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Montpellier va-t-il ségréguer les Roms ?

Publié le par Daniel Sario

Une proposition, qui rappelle la politique de ségrégation jadis mise en place dans les transports américains à l’encontre des Noirs. Photo : Pascal Guyot/AFP
Une proposition, qui rappelle la politique de ségrégation jadis mise en place dans les transports américains à l’encontre des Noirs. Photo : Pascal Guyot/AFP
Le syndicat Force ouvrière (FO) des bus montpelliérains réclame une navette spécial Roms en raison du «danger sanitaire» qu’ils représenteraient. Pour l’avocate Sophie Mazas, membre de la LDH : "le véritable danger sanitaire, c’est qu’à Montpellier rien n’est fait pour favoriser l’accès à l’hygiène de ceux qui vivent à la rue." Par Émilien Urbach

«Whites Only and Tourists », pouvait-on lire, il y a quelques décennies, sur les bus états-uniens. À Montpellier, c’est le syndicat Force ouvrière qui prend des postures ségrégationnistes. Bien que n’ayant « rien contre ces gens-là », Dominique Granier, délégué FO à la société des Transports de l’agglomération de Montpellier (TAM), propose de créer « une navette spécialement » pour les Roms qui empruntent régulièrement la ligne 9 afin de circuler de leur camp jusqu’au centre-ville, notamment pour aller à l’école. Selon lui, ces derniers constitueraient « un danger sanitaire » en raison de leur odeur qui serait « une véritable infection ». L’homme peut compter sur le soutien d’au moins un de ses collègues conducteurs, Djamel Boumaaz, par ailleurs conseiller municipal FN à Montpellier... Ce dernier assure que la direction aurait programmé un nettoyage spécifique plus important aux bus empruntés par les Roms, en attendant de mettre en place la sous-traitance de la partie du réseau concernée.

« C’est un retour de soixante ans en arrière, à l’époque de la ségrégation, s’indigne l’avocate Sophie Mazas, membre de la Ligue des droits de l’homme. Le véritable danger sanitaire, c’est qu’à Montpellier rien n’est fait pour favoriser l’accès à l’hygiène de ceux qui vivent à la rue. Et pas uniquement les Roms. » Dans l’agglomération, seule une vingtaine de douches sont disponibles pour près de huit cents mal-logés. Dans le bidonville où survivent les personnes incriminées, un unique robinet d’eau sert à plusieurs centaines de personnes.

Pour le délégué CGT de la TAM, Bernard Gotis, cette proposition est une honte : « On ne va pas tout de même pas reproduire l’apartheid. Ce n’est pas au pauvre qu’il faut s’attaquer, c’est à la pauvreté. » Et Sophie Mazas d’ajouter : « Comment un syndicat comme FO peut-il se positionner de la sorte ? Les Roms sont aussi des travailleurs. »

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