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L’engagement militaire français en Irak examiné

Publié le par Daniel Sario

François Hollande en discussion avec l'Etat major des armées. photo AFP
François Hollande en discussion avec l'Etat major des armées. photo AFP
Députés et sénateurs doivent dire s’ils approuvent la politique militaire française en Irak. Mais la résistance kurde embarrasse. Par Pierre Barbancey


Le Parlement français – l’Assemblée nationale et le Sénat – doit se prononcer aujourd’hui sur la poursuite de l’engagement français en Irak. C’est, officiellement, le statut de cet envoi de l’aviation et très certainement d’instructeurs et de forces spéciales dans ce pays. La limite de l’explication politique fournie par le gouvernement français tient justement dans la restriction géographique. Après tout, Paris a accepté de faire partie d’une coalition internationale, dirigée par les États-Unis, pour stopper l’avancée des troupes djihadistes de l’« État islamique » (« EI »). Or, la progression des islamistes s’étend aussi bien en Irak qu’en Syrie. C’est là que le bât blesse. Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a souligné à de multiples reprises la détermination de la France à stopper, aux côtés de ses alliés, l’expansion de l’organisation État islamique, mais exclut en revanche pour l’heure toute intervention en Syrie, jugeant qu’elle ne pourrait qu’être favorable au régime de Bachar Al Assad. Évidemment, le vote va revêtir une signification particulière après le carnage perpétré dans les locaux de Charlie Hebdo.

Pourtant, une fois de plus, les Français, qui ont montré leur maturité politique lors des différentes manifestations de dimanche, sont exclus de ce débat. Celui-ci est d’importance. Par exemple, pourquoi les avions français qui participent aux frappes en Irak ne sont pas engagés dans les raids menés sur les positions de l’« État islamique » qui assiègent la ville de Kobané, au Kurdistan de Syrie. Pourquoi la France, qui a envoyé des instructeurs au Kurdistan d’Irak et a équipé les peshmergas de canons 20 mm ultraperformants qui seraient particulièrement utiles à Kobané, ne l’a pas fait dans cette ville ? Parce qu’en réalité il s’agit plus de la politique étrangère menée au Moyen-Orient par la France. Celle-ci est dans une impasse. Après avoir soutenu une Coalition nationale syrienne dominée par les Frères musulmans, avoir encouragé, d’une manière ou d’une autre, la lutte armée – ce qui n’était rien d’autre que tomber dans le pire piège tendu par le pouvoir de Damas –, et, à la suite, torpillé toute solution politique à la crise, Paris se retrouve isolé. La question kurde embarrasse – euphémisme – l’allié turc, celui-là même qui réprime la liberté d’expression, emprisonne les journalistes et se trouve impliqué dans l’assassinat de militantes kurdes à Paris.

Le projet kurde, en Turquie comme en Syrie, recèle pourtant la solution pour le Moyen-Orient. En prônant l’égalité hommes-femmes, en associant, comme c’est le cas dans toutes les villes du Kurdistan de Syrie, l’ensemble des communautés et des religions, à la gestion sociale et politique, les partis kurdes, comme le PKK en Turquie ou le PYD en Syrie, ouvrent la voie à une possibilité de règlement autrement que par un engagement armé des puissances occidentales. Sans parler du jeu régional des pays du Golfe, voire de l’implication de pays comme la Russie ou l’Iran. Mais de cela, le Parlement français n’en débattra visiblement pas. Même si les députés et sénateurs communistes, qui devraient s’abstenir, en feront résonner les principaux éléments.

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