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Espagne : nouvelle percée du mouvement des "indignés"

Publié le par Daniel Sario

Le leader de Podemos Pablo Iglesias (G) à côté de Teresa Rodriguez, la candidate du parti en Andalousie, lors du meeting de fin de campagne à Dos Hermanas, près de Seville, le 20 mars 2015.  afp
Le leader de Podemos Pablo Iglesias (G) à côté de Teresa Rodriguez, la candidate du parti en Andalousie, lors du meeting de fin de campagne à Dos Hermanas, près de Seville, le 20 mars 2015. afp
Les candidatures citoyennes, héritières de l'esprit « indigné », sont les grandes gagnantes des municipales de dimanche, avec, en particulier, une victoire nette à Barcelone d'Ada Colau. La mairie de Madrid pourrait aussi basculer, à l'issue de négociations avec les socialistes. Ces succès vont relancer la dynamique Podemos d'ici aux législatives de la fin d'année.


Barcelone va devenir, avec une poignée d'autres villes, le laboratoire d'une autre manière de faire de la politique en Espagne. Quatre ans après le surgissement des « indignés » sur les places du pays en mai 2011, la candidature citoyenne emmenée par Ada Colau, mêlant acteurs des mouvements sociaux et membres de syndicats et de partis politiques de gauche, est arrivée en tête des municipales dimanche dans la capitale catalane, avec plus de 25 % des voix. « Je veux devenir maire, pour qu'il n'y ait plus de citoyens de première et de seconde zone », a déclaré Ada Colau dans la soirée, devant des centaines de personnes scandant « Si, se puede » (« C'est possible »), l'un des slogans du mouvement. La liste de la militante anti-expulsions Ada Colau est arrivée en tête devant celle du maire sortant Xavier Trias, un nationaliste conservateur: elle a obtenu onze sièges contre dix pour celui-ci, cinq pour Ciudadanos (centre droit) et quatre pour le Parti socialiste catalan.

A Madrid, la liste « Ahora Madrid » de Manuela Carmena, comprenant notamment Podemos, est deuxième après celle du Parti populaire (20 conseillers contre 21 conseillers) mais pourrait gouverner avec l’appui du Parti socialiste (neuf sièges), Ciudadanos arrivant quatrième (sept sièges). Dimanche soir peu avant minuit, la liesse a gagné les partisans de cette ancienne juge de 71 ans qui ont fêté ce qu’ils considèrent comme une victoire, dans cette capitale de l’Espagne tenue par la droite depuis 23 ans, berceau du mouvement des « indignés » contre la corruption et l’austérité. Non loin du musée du Prado, ils hurlaient de joie en écoutant l’ex-magistrate évoquer un moment « extraordinaire » après une campagne financée par les seuls dons des militants. « C’est merveilleux, enfin cette ville cessera d’être triste », se réjouissait Nacho Lopez, un acteur de 38 ans, dénonçant la politique « revancharde » de la droite face à la culture.

Rien pourtant n'est gagné pour les "indignés" et leurs alliés. Pour gouverner, ils devront passer des alliances, et surtout avec le PSOE, Ada Colau doit être investie par le conseil municipal et peut encore être renversée par une coalition d’opposants. A Madrid, le Parti Populaire, qui reste en tête mais perd 10 conseillers, croit encore en ses chances. « Nous devrions gouverner sauf en cas d’accord entre partis », a ainsi expliqué la rivale de Manuela Carmena, Esperanza Aguirre. « Si la seule façon que le PP parte c’est de conclure un accord », Manuela Carmena devrait le faire, « mais elle respectera toujours son programme, j’ai confiance en elle », affirmait une électrice de 50 ans, Ana Prada, qui disait avoir voté « pour la première fois avec joie ».

Un avant-gout des législatives de novembre 2015 ? Sur l’ensemble du pays, la droite ne s’effondre pas mais cède du terrain. Elle perd une région qui passe au Parti socialiste (Estrémadure, ouest) et en garde 12 sur les treize en lice, mais sans majorité absolue. Les voix du PSOE alliées à celles de Podemos dépassent souvent les siennes. « La prochaine législature municipale et régionale sera celle du dialogue et des accords » prédit Carlos Floriano, un des dirigeants du PP. Pedro Sanchez, secrétaire général du Parti socialiste, a lui estimé que les Espagnols avaient montré qu’ils voulaient un coup de barre à gauche, assurant qu’il appartiendra à son mouvement de faire en sorte qu’il y ait « des gouvernements progressistes » et « un changement sûr ».

Le dirigeant du PSOE aura l'occasion immédiate de passer des paroles aux actes et, pour commencer, en Andalouise où la fragmentation du paysage politique entraîne une situation de blocage depuis les élections régionales du mois de mars. Au pouvoir depuis 32 ans dans cette province du sud de l'Espagne, le PSOE reste la première force politique mais avec 47 sièges sur les 109 que compte l'assemblée régionale il ne peut gouverneur seul. Le PP, après de lourdes pertes, se retrouve avec 33 sièges. Podemos est troisième avec 15 sièges, suivi par Ciudadanos (9 élus). Susana Diaz, chef de file régionale du PSOE, aura-t-elle entendu le nouveau message des urnes, elle qui considérait récemment dans un interview qu'en « Andalousie comme à l'échelle nationale, le paysage politique espagnol tournait au chaos » ?

Au terme d'un scrutin qui donne un avant-goût des élections législatives de novembre prochain, le mouvement Podemos confirme son implantation dans le paysage politique espagnol en même temps que l'espoir populaire d'en finir avec l'austérité et la corruption. Créé en janvier 2014, Podemos gagne une troisième place dans douze régions. «Les partis au pouvoir ont eu les pires résultats de leur histoire » , a réagi fièrement Pablo Iglesias, son leader, promettant « un changement irréversible ». L’autre nouvelle formation nationale, Ciudadanos (citoyens), parti de centre droit né en Catalogne mais qui compte nombre d'anciens partisans du régime franquiste, s’est présenté dans un millier de mairies avec un discours favorable aux entrepreneurs et anti-corruption. Sa percée électorale soulage clairement la droite Mais, parallèlement, les Espagnols semblent vouloir tourner la page du bipartisme qui soutient la monarchie constitutionnelle instaurée avec la " transition " à la longue période du franquisme.Dans cet objectif démocratique il leur faudra se montrer vigilant afin d'éviter de multiples pièges dont les pires ne viendront pas systématiquement de leur pays.

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