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Pour Merkel, l’Allemagne est bien au-dessus de l’euro

Publié le par Daniel Sario

Mario Draghi et Angela Markel
Mario Draghi et Angela Markel
L’Allemagne, du haut de sa toute puissante intransigeance, aurait conduit Mario Draghi, le gouverneur de la Banque centrale européenne, à modifier son plan de soutien à l’économie européenne qu’il doit présenter demain… Par Emmanel Lévy

Ainsi donc Mario Draghi, le gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE), a-t il présenté, la semaine dernière, son plan d'« assouplissement quantitatif » visant à soutenir l’économie européenne à Angela Merkel. A la veille d’une opération de cette ampleur, tant en terme de montant (sans doute de l’ordre de 500 milliards d’euros) qu’en terme de nature (la rupture avec le sacro-saint principe de non-rachat de la dette des Etats par la banque centrale), cette rencontre n’a rien d’anodine.

D’abord dans sa forme. La BCE, institution indépendante, qu’on en apprécie ou pas le principe, n’a de comptes à rendre à personne. Et encore moins d’ordres à recevoir. Or selon les fuites dans la presse, Mario Draghi serait venu caler les derniers réglages de son plan avec la chancelière… Et en matière monétaire, plus que dans tout autre domaine, le diable se niche dans les détails. Oubliant sa tactique adoptée durant l’été dernier et consistant à s’opposer frontalement à l’Allemagne, le gouverneur de la Banque centrale semble avoir opté pour une solution sur-mesure pour le pays de la chancelière : le rachat des dettes des pays de la zone euro ne se fera pas au niveau de la BCE mais au niveau de chacune des banques centrales nationales. Mieux, ces rachats devront ou pourront — cela reste encore à déterminer — se faire en dette nationale. Un tel dispositif aura une conséquence : une « nationalisation » de la dette. La dette allemande dans les comptes de la Bundesbank, la dette française à la Banque de France, etc.

Cette demande montre à quel point notre voisin est schizophrène. Cette évolution risque de doucher un peu plus les espoirs des ardents défenseurs de la monnaie unique puisque la tendance, on le voit, est à la « nationalisation » des risques de défaut de chacun des Etats au niveau de leur banque centrale. Certes, la mutualisation des pertes entre les différentes banques centrales de la zone euro est un des piliers de la construction. Mais résistera-t-il à un choc important ? Angela Merkel n’ignore pas ce risque dont, paradoxalement, elle augmente la probabilité en cherchant à s’en protéger… Que cette demande provienne de l’Allemagne montre en tout cas à quel point notre voisin est schizophrène. Pro-euro, Angela Merkel « accepte » le plan de la BCE. Mais elle se couvre in fine contre son éventuelle explosion en blindant la Bundesbank de bonne dette allemande. Ce qui est une sorte de préalable à la création d’un… euro-mark !

En clair, la chancelière dit « ok, nous rachetons de la dette, mais pas de la dette pourrie des autres ». C’est d’ailleurs dans cette logique-là qu’il faut également comprendre la soudaine accélération du rapatriement à Frankfort des stocks d’or allemand. Deux tiers de ses réserves en métal précieux (un peu plus de 2 000 tonnes) sont toujours déposés, depuis la guerre froide, à Paris, Londres et Fort Knox aux Etats-Unis. Fin 2014, 85 tonnes avaient quitté New York et 35 tonnes Paris pour prendre la direction de Frankfort. A force de jouer avec l’euro, nos voisins allemands risquent de montrer au monde entier quelles sont les limites de résistance de la monnaie unique. Mais visiblement, ils s’en contrefoutent : au jeu de la monnaie, comme au football, ils semblent persuadés que l’Allemagne gagne toujours à la fin…

Lire (voir les pages) :

- La bataille de classe moderne s'est déplacée

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