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La Tunisie debout, le Forum social maintenu

Publié le par Daniel Sario

Après la tuerie du musée du Bardo qui a endeuillé le pays, de nombreux rassemblements ont exprimé le rejet de la terreur.  Photo : S. Hamdaoui/AFP
Après la tuerie du musée du Bardo qui a endeuillé le pays, de nombreux rassemblements ont exprimé le rejet de la terreur. Photo : S. Hamdaoui/AFP
Deux jours après l'attentat qui a fait 21 morts au musée du Bardo à Tunis, les premiers éléments de l'enquête ont permis d'établir que les deux assaillants avaient été formés au maniement des armes en Libye voisine. Alors que les arrestations se poursuivent, plusieurs responsables politiques ont évoqué des failles sécuritaires.

Ces dernières 24 heures ont permis d'en savoir un peu plus sur le parcours des deux assaillants, identifiés mercredi comme étant Yassine Abidi et Saber Khachnaoui. Revendiquée par l' État Islamique l'attaque sans précédent depuis la révolution de janvier 2011 a coûté la vie à vingt touristes étrangers et un policier tunisien.

Formés en Libye. Les deux assaillants qui ont ouvert le feu à la kalachnikov sur les touristes à la descente de leur bus avant de les poursuivre dans les couloirs du musée se sont formés au maniement des armes en Libye, selon Rafik Chelly, le secrétaire d’État tunisiens aux affaires sécuritaires. Il s'agit de "deux éléments extrémistes salafistes takfiris. Ils ont quitté clandestinement le pays en décembre dernier pour la Libye et ont pu s'y former aux armes", a-t-il dit à la chaîne El Hiwar Ettounsi. Les deux assaillants, tués par les forces de sécurité, étaient "des éléments suspects" faisant partie "de ce qu'on appelle les cellules dormantes (...) et dont nous savons qu'ils peuvent mener des opérations mais il faut rassembler les indices pour pouvoir mener une arrestation", a expliqué Rafik Chelly. Selon des sources policières et familiales citées par l’AFP, la soeur Lobna, les frères, Maher et Mourad ainsi que le père de Saber Khachanoui ont été arrêtés dans la nuit de mercredi à jeudi par la police dans le district de Sbiba, dans la région de Kasserine, où la famille, pieuse, dispose d'une petite exploitation agricole. On ne sait pas s’ils font partie des neuf arrestations déjà annoncées jeudi par la présidence.

"Les gardes du musée du Bardo étaient au café". Hier, le président Essebi a salué "la promptitude" avec laquelle les forces de l'ordre s'étaient dépêchées sur les lieux mercredi. "Nous avons quand même réussi, grâce aux forces spéciales, à l'intervention rapide des brigades, à éviter une véritable catastrophe, parce que se trouvaient dans le musée au moment de l'attaque environ 300 personnes", a renchéri le ministre de l'Intérieur Najem Gharsalli. Mais dans le même temps, le chef du gouvernement, Habib Essid, avait reconnu des "failles", alors que quelques mètres séparent le musée du siège du Parlement où se tenait, au moment de l'attaque, une réunion sur la réforme de la loi antiterroriste. Le vice-président de l'Assemblée, Abdelfattah Mourou, a lui affirmé à l'AFP que mercredi, jour de l'attaque, "il n'y avait pas de police autour du Parlement et autour du musée". "J'ai appris qu'il y avait quatre policiers seulement qui devaient assurer la sécurité autour du Parlement, dont deux étaient au café. Le troisième mangeait un casse-croûte et le quatrième ne s'est pas présenté".

Riposte populaire. L’horreur du carnage et de la prise d’otages au Bardo, au coeur même de la capitale tunisienne, a d’autant plus choqué les Tunisiens que la situation dans le pays reste conflictuelle et fragile. Walid, un Tunisois, explique combien les habitants de son quartier sont à la fois touchés, malheureux et inquiets pour l’avenir. " C’est la première fois qu’un tel attentat se produit dans le centre de Tunis, si près du Parlement. Je crains moi aussi que le devenir de la Tunisie ne ressemble très vite au présent de la Libye", redoute-t-il, en espérant une puissante réponse populaire. Dès la fin d’après-midi, mercredi, des centaines de manifestants – jeunes, femmes, démocrates, citoyens – ont convergé devant le Théâtre de Tunis, sur l’avenue Habib-Bourguiba qui fut, en 2011, le coeur battant de la révolution. L’appel à la mobilisation citoyenne avait été lancé via Internet sur les réseaux sociaux, avant d’être repris par des militants et des citoyens engagés, comme Hamadi Zribi. "Nous avons démontré que le peuple tunisien n’avait pas peur, alors que déjà certains appelaient à rester chez soi. Il n’est pas question de donner prise à ces fascistes intégristes qui veulent tuer la démocratie", insiste-t-il. Quelques heurts ont éclaté, mercredi soir, lorsque des militants islamistes d’Ennahdha, accusés par des militants du Front populaire d’avoir "apporté une caution morale" aux assassins de Chokri Belaïd, figure du camp progressiste, ont tenté de se joindre à la manifestation.

Le Forum social mondial est maintenu. Quant au Forum social mondial (FSM), prévu à Tunis du mardi 24 mars au vendredi 28 mars il sera bel et bien maintenu. Les organisateurs de l’événement ont clairement décidé de ne pas céder à la panique. Joint par l’Humanité, Abderrahman Hedhili, coordinateur du comité d’organisation du FSM Tunis 2015, fait au contraire du maintien de cet événement une question de résistance face à la barbarie. "L’idée de reporter le FSM ne nous a même pas effleuré l’esprit. Certes, nous allons apporter quelques modifications au programme. La marche qui était prévue sur les lieux du forum aura finalement lieu au Bardo. C’est à la fois notre réponse à ce crime abject et l’expression de notre solidarité avec les familles des victimes", explique le responsable."Autre chose : il n’y aura pas d’absents au FSM. Tout le monde sera là. Tous les participants ont confirmé leur présence. Les messages ont été très nombreux. Il y aura une forte participation, peut-être plus importante que ce qu’on attendait. La mobilisation sera très forte. Cette opération terroriste n’influencera pas négativement l’organisation du FSM", ajoute-t-il

Le terrorisme figurera dans les débats. Un choix Environ 60 000 personnes venues des cinq continents sont attendues à cet événement qui se tient à Tunis pour la seconde fois, après une première mouture en 2013. Un choix qui n’est pas anodin dans une région du monde où les menaces économiques, sociales et militaires se multiplient. "Le FSM de 2013 avait de fait signé un tournant politique et citoyen en Tunisie. Mais force est de constater qu’après avoir été dès 2011, grâce aux révolutions et aux mouvements démocratiques, une source d’espoir pour elle-même, la région connaît des développements qui inspirent une profonde inquiétude", peut-on lire dans le dossier de présentation du FSM. Les récents événements ne font que confirmer un tel sentiment. Si les cinq principaux thèmes qui devaient être déclinés seront toujours au menu – citoyenneté et éducation ; migrations ; transition écologique, économique et sociale ; lutte contre le réchauffement climatique et la gestion de l’eau ; accès aux droits fondamentaux –, les attentats de mercredi ont modifié la donne. "Le contenu des thématiques du FSM va être modifié. La question du terrorisme qui frappe la Tunisie et notre région figurera donc dans les débats. On ne peut pas faire l’impasse sur la question. Nous n’avons pas encore décidé de la forme que cela allait prendre, mais nous sommes en train d’en débattre", conclut Abderrahman Hedhili.

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