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Pierre Laurent : « Une gauche nouvelle émerge dans ces départementales »

Publié le par Daniel Sario

Pierre Laurent : « Une gauche nouvelle émerge dans ces départementales »
Pour le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, le seul moyen de faire barrage à la droite et au FN tout en exigeant la fin de l’austérité au plan local et national est de « donner de la force au rassemblement en construction » dont les communistes sont parties prenantes, le 22 mars. Entretien réalisé Sébastien Crépel et Julia Hamlaoui

À six jours du premier tour des départementales, le secrétaire national du PCF, dont la formation, avec les autres forces du Front de gauche, a noué des alliances inédites avec EELV et Nouvelle Donne, décrypte les enjeux occultés du scrutin. Le 22 mars, il s’agit de protéger les politiques locales de solidarité face aux ambitions de la droite et du FN, explique Pierre Laurent, et de donner de la force à « cette gauche nouvelle qui émerge », pour en finir avec l’austérité.

Selon les prévisions, de nombreux électeurs s’apprêteraient à s’abstenir, dimanche. Vous estimez que « les Français sont privés de toute information et de débat sérieux pour forger leur opinion », quels sont les enjeux de ces élections départementales ?

Oui, les conditions démocratiques pour permettre l’information des citoyens n’ont pas été respectées. Ces élections sont pourtant très importantes. La participation au premier tour, le 22 mars, est donc le premier défi à relever. Les enjeux du scrutin ont été volontairement occultés. Le premier de ces enjeux, c’est la protection des politiques publiques de solidarité menées dans les départements. Les 65 milliards d’euros qu’ils consacrent chaque année aux dépenses publiques et sociales sont sous le coup d’une double menace : l’austérité gouvernementale, qui réduit le budget des collectivités locales, et la casse systématique des politiques de solidarité, que mettraient à coup sûr en œuvre la droite et l’extrême droite si elles conquièrent le pouvoir dans les départements. Il faut donc tout faire pour élire des femmes et des hommes de gauche qui sont prêts à résister à cette double menace pour continuer à tisser des liens de justice et d’égalité dans les territoires. C’est le sens des candidatures de rassemblement que nous avons construites dans 1 517 cantons. Chaque bulletin va compter. Dans un canton moyen, quelques dizaines de voix gagnées cette semaine, c’est à chaque fois 1 ou 2 % de plus.

Pour ces départementales, le Front de gauche a noué des alliances inédites avec d’autres forces de gauche, notamment Europe Écologie-les Verts et Nouvelle Donne. Ce rassemblement a-t-il valeur de test pour la suite ?

Ce rassemblement est d’abord à usage immédiat pour ces élections. Il s’agit d’unir au premier tour toutes les forces qui veulent une autre orientation à gauche, à commencer par la protection des politiques publiques de proximité. Il sera un point d’appui pour faire face à la droite et à l’extrême droite au second tour. Cette gauche nouvelle qui émerge devra ensuite poursuivre et amplifier ce rassemblement au lendemain des départementales. François Hollande vient de déclarer qu’il ne modifiera pas son cap. C’est de la méthode Coué car il devient évident que ce changement sera de plus en plus incontournable. Une politique qui échoue économiquement, socialement et politiquement n’a pas d’avenir. C’est donc du côté des forces qui ont commencé à se rassembler avec le Front de gauche, avec les écologistes, avec Nouvelle Donne, avec des socialistes qui ne se reconnaissent plus dans la politique du gouvernement que se situe l’espoir à renforcer. Lors du premier tour des départementales, j’invite donc tous les électeurs qui souhaitent une autre politique que l’austérité à donner de la force à ce rassemblement en construction dans le pays.

Le premier secrétaire du Parti socialiste met en garde contre le risque d’une défaite dont serait responsable la division « incompréhensible » de la gauche, qu’il compare à un « suicide politique en direct ». Un accord avec le PS aurait-il évité ce danger ?

J’en ai assez de ces dirigeants socialistes qui ont tous les pouvoirs et qui, à quinze jours d’une élection, passent leur temps à parler de suicide collectif, de défaite annoncée, de vague inévitable du FN ou d’enterrement de telle ou telle force à gauche. Nous, nous sommes mobilisés pour rassembler sans exclusive pour un espoir nouveau. C’est l’obstination à refuser la moindre inflexion de la politique Valls-Macron qui pénalise les candidats socialistes. Nous le disons depuis le début, et nous l’avons mis en œuvre en construisant nos candidatures : dans les départements, et dimanche dans les urnes, ce rassemblement peut s’opérer sur une base simple, celle de la promotion d’objectifs et de politiques publiques de solidarité. Le bulletin de vote pour nos candidats sera un message clair d’union sur ces objectifs.

Vous dénoncez le fait que le FN soit mis au centre du jeu à l’occasion de ce scrutin. Ne partagez-vous pas « l’angoisse » de Manuel Valls de le voir faire un bon score ?

Le danger et la menace sont évidents, mais pour y faire face, la peur instrumentalisée sans identifier les responsabilités peut être très mauvaise conseillère. La première tâche est de dénoncer la duperie du Front national. Il se présente comme une alternative au PS et à l’UMP en s’appuyant sur les renoncements du gouvernement, mais le contenu précis de son programme, de ses actes, là où il a déjà des élus, c’est l’attaque systématique contre les dépenses sociales qui protègent les familles populaires face à la crise, contre les effectifs des services publics, contre les dépenses de culture et d’éducation, contre le soutien aux associations qui assurent le lien social dans les quartiers populaires. Les mesures que le FN met en œuvre dans les villes qu’il dirige visent les tarifs sociaux des cantines, l’action sociale pour les familles. Nous devons démasquer sans relâche les visées réelles du FN. La deuxième tâche, c’est de montrer la voie concrète d’une alternative de gauche aux politiques d’austérité, qui financera la justice sociale pour tous en traquant l’évasion fiscale et en faisant payer la finance qui bat à nouveau des records à la Bourse. Notre combat contre le FN, qui préfère désigner les chômeurs et les immigrés mais se tait sur les assistés de la grande finance, sera efficace s’il marche sur ces deux pieds. Agiter la menace, comme le fait Manuel Valls, en intimant comme seule réponse l’injonction de se ranger derrière la loi Macron ou derrière la réduction de trois milliards d’euros des dépenses hospitalières, ça ne marche pas. Le meilleur moyen de faire reculer le FN, c’est de donner de la force aux propositions sociales de nos candidats le 22 mars.

Si, dans certains cantons, la gauche est éliminée au soir du premier tour au profit du FN, quelle sera l’attitude à tenir pour le Front de gauche ?

D’abord, l’élection n’est pas faite. Dans de très nombreux cantons, il est possible de conjurer cette menace en continuant le travail de mobilisation des électeurs cette semaine. Entre les deux tours comme après, notre effort de rassemblement devra se poursuivre, car il s’inscrit dans la durée. Il n’y aura pas pour nous de parenthèse entre les deux tours dans ce travail de rassemblement contre la droite et l’extrême droite, et pour une nouvelle politique de gauche. Et il est hors de question pour nous de banaliser la moindre élection d’un candidat FN, auquel nous ne donnerons jamais une voix. Chaque fois que le danger existera, nous ferons barrage. Notre combat pour un changement de gouvernement et de politique n’y gagnerait rien, bien au contraire, si l’extrême droite crédibilisait l’idée qu’elle est une alternative alors même qu’elle utiliserait les pouvoirs nouveaux gagnés dans les départements pour détruire systématiquement les solidarités et les politiques publiques construites par la gauche depuis des décennies.

Le Val-de-Marne et l’Allier, que le PCF préside, sont présentés comme des gains possibles pour la droite. Peut-on éviter ce scénario ?

Dans ces deux départements, le rapport de forces a toujours été très disputé. Il l’est aujourd’hui dans les conditions politiques nationales que nous connaissons. L’enjeu concerne la population de ces départements, ce n’est pas un enjeu partisan. Dans le Val-de-Marne, la majorité actuelle met en œuvre des politiques extrêmement utiles aux populations, avec 380 millions d’euros investis chaque année dans la solidarité, 76 crèches départementales quand il n’en existe que cinq dans le département de droite voisin des Hauts-de-Seine ! C’est 50 000 retraités non imposables qui bénéficient de la carte de réduction Améthyste dans les transports, c’est la réduction du tarif de la carte Imagine’R pour tous les étudiants, lycéens et collégiens. Et dans l’Allier, l’action de la majorité départementale, c’est la solidarité rurale, c’est un fonds de développement de l’agriculture qui aide au développement des filières bio, à la protection des agriculteurs indépendants, et à la mise en place de circuits courts, avec la fourniture dans les cantines de repas confectionnés à partir de 100 % de produits de l’Allier. J’ai confiance dans le vote des électeurs car ces politiques sont reconnues et appréciées. Nous leur proposons de les protéger en reconduisant la majorité de ces deux départements.

L’élection doit avoir lieu alors que le Parlement discute encore des futures compétences des départements. Les conseils départementaux, que le gouvernement voulait supprimer l’année dernière, sont-ils encore en danger ?

La plus grande confusion a été créée sur le rôle et l’avenir des départements. Je note cependant que Manuel Valls a été obligé de renoncer, pour le moment, à leur suppression parce que les Français sont attachés à leurs institutions de proximité. Mais le texte qui vient d’être voté à l’Assemblée nationale est inquiétant, car il dessaisit les communes d’un très grand nombre de compétences et laisse la porte ouverte à une évolution qui pourrait conduire à terme à la disparition des départements. Il faut se servir du bulletin de vote le 22 mars pour donner de la force à cette idée : « Mon département, j’y tiens. » La bataille que portent nos candidats pour maintenir les moyens véritables de politiques de solidarité de proximité, pour élargir et non réduire les espaces de démocratie locale, va continuer.

Mais comment les départements peuvent-ils continuer à être utiles, alors qu’ils voient leurs moyens se réduire sans cesse avec les politiques d’austérité menées par le gouvernement ?

C’est un point crucial. L’impasse dans laquelle la politique de réduction des dotations aux collectivités conduit la plupart des communes et des départements va obliger à en changer tôt ou tard. Les départements, comme les autres collectivités locales, ont besoin de retrouver des dotations à la mesure de leurs besoins. Cette austérité aveugle deviendra très vite intenable, sauf à faire ce que proposent la droite et l’extrême droite, détricoter les politiques de solidarité et faire sans cesse reculer la place des services publics. Mais les Français aspirent à l’inverse. La bataille engagée depuis des mois contre la réduction des moyens des collectivités va connaître une nouvelle étape avec ces élections départementales, elle en connaîtra une autre avec les élections régionales. Nous voulons contraindre le gouvernement à revenir sur la réduction des moyens. Ceux qui affirment qu’on peut maintenir le même niveau de services publics à la population avec les dotations prévues sont des menteurs.

Avec le changement de mode de scrutin, l’élection prend une dimension nationale dans un contexte où le gouvernement fait beaucoup de mécontents. Cette dimension doit-elle, selon vous, primer sur les enjeux locaux ?

Les deux dimensions se mêlent dans cette élection. La poursuite et l’amplification des politiques de solidarité pour le logement, le transport, pour les services publics dans les territoires, nécessitent un changement de cap de la politique nationale. Le vote pour les candidats soutenus par le Parti communiste et le Front de gauche est celui qui articule de la manière la plus efficace les dimensions nationale et locale du scrutin. La présence de nos candidats dans près de 80 % des cantons permet aux électeurs d’envoyer un message à gauche pour l’abandon de l’austérité et le retour à des politiques de justice sociale. Le score national qu’ils obtiendront comptera dans cette élection.

Partagez-vous l’avis de Cécile Duflot selon qui l’on serait « à l’aube d’une recomposition politique majeure », ainsi que son ambition affichée de faire émerger « une nouvelle force » à gauche ?

Ces propos font écho à un appel que j’ai moi-même lancé depuis l’été dernier. Je travaille sans relâche à la construction d’une offre politique nouvelle à gauche qui associe le Parti communiste et toutes les formations du Front de gauche, les écologistes, les socialistes qui refusent l’austérité et des citoyens engagés. Il ne s’agit plus d’un vœu pieux mais d’une réalité qui émerge. Des convergences se sont affirmées dans le débat parlementaire sur la loi Macron. Elles se concrétisent maintenant dans plusieurs centaines de cantons par des candidatures soutenues par tout ou partie de ces forces. Elles se sont aussi exprimées dans le soutien au nouveau gouvernement grec, et elles se construisent dans de nombreuses luttes locales pour la défense des services publics. Elles se mettent également en œuvre à travers l’appel des chantiers d’espoir. Le retour de la loi Macron au Sénat à partir du 7 avril et la mobilisation intersyndicale et interprofessionnelle le 9 avril donneront l’occasion à ces convergences de s’affirmer avec plus de force encore. J’y travaille activement.

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