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La CGT sort par le haut de sa crise de direction

Publié le par Daniel Sario

Philippe Martinez (Photo : Olivier Coret)
Philippe Martinez (Photo : Olivier Coret)
Sitôt élu par 93,4 % des voix, le nouveau secrétaire général, Philippe Martinez, a adopté un ton offensif, invitant la CGT à une action nationale en mars. La discussion du CCN se poursuit ce mercredi autour du débat à impulser dans la confédération sur ses orientations. Par Sébastien Crépel et Clotilde Mathieu

Un vote sans appel. Avec 93,4 % des voix, Philippe Martinez a été élu à la tête de la CGT, hier. Un nouveau secrétaire général ovationné, après son premier discours, par les responsables des 33 fédérations et 96 unions départementales (UD) qui composent le Comité confédéral national (CCN). Un discours « offensif », qui « pose bien les enjeux, sans faire de la langue de bois », selon un secrétaire d’UD, et dans lequel ce métallo, cinquante-trois ans, enfant de banlieue, ex-technicien de Renault Billancourt, a remis, dès son élection, la CGT sur le terrain des luttes. Il a appelé à une grande journée d’action nationale en mars, à Paris. « Une mobilisation où il ne suffira pas de dire ce que l’on rejette, mais de dire aussi ce que l’on veut », avait-il prévenu il y a quelques jours devant l’exécutif de la fédération de la métallurgie dont il est issu.

Un bureau entièrement renouvelé. Un secrétaire général « de terrain », qui a annoncé hier qu’il rendra visite à au moins deux mille syndicats dans la préparation du prochain congrès confédéral prévu au printemps 2016. Il a également promis de tenir des CCN « décentralisés », en clair, des réunions regroupant les membres de plusieurs régions. L’équipe de dix membres qui formera le nouveau bureau confédéral a obtenu quant à elle 88,8 % des voix du CCN. Colette Duynslaeger, secrétaire générale de la Fapt (La Poste), avec 82 % des voix, accède au poste sensible d’administratrice trésorière de la Confédération. Font également leur entrée dans le bureau confédéral : Virginie Gensel-Imbrecht (énergie), Pascal Joly (union régionale d’Île-de-France), Gisèle Vidallet (UD de Haute-Garonne), Céline Verzeletti (fonction publique), Denis Lalys (organismes sociaux), Fabrice Angéi (services publics), Marie Saavedra (UD du Vaucluse), Grégory Roux (cheminots). Un bureau renouvelé en totalité, toujours à parité, mais dont le rôle pourrait évoluer. « Je suis convaincu que nous avons un bureau confédéral composé d’experts traitant bien les dossiers, mais qui ne savent pas animer collectivement une équipe de direction et impulser, faire partager et valider des décisions avec une direction nationale, voire syndicale », confiait Philippe Martinez mi-décembre à son exécutif fédéral, à propos de la direction confédérale sortante.

Une première proposition rejetée le 13 janvier. La seconde proposition aura donc été la bonne, pour sortir par le haut d’une crise de direction commencée le 29 octobre avec les révélations du Canard enchaîné sur les frais engagés par la CGT pour rénover l’appartement de fonction de son précédent secrétaire général, à Vincennes (Val-de-Marne). Trois mois de rebondissements et de tensions dont le paroxysme a été atteint le 7 janvier, avec l’annonce de la démission de Thierry Lepaon, après qu’il a remis son mandat à disposition des instances du syndicat. « Il y aura un nouveau secrétaire général la semaine prochaine », avait-il alors déclaré. Une décision prise sous la pression de la commission exécutive confédérale (CEC), d’unions départementales et de fédérations qui estimaient que le secrétaire général devait clairement s’engager à ne pas se représenter. La démission de Thierry Lepaon une fois actée, s’est ouvert le délicat problème de sa succession qui a plongé le syndicat dans une nouvelle phase de tensions autour des conditions de la désignation du nouveau bureau confédéral. Une première proposition de dix noms et comprenant Philippe Martinez à sa tête a en effet échoué à recueillir la majorité des deux tiers requise au CCN, le 13 janvier. En cause, principalement, le fait que Thierry Lepaon ait participé à l’élaboration de cette proposition a été jugé inacceptable pour une partie des représentants des fédérations et des UD. Philippe Martinez a donc été mandaté pour repartir de zéro, avec pour feuille de route la composition d’un bureau ne comportant aucun membre de l’exécutif démissionnaire. Exercice réussi hier, mais qui n’efface pas pour autant les autres questions en suspens dans la CGT, que la crise de sa direction a fait remonter à la surface les profondes interrogations des syndiqués.

Cinq points en débat dans la confédération. C’est pour prendre ces débats à bras-le-corps avec l’intention de les conduire à leur terme dans le syndicat que le CCN doit aujourd’hui établir « un bilan » de « la mise en œuvre des orientations du 50e congrès confédéral », en vue de la préparation du prochain congrès, prévu en 2016, sur la base des cinq points développés par Thierry Lepaon devant les dirigeants des organisations de la CGT, le 15 décembre. Parmi ceux-ci, la démarche syndicale de la CGT et son adresse aux salariés, la place qu’elle occupe dans le paysage syndical et son rapport avec les autres confédérations, mais aussi avec les sphères politiques et associatives, et le fonctionnement démocratique interne du syndicat. « Ce sont là les orientations de la CGT qu’il faut préciser, mais attention, il nous faut de véritables échanges sur les questions de fond », estimait Philippe Martinez devant les dirigeants de la fédération de la métallurgie, le mois dernier. « “Régler” le cas du secrétaire général sans travailler à ces questions-là, c’est mentir aux syndiqués », soulignait-il encore, le 20 novembre.

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