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François Hollande ou l'écologie des apparences

Publié le par Daniel Sario

François Hollande ou l'écologie des apparences
Va-t-en-guerre contre le réchauffement climatique dans ses discours, le président pèche par les politiques qu’il défend, fondamentalement climaticides. Par Marie-Noelle Bertrand

Jamais il n’aura semblé aussi mûr pour se faire vert, et pourtant, François Hollande peine toujours à convaincre de la sincérité de son virage écolo. Sauf changement radical de braquet, le chef de l’État, qui devait défendre ses priorités pour 2015 ce matin sur France Inter (lire ci-après), n’aura pas manqué de consacrer une large tirade aux questions environnementales, et plus singulièrement à la lutte contre les bouleversements climatiques. À mesure que se rapproche la conférence sur le climat qu’accueillera Paris en décembre prochain, celle-ci s’impose comme un chapitre incontournable des discours présidentiels. « Il y a les guerres que nous devons faire cesser, mais sur le climat, il y a une autre guerre qui se prépare », déclarait le président en novembre, devant la communauté française de Sydney. Fraîchement converti à la cause, il espère désormais « laisser sa trace » dans l’histoire, en œuvrant pour l’obtention « d’un accord historique » de réduction de gaz à effet de serre en décembre 2015. Il en a remis une couche lors de ses vœux à la nation, mercredi soir, estimant de 2015 qu’elle sera « une année essentielle pour la planète » et que la France se doit d’entraîner « le monde pour qu’il puisse adopter une déclaration pour les droits de l’humanité pour (la) préserver ». Pourquoi, alors, tant d’incrédulité à l’égard des discours ? C’est la mise en œuvre qui pèche, répond-on, et plus encore l’incohérence entre la déclamation et des politiques économiques et sociales qui, sur le fond, n’inspirent pas confiance dans la capacité présidentielle à engager le pays sur une trajectoire apte à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

1. Loi Macron : consumérisme en vitrine. La première cible de l’année : la loi Macron, l’autre grand projet de François Hollande pour 2015, est qualifiée de « grand bon en arrière », par Cécile Duflot, qui dans une lettre ouverte publiée hier dans le Journal du dimanche, appelle à la mettre en échec. « La modernité réelle serait d’inventer un nouveau modèle social écologique. La lucidité oblige à constater que ce texte emprunte le chemin inverse », estime l’ex-ministre du Logement (EELV). Taclés : les chapitres visant à simplifier le droit à l’environnement, à encourager l’exportation de centrales nucléaires ou prônant le transport par cars, versant écologie. Et ceux généralisant le travail du dimanche ou les pratiques spéculatives dans le logement, versant social.Avec, entre les deux, un trait que beaucoup ne manquent pas de tirer. « Cette logique qui laisse croire que l’on va obtenir de la croissance en lâchant le marché à la conquête de tout ce qu’il n’a pas encore conquis, n’est pas une réponse aux besoins des populations et de l’environnement », résume Txetx Etcheverry, porte-parole du mouvement Alternatiba !, coalition d’organisations engagées dans la lutte contre le réchauffement. Révélatrice de cette tendance, la défense du travail du dimanche « ne va que nous pousser à consommer plus sur des temps de loisir que l’on pourrait consacrer à des activités non marchandes, à jeter plus et à émettre plus de CO2 ». Certains, déjà, ont fait le calcul de ce que cela pourrait coûter rien qu’en maintenance. Ainsi le journal Terra Eco, qui en juillet dernier, estimait, se basant sur des données de l’Ademe et d’EDF, que l’ouverture dominicale d’un hypermarché de 2 500 m2 pomperait, à l’année 5 192 kWh, soit plus que la consommation d’un foyer moyen (un couple, deux enfants). Plus globalement, « on est très loin du produire et consommer autrement », reprend Christian Pellicani, responsable du MNLE Bouches-du-Rhône

2. Tafta : porte ouverte aux hydrocarbures. Tafta, Ceta, etc., les accords bilatéraux avec l’Amérique du Nord – les États-Unis dans le premier cas, le Canada dans le second – et le soutien que leur apporte la France, sont depuis longtemps dénoncés comme climaticides par les acteurs de la lutte contre le réchauffement. « Le régime commercial et d’investissement international bloque toute transition vers un régime énergétique post-fossile », estime ainsi Attac. « La Commission européenne elle-même reconnaît que le traité transatlantique générerait une hausse des émissions de gaz à effets de serre de 4 000 à 11 000 tonnes de CO2 par an. » En outre, alors que le mandat de négociations confié à la Commission européenne lui intime d’« assurer un environnement commercial ouvert, transparent et prévisible en matière énergétique et à garantir un accès sans restriction et durable aux matières premières », le Tafta pourrait être une porte ouverte aux gaz de schiste que les États-Unis cherchent à écouler sur le marché, en dépit des recommandations de l’Agence internationale de l’énergie, qui préconise de laisser sous-terre les deux tiers des hydrocarbures. Le Ceta l’aura été avant lui pour les pétroles issus de sables bitumineux : alors que l’Europe devait, début décembre, voter une directive pénalisante pour cet hydrocarbure hautement émetteur de méthane, un lobby d’industriels adressait une lettre aux eurodéputés rappelant que l’Europe et le Canada s’étaient entendus pour libéraliser les marchés, inclus celui de l’énergie. Résultat : la directive n’est toujours pas adoptée. La France, lors de ce vote, s’est abstenue. Il faut dire que quelques semaines plus tôt, François Hollande se rendait en Alberta, souhaitant que « la France puisse continuer à mettre en valeur les immenses richesses » de cette région canadienne, première productrice de sables bitumineux.

3. Taxe sur les transactions financières : la France n’a pas aidé. Revendiquée de longue date, une taxe sur les transactions financières (TTF) conséquente serait un atout majeur pour financer les politiques d’adaptation au dérèglement climatique. Le 12 décembre dernier, le Parlement européen abondait dans ce sens, votant une TTF saluée par de nombreuses ONG. Ce n’est pas la France, cependant, qu’il faut remercier, qui lui aura savonné la planche jusqu’au bout, via une contre-proposition minimale excluant 97 % des produits dérivés. Le 8 décembre, une trentaine de personnalités du PCF, d’Oxfam France, d’Attac, de la CGT, ou encore des économistes atterrés s’étaient ainsi fendus d’une lettre ouverte à François Hollande, dénonçant cette concession faite aux spéculateurs.

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