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Gaz de schiste. Y a-t-il anguille sous la roche-mère ?

Publié le par Daniel Sario

Sous couvert de recherche d’hyrocarbures conventionnels en Seine-et-Marne, les sociétés attendent surtout le feu vert pour exploiter le gaz de schiste. Les collectifs se mobilisent.   Photo. Laurent Paillier/Haytham Pictures
Sous couvert de recherche d’hyrocarbures conventionnels en Seine-et-Marne, les sociétés attendent surtout le feu vert pour exploiter le gaz de schiste. Les collectifs se mobilisent. Photo. Laurent Paillier/Haytham Pictures
Alors que l’exploitation du gaz de schiste recule à travers le monde, les industriels français, eux, ne désespèrent pas de faire sauter une porte que l’État n’a pas totalement fermée. Par Eric Serres

François Hollande et Ségolène Royal ont eu beau dire et répéter leur opposition à l’exploitation par fracturation du gaz de schiste en France, le hasard du calendrier fait parfois mal les choses. À peine des industriels français annonçaient la création du Centre d’hydrocarbures non conventionnels (CHNC) que la ministre de l’Écologie validait une demande de prolongation exceptionnelle jusqu’au 6 janvier 2016 du permis exclusif de recherches de mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux, dit permis de Saint-Just-en-Brie (Seine-et-Marne), au profit de la société Vermilion REP (une filiale de Vermilion Energy, entreprise pétrolière canadienne. Filiale qui exploite des forages dans le Bassin aquitain, ainsi que dans le Bassin parisien)

Les compagnies pétrolières n’ont pas désarmé. Double langage gouvernemental qui peut laisser perplexe et interroge sérieusement les collectifs anti-gaz de schiste en Seine-et-Marne mais aussi partout en France. Car, malgré la loi de 2011 interdisant la fracturation en France, les compagnies pétrolières et toutes les sociétés affiliées n’ont pas désarmé : « Nous savons très bien que ces compagnies ne recherchent plus d’hydrocarbures conventionnels. La production n’y est pas assez importante, voire inexistante », explique Isabelle Lévy, du Collectif du pays fertois.Par contre, en région parisienne et donc en Seine-et-Marne, dans les années 1970, plus de 2000 forages ont eu lieu. La géologie des terrains est donc connue : « Ces gens-là ne font pas ces demandes pour quelques barils de pétrole de plus. Ils savent, car tout ceci est consultable en libre accès au BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières), que ces terrains sont aussi très bien pourvus en hydrocarbures non conventionnels. À l’époque des premiers carottages, on ne connaissait pas la fracturation », continue Isabelle Lévy.

Mais voilà, pour l’instant, pas question de mettre en avant ce qui est interdit. D’ailleurs, dans ce permis de Saint-Just-en-Brie, jamais il n’est question de fracturation. La lettre de la société au ministère précise : « Je tiens à vous préciser que Vermilion REP n’aura pas recours à la technique de la fracturation hydraulique dans le cadre de ses activités de recherches sur le permis de Saint-Just-en-Brie, conformément à l’article 1er de la loi n° 2011-835 du 13 juillet 2011. » Au cas où il y aurait des doutes, le ministère de l’Écologie appuie même sur le fait qu’il s’agit d’un permis exclusif de recherches de mines d’hydrocarbures conventionnels liquides ou gazeux. Étonnante précision car, selon Isabelle Lévy, « dans le code minier, le terme n’a pas de valeur juridique puisque ce même code ne fait pas le distinguo entre les hydrocarbures conventionnels et ceux non conventionnels »

Total, GDF Suez, Suez, Vallourec, Vinci... veulent leur part du gâteau. L’affaire ne s’arrête pourtant pas à ce seul cas. Les services de la ministre de l’Écologie étudient au même moment une douzaine de nouveaux permis de recherches d’hydrocarbures sur le sol français et examinent le renouvellement de plus d’une cinquantaine d’autres permis accordés avant le moratoire de 2011. Qu’est-ce qui pousse dès lors ces compagnies à ne pas lâcher le morceau ? De nombreuses raisons sont avancées. La première est que rares sont ceux qui croient à une chute sur le long terme du prix du baril de pétrole. Le président du CHNC, Jean-Louis Schilansky, ancien d’ExxonMobil, est de ceux-là : « Le baril à 45 ou 50 dollars, cela ne durera pas. »

La deuxième nous ramène au CHNC. Sous couvert de diffusion d’informations sur l’état des techniques, ce centre ressemble plus à une salle d’attente post-présidentielle 2017, à un cheval de Troie qui parie sur l’avenir qu’à un repère de professeurs Tournesol intéressés par le sujet, et ce, même s’il s’est affublé d’un conseil scientifique. Les membres fondateurs, Total, GDF Suez, Vallourec, Solvay, Air Liquide, Vinci, Arkema, Technip, Bureau Veritas et Suez Environnement, veulent leur part du gâteau et se préparent. Jean-Pierre Vivenot, du Collectif du pays de Coulommiers, n’y voit rien d’autre : « Pourquoi croyez-vous que toutes ces sociétés font à répétition des demandes de permis, de renouvellement ou de prolongation ? D’abord pour se placer sur le marché en cas de changement d’attitude de nos gouvernants. On peut d’ores et déjà s’inquiéter de l’attitude de notre ministre de l’Écologie. »

Après plusieurs lettres sans réponse du ministère de l’Écologie « ou inappropriée », les collectifs mobilisés doutent : « Delphine Batho, Philippe Martin nous ont toujours répondu, mais jamais madame Royal. Pourquoi ? » Certains avancent les amitiés datant de l’ENA de la ministre avec l’un des acteurs du marché, le très pro-gaz de schiste Philippe Crouzet, patron de Vallourec (société qui fabrique des tubes sans soudure destinés au forage pétrolier). Mais ce ne sont que des hypothèses. Maxime Combes, membre d’Attac, voit plus loin que ce seul marché français : «Une bataille idéologique s’est engagée sur l’avenir des énergies fossiles. Comment des entreprises françaises peuvent-elles tenter de vendre leur savoir-faire à l’extérieur si, dans leur propre pays, elles ne peuvent l’exploiter ?»

Dans le monde, pour les non-conventionnels, ça ne gaze plus ! Dans le monde entier, le gaz de schiste fait moins recette ? L’Écosse et le pays de Galles viennent d’interdire la fracturation hydraulique sur leur territoire. Le Parlement britannique, certes, veut exploiter cette ressource, mais en limite les zones d’exploitation potentielles. En Pologne, ex-eldorado schisteux de l’Europe de l’Est, les compagnies pétrolières ont lâché prise devant les faibles résultats. Seul le gouvernement polonais veut encore y croire. Aux États-Unis, pays qui le premier l’a exploité, le gaz refoule peu à peu. L’État de New York vient ainsi d’adopter un moratoire renouvelable tous les ans sur la fracturation hydraulique. La Californie et l’Ohio envisagent la même chose. À travers toute l’Amérique, des milliers de municipalités adoptent des moratoires pour éviter les dégâts causés par la fracturation. Enfin, n’oublions pas l’Algérie, où le sud du pays s’est embrasé contre son exploitation. Seule l’Allemagne semble aujourd’hui ne pas exclure l’idée d’exploiter son sol, mais pour combien de temps ?

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