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L’économie française malade de l’austérité

Publié le par Daniel Sario

L’économie française malade de l’austérité
En attendant la publication des chiffres sur l’évolution du chômage pour le mois d’avril, ceux qui concernent les dépenses de consommation des ménages et l’évolution des prix dans l’industrie montrent que notre économie souffre du tassement du pouvoir d’achat des ménages. Par Gérard Le Puil

En avril 2015, les dépenses de consommation des ménages en biens divers augmentent de 0,1% en volume après un recul de 0,7% en mars. Les dépenses d’alimentation des ménages ont augmenté de 0,4% en avril tandis que celles consacrées aux achats de bien durables ont reculé de 0,4%. Les achats de bien d’équipement du logement reculent de 0,2% en avril comme en mars tandis que les achats de voitures sont quasi stables (+ 0,1%). En avril, les consommations des ménages en énergie diminuent de 0,3% après une baisse de 3,3% en mars. Mais on sait que le prix des produits pétroliers a augmenté, ce qui explique probablement cette différence.

Dans ce contexte caractérisé par une faible demande, les prix des produits industriels destinés au marché français baissent de 0,4%. Il s’agit, selon l’INSEE, d’une conséquence du « recul des prix des industries extractives, énergie, eau » (-2,7% en avril), car « les prix des autres grands secteurs de l’industrie sont stables ou augmentent ». Alors que la France s’est beaucoup désindustrialisée depuis une trentaine d’années, les chiffres de ce mois d’avril nous indiquent aussi que les prix des produits industriels importés continuent d’augmenter (+ 0,4% en avril après +0,7% en mars et + 1,6% en février). « Ce sont les prix des produits de raffinage qui croissent le plus (+3,7%) suivis par ceux des autres produits industriels (+ 0,6%) notamment les produits chimiques », précise encore l’INSEE.

Ainsi, dans un pays qui ne produit désormais qu’une part toujours plus faible de ce qu’il consomme, le déficit de la balance commerciale risque encore d’augmenter alors que le nombre d’hommes et de femmes privés d’emploi augmente lui aussi. Et ce déficit sert d’argument au gouvernement pour réclamer plus d’austérité salariale; laquelle se traduit à son tour par une réduction de la demande qui débouche sur de nouveaux licenciements dans les entreprises ainsi que de nouveaux abandons de productions qui conduisent à augmenter les importations.

Toujours plus de marges pour les distributeurs. Ce vendredi 29 mai, au moment où tombaient les deux informations de l’INSEE, des paysans bretons, qui bloquaient deux sites d’approvisionnement de Géant Casino à Gaël en Ille et Vilaine et de Leclerc à Landerneau, venaient d’être expulsés par les gendarmes mobiles mobilisés en nombre. Entre temps, les paysans avaient découvert « des dizaines de palettes de viande porcine sans étiquetage clair de l’origine », un camion entier de produits laitiers en provenance de Belgique et d’autres produits laitiers importés des Pays Bas et du Danemark. Or la Bretagne produit plus de 50% de la production porcine française et environ 22% de la production laitière.

Mais ces importations inutiles sont utilisées par les distributeurs pour faire baisser les prix payés aux producteurs sans que cela ne profite finalement aux consommateurs. Seules les marges des distributeurs augmentent comme l’a récemment montré le rapport annuel de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires. Ce rapport montrait notamment que le prix du kilo de viande bovine payé à l’éleveur avait diminué de 33 centimes d’euros en 2014 par rapport à 2013 quand la marge du distributeur avait augmenté de 28 centimes. Pour la viande porcine, le prix payé à l’éleveur avait baissé de 24 centimes quand la marge du distributeur avait augmenté de 15 centimes. Pour le poulet standard, le prix du kilo de viande avait baissé de 10 centimes en un an tandis que la marge du distributeur avait augmenté de 9 centimes. Elle était de 1,78€ pour un kilo de viande tandis que le prix de ce même kilo payé à l’éleveur n’était que de 1,34€.

Voilà qui donne un éclairage bien utile pour lire les deux notes de conjoncture de l’INSEE pour le mois d’avril.

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