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Nasser al-Wuhayshi, inspirateur de l'attentat contre Charlie Hebdo ?

Publié le par Daniel Sario

Nasser al-Wuhayshi, fondateur d'al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa). © AFP PHOTO/HO/AL-MALAHEM MEDIA
Nasser al-Wuhayshi, fondateur d'al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa). © AFP PHOTO/HO/AL-MALAHEM MEDIA
Saïd, l'aîné des frères Kouachi a été formé au Yémen auprès de Nasser Al-Wuhayshi, fondateur d'al-Qaida dans cette partie de la péninsule arabique (Aqpa). Celui-ci recherchait un "coup d'éclat" en Occident. Par Marc Nexon

L'homme ne paie pas de mine. Il est petit, malingre et peu charismatique. Il ignore même le maniement des armes lourdes. C'est pourtant l'un des hommes les plus recherchés de la planète. Le Yéménite Nasser al-Wuhayshi, 37 ans, dont la tête est mise à prix 10 millions de dollars, dirige al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa), la branche la plus redoutée du réseau fondé par Ben Laden. Et celle qui attire encore des centaines d'étrangers. Comme Saïd Kouachi, l'un des deux frères auteurs de la tuerie au siège de Charlie Hebdo. Ce dernier y aurait suivi une formation militaire lors d'un séjour au Yémen en 2011. "Dites aux médias que c'est al-Qaida au Yémen", a-t-il lancé à l'homme à qui il volait une voiture. Nul ne sait s'il a rencontré al-Wuhayshi, mais une chose est sûre : ordre lui a été donné de commettre un attentat dès que possible en Occident. Car c'est l'obsession du numéro un d'Aqpa. En 2013, les services de renseignements américains interceptent une communication entre al-Wuhayshi et Ayman al-Zawahiri, l'actuel leader d'al-Qaida. Tous deux évoquent alors un attentat destiné à "changer la face de l'Histoire".

De fait, depuis son arrivée il y a cinq ans à la tête de l'organisation, Nasser al-Wuhayshi tente tous les coups. En 2009, il projette de faire exploser un avion de ligne reliant Amsterdam à Detroit. L'un de ses hommes, un Nigérian, cache des explosifs dans ses sous-vêtements, mais il est maîtrisé par des passagers avant l'atterrissage de l'appareil. La même année, al-Wuhayshi cible le vice-ministre de l'Intérieur saoudien. Nouvel échec. La bombe suppositoire placée dans le rectum du kamikaze explose sans atteindre sa cible. L'homme fort d'Aqpa ne renonce pas. Il planifie un nouvel attentat l'année suivante. Cette fois, deux bombes sont dissimulées dans des imprimantes transportées par avion-cargo. Encore raté : une taupe permet d'intercepter les deux colis.

Son premier fait d'armes. Si la piste yéménite se confirme dans l'attentat de Charlie Hebdo, al-Wuhayshi signerait son premier fait d'armes à l'étranger. De quoi accroître son aura. Car l'homme fort d'Aqpa doit son ascension à deux facteurs. D'abord sa proximité avec Ben Laden dont il avait été le secrétaire particulier. Plutôt "son domestique qui lui apportait de l'eau pour ses ablutions", racontait l'an passé au journal Le Point, Nasser al-Bahri, un ancien garde du corps de Ben Laden. Mais c'est en 2006 que le chef d'Aqpa gagne ses galons, en organisant son évasion de la prison de Sanaa. Avec vingt-deux de ses camarades, il creuse un tunnel de 45 mètres de long à l'aide de cuillères et de gamelles. Pour couvrir le bruit de leurs travaux, les prisonniers récitent le Coran à voix haute. Après deux mois d'efforts, ils atteignent les toilettes pour femmes de la mosquée voisine. Et disparaissent. C'est le début d'al-Qaida au Yémen. "Al-Wuhayshi exigera de chacun de ses hommes qu'il lui fasse une allégeance comme il le fit lui-même auprès de Ben Laden", écrit l'expert Gregory Johnsen dans un ouvrage intitulé The Last Refuge, Yemen, Al-Qaeda and the Battle for Arabia. En 2014, il affirme à nouveau son autorité, contestant la désignation de Abou Bakr al-Baghdadi à la tête du califat proclamé par l'organisation État islamique (Daech). Qu'importe : les attentats de Paris devraient permettre aux deux hommes de se rabibocher.

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