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Égalité sociale, la priorité oubliée de Valls

Publié le par Daniel Sario

Photo : Olivier Coret
Photo : Olivier Coret
Manuel Valls a dévoilé hier son plan pour lutter contre le risque terroriste. Au programme, davantage de surveillance et un renforcement des forces de sécurité. Mais rien pour combattre le mal à la racine, dans les villes et les quartiers fragilisés. Par Adrien Rouchaleou et Émilien Urbach

« Moins » de postes supprimés dans la défense, des « volontaires » pour le soutien scolaire… les mesures annoncées hier par le couple exécutif sont loin de pouvoir apporter un début de réponse viable à la situation sociale que Manuel Valls a lui-même dénoncée. La ministre de l’Éducation doit présenter ce jeudi d’autres dispositions, elles aussi liées à des valeurs à défendre mais pas sur des moyens à étendre. Comme l’Humanité a encore pu le vérifi er dans le reportage qu’elle publie sur Grigny, les quartiers populaires en ont assez d’être « insultés » et revendiquent l’égalité sociale et le retour des services publics. À gauche, un « changement » vigoureux est réclamé, à l’instar du PCF qui interpelle Manuel Valls : « Agissez avec un changement de politique. Agissez avec un collectif budgétaire, en urgence, pour la jeunesse et les quartiers populaires. Agissez pour l’Égalité et la Fraternité en mettant un coup d’arrêt à des politiques injustes, ine caces dont se nourrissent les monstres. »

Des absences révélatrices. Hier matin, Manuel Valls annonçait les mesures de renforcement du dispositif de lutte contre le terrorisme prises en Conseil des ministres. « La France est en guerre », donc… elle doit grossir les troupes, mieux les armer et développer ses services de renseignement, extérieur comme intérieur. Dans la salle de presse du palais présidentiel, la mise en scène donne le ton. Le premier ministre est debout sur son estrade. En arrière-plan, la photo projetée d’un militaire en patrouille et l’inscription « mobilisation générale contre le terrorisme ». Au côté du chef du gouvernement, les ministres de la Justice, de l’Intérieur, de la Défense, des Affaires étrangères… et la remarquable absence de Najat Vallaud-Belkacem et de Fleur Pellerin, respectivement en charge de l’Éducation nationale et de la Culture, tout comme celle de Patrick Kanner et Myriam El Khomry, ministre et secrétaire d’État à la Ville.

La veille pourtant, dans son discours de vœux à la presse, le premier ministre avait, de manière tonitruante et inédite de sa part, pointé une responsabilité collective lourde et ancienne, dénonçant « un apartheid territorial, social et ethnique ». Précisant sa pensée, il avait parlé de «relégation périurbaine et de ghettos », problématiques auxquelles « s’additionnent les discriminations quotidiennes, parce qu’on n’a pas le bon nom de famille, la bonne couleur de peau ou bien parce que l’on est une femme ». Ce mercredi, ce fut comme si ces mots n’avaient jamais été prononcés : les mesures annoncées sont policières. Aucune ne répond à la question sociale.


François Asensi (PCF) dénonce l’abandon des quartiers populaires par l’état. Sur la question territoriale, par exemple, pas un mot. Une proche collaboratrice du maire socialiste d’une grande ville de France estime « surprenant de dénoncer un apartheid territorial en France quand, dans le même temps, non seulement on prive les collectivités territoriales de 11 milliards, mais on vote une réforme des quartiers prioritaires de la politique de la ville qui nie justement la spécificité de ces quartiers et les problématiques auxquelles ils font face » en les traitant de la même façon que les centres de villes moyennes. Maire Front de gauche de Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis, François Asensi dénonce, lui, la « ségrégation » : « C’est facile aujourd’hui d’utiliser des mots chocs. Les quartiers sont abandonnés par l’État. Il y a des responsabilités à établir : depuis quarante ans, on assiste à une relégation de certains quartiers dans les villes populaires. » Bon connaisseur du terrain, il fait le bilan des dernières années : «On a fait la rénovation urbaine, on a travaillé sur le bâti mais on n’a pas travaillé sur l’humain, sur le social. Or on a besoin de lien social, d’éducation populaire, de citoyenneté… »

C’est la voie opposée que semble avoir actée le gouvernement hier. Celle de la surveillance et de la répression. Alain Dru, secrétaire général de la CGT de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), est indigné par la volonté du premier ministre de créer une unité de veille et d’information sur les phénomènes de radicalisation au sein de la PJJ. Il dénonce également l’idée de la création d’une mission d’inspection générale des services et des institutions de la PJJ. «Monsieur Valls n’a rien compris à la situation, s’insurge-t-il. La vraie question, c’est celle de l’abandon des jeunes après leur majorité. En réalité, avant leurs dix-huit ans, très peu de mineurs posent problèmes. De plus, les travailleurs sociaux ne sont pas des membres des services du renseignement. Je ne vais pas contrôler les SMS des jeunes et analyser les discussions qu’ils ont entre eux. Je ne vais pas m’intéresser à la longueur de leur barbe ou à la connotation religieuse de leurs vêtements. Il faut arrêter de parler d’islamisation et s’occuper de santé, de logement et d’éducation. Les annonces du premier ministre ne correspondent pas du tout au renforcement du travail social et des capacités d’intégration dont les jeunes ont besoin. »

Même du côté des forces de l’ordre, tout le monde ne se satisfait pas totalement des annonces de ce mercredi matin. « Les propositions du premier ministre sont surprenantes, réagissait, pour sa part, Nicolas Comte, secrétaire général du syndicat Unité SGP-FO de la police nationale. On ne peut que saluer la création de postes supplémentaires mais ça reste insuffisant face à la suppression, entre 2008 et 2012, des 13 000 agents de police et gendarmes. » Pour le fonctionnaire de police : « Aller au contact de la population ça prend du temps et ça ne se traduit pas en chiffre. Un policier qui va faire un travail, en profondeur, de présence sur un quartier ne peut être guidé par la politique du chiffre. On ne peut chiffrer la prévention. Les moyens ne sont pas là pour une réelle police de proximité qui, en s’implantant quotidiennement dans certains quartiers, pourrait faire un réel travail de renseignement et signifier, dans ces zones, une vraie présence de l’État. On reste sur des mesures d’urgence. »

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