des discussions avec les ravisseurs. Quelques jours auparavant, l’otage était apparu dans une vidéo diffusée par une chaîne de Dubaï. Tête couverte, barbe fournie, vêtu d’un khamis gris, le quinquagénaire évoquait, depuis l’habitacle d’un pick-up, sa santé chancelante. Par sa voix, ses ravisseurs confirmaient leur intention de l’échanger contre des prisonniers. C’est vraisemblablement chose faite, avec la libération de deux Touareg liés à Aqmi. L’otage était semble-t-il détenu par Abdelkrim le Touareg, le chef djihadiste qui a fait exécuter les deux journalistes de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, le 2 novembre 2013.

Une zone formellement déconseillée aux Occidentaux. Serge Lazarevic avait été enlevé le 24 novembre 2011 dans un hôtel de Hombori, au nord-est de Mopti, avec son acolyte Philippe Verdon. Le corps de ce dernier avait été retrouvé par les militaires français de l’opération «Serval» le 7 juillet 2013, dans la région de Tessalit, non loin de la frontière algérienne. Les hommes d’Aqmi affirmaient tenir, en Verdon, un « espion », ce que les services français, solidement implantés dans la région, ont toujours démenti. L’otage a été tué d’une balle dans la tête, avant que l’assassinat ne soit revendiqué, le 19 mars 2013. Que faisaient Lazarevic et Verdon dans cette zone formellement déconseillée aux Occidentaux ? Officiellement, ils s’y trouvaient pour affaires, en vue d’y établir une cimenterie pour le compte d’une entreprise malienne, Mandé construction immobilière, dirigée par l’homme d’affaires Djibril Camara. Version très vite mise en doute par des sources maliennes et par la presse française, intriguée par le passé sulfureux des deux hommes. À Hombori, Verdon s’était présenté comme « géologue ». Lazarevic, lui, se disait « ingénieur du bâtiment ». En fait, le Franco-Serbe, décrit par ses proches comme un «colosse», a exercé le métier de chef de chantier, après être passé par le secteur de la sécurité. Dès le 29 novembre 2011, le quotidien serbe Blic le présentait comme un vétéran de la guerre en ex-Yougoslavie présent sur le front croate et la Krajina, lié de longue date aux services de renseignements, notamment français, recruteur de mercenaires serbes envoyés pour le compte de Mobutu dans l’ex-Zaïre déchiré par la guerre. Il aurait été contraint, toujours selon ce journal, qui s’appuie sur ses témoignages devant le tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie, de quitter la Serbie après avoir été mis en cause pour ses activités au sein d’un groupe paramilitaire baptisé « Pauk » («l’araignée»), à l’origine d’une tentative d’assassinat de Slobodan Milosevic.

Mission à Hombori. Philippe Verdon, lui, n’en était pas, au Mali, à sa première aventure africaine. Cet affairiste passé par Madagascar et par les Comores se flattait de ses liens d’amitié avec le mercenaire Bob Denard, relais des services français et pivot des trafics d’armes et des opérations de déstabilisation dans l’océan Indien. Pour le vieux barbouze, pourtant, Verdon était avant tout « un homme qui fait des affaires, pas un soldat ». Interrogé par l’Humanité à l’automne 2012 sur les raisons de la présence des deux hommes à Hombori, le père de Philippe Verdon, Jean-Pierre Verdon, écartait ce passé trouble. « C’est absurde et farfelu. Nous avons rendu publiques des pièces matérielles prouvant la réalité de la mission qui les a conduits à Hombori, où se rendaient encore, à l’époque, des touristes », insistait-il. Même réponse, à la même période, du président du comité de soutien, Pascal Lupart… ex-membre des forces spéciales.

Verdon et Lazarevic se trouvaient au nord du Mali alors que s’amorçait, dans la région, un tournant majeur, avec le retour de combattants touareg ayant servi Mouammar Kadhafi, chassés de Libye par l’intervention franco-britannique. Parmi eux, des figures de la rébellion touareg, autour desquelles se constituait alors un nouveau groupe armé, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Les services français ont-ils voulu jouer l’irrédentisme touareg et ses milices contre les katibas d’Abou Zeid et de Belmokhtar, dans une zone instable, propice aux trafics, devenue un sanctuaire djihadiste ? Verdon et Lazarevic étaient-ils en mission de formation et d’encadrement de ces combattants touareg, comme l’affirment certaines sources maliennes ? À l’époque, Paris n’avait pas de mots assez durs pour des autorités maliennes désarmées et pour le président Amadou Toumani Touré, accusé de « laxisme » vis-à-vis d’Aqmi, alors en phase d’expansion spectaculaire grâce aux millions des rançons. « Le septentrion malien était déjà, à l’époque, le terrain de jeu de certains réseaux de mercenaires liés aux services français. Il fallait préparer le terrain à l’offensive du MNLA », avance un notable de la région impliqué dans les pourparlers de paix. La suite a prouvé le caractère aventureux de cette stratégie. Le soulèvement touareg a ouvert une boîte de Pandore que l’opération « Serval » n’a pas refermée. Si la France ne compte plus d’otages au nord du Mali, le devenir de cette région toujours instable reste plus incertain que jamais.

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