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Europe : Juncker se rêve en chef de caserne, adjoint de l'Otan

Publié le par Daniel Sario

Jean-Claude Juncker a appelé ce week-end dans un journal allemand, le Welt am Sonntag, à la création d'une armée européenne.
Jean-Claude Juncker a appelé ce week-end dans un journal allemand, le Welt am Sonntag, à la création d'une armée européenne.
Le président de la Commission a proposé la création d'une « armée commune » européenne, dimanche, afin de défendre les valeurs de l'Union européenne face à la Russie. Par Gaël de Santis

Le président de la Commission européenne ressort une vieille lune : la constitution d'une défense européenne qui passerait par une « armée commune ». « On ne créerait pas une armée européenne pour l'utiliser immédiatement. Mais une armée commune à tous les Européens ferait comprendre à la Russie que nous sommes sérieux quand il s'agit de défendre les valeurs de l'Union européenne », a expliqué Jean-Claude Juncker, dans un entretien publié dimanche dans le Welt am Sonntag. En outre, fait-il valoir, une telle armée permettrait de rationaliser les dépenses militaires.

Cette option a été saluée par les milieux fédéralistes, qui prônent un transfert accru de pouvoirs des États membres vers les institutions européennes. « Notre avenir, en tant qu'Européens, passera un jour par une armée européenne »,s'est félicitée Ursula von der Leyen, ministre allemande de la Défense, plus fédéraliste qu'Angela Merkel. Elle avait assurée, le mois dernier, que « peut-être pas (ses) enfants, mais en tout cas (ses) petits-enfants (connaîtraient) des États-Unis d'Europe » avec leur propre armée. En France, c'est l'Union des fédéralistes européens (UEF) qui s'est réjouie. « La déclaration du président de la Commission démontre que nous sommes divisés alors que nous serions plus forts en étant unis. À savoir que (du fait qu'il existe) des armées et des diplomaties nationales concurrentes de celles européennes, l'Europe est condamnée à rester un nain politique », a déclaré Fabien Casenave, porte-parole de l'UEF. Ce n'est pas un hasard si les fédéralistes sont les plus fervents supporters de la proposition. Jean-Claude Juncker le dit lui-même : « Une telle armée nous aiderait à mettre au point une politique étrangère et de sécurité commune. » « L'image de l'Europe a souffert de façon dramatique. En termes de politique étrangère, il semble que nous ne soyons pas vraiment pris au sérieux », avance-t-il, convaincu que, dans le concert des nations, une puissance n'existe sur le plan diplomatique que si elle dispose d'une puissance de feu.L'idée de défense européenne a pu séduire par le passé une partie des forces politiques européennes, surtout centristes et sociales-démocrates, car elle aurait permis, selon elles, de s'émanciper de la tutelle états-unienne. Sans surprise, Londres a dit non à la proposition de Juncker. Pourtant, ce dernier a pris soin de préciser qu'il était hors de question de réduire le rôle dévolu à l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN).


Une stratégie d'encerclement de la Russie. L'annonce du président de la Commission, en ce moment précis, participe en effet de la stratégie d'encerclement de la Russie par l'Otan, dont les dirigeants multiplient les déclarations incendiaires contre Moscou. Juncker tourne le dos à la nécessaire construction d'une sécurité collective commune sur le Vieux Continent avec les responsables russes. Le contexte actuel après l'intervention russe en Géorgie et la guerre civile en Ukraine est certes tendu, mais il n'y a d'autre issue que le dialogue. « En 2008, l'alors président russe, Dmitri Medvedev, avait proposé de construire un cadre de sécurité commune entre son pays et l'UE », rappelle Francis Wurtz, ancien président de la Gauche unitaire européenne. Mais la Russie avait posé deux conditions : la fin de l'élargissement de l'Otan à ses frontières, et l'arrêt du déploiement du bouclier antimissiles. « À l'époque, les dirigeants européens n'avaient pas répondu à la sollicitation », souligne l'ex-député européen.

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