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La Grèce au cœur d’un affrontement entre deux stratégies européennes

Publié le par Daniel Sario

La Grèce au cœur d’un affrontement entre deux stratégies européennes
Dans une tribune publiée sur le site du Monde, le premier ministre grec met le blocage des négociations sur le compte d’un affrontement entre deux visions de l’Europe : l’une qui accepte la démocratie, l’autre qui vise à établir une zone euro à deux vitesses avec un « noyau central » qui imposerait l’austérité. Par Gaël de Santis

Les négociations traînent en longueur, à qui la faute ? Pour répondre à cette question, Alexis Tsipras a pris la plume en adressant une longue tribune, publiée ce dimanche sur le site Internet du journal « le Monde ». Dans ce texte, le premier ministre grec rappelle la « décision courageuse » du peuple grec, le 25 janvier dernier, d’oser « contester la voie à sens unique de l’austérité rigoureuse du Mémorandum ». Il montre les effets délétères de celle-ci sur l’économie grecque. Le taux d’endettement n’a pas diminué et « ce programme n’a pas réussi à redonner à l’économie grecque sa compétitivité ».

Le chef de gouvernement redonne ses objectifs dans les négociations : « mettre fin à ce cercle vicieux » d’une dette qui s’autoalimente « et à cette incertitude ». Il appelle à « un accord mutuellement bénéfique ». L’objet des négociations, rappelons-le, est de débloquer une dernière tranche de prêt promise par le Fonds monétaire international, la Banque centrale européen et les États de la zone euro à Athènes. « Cependant, certains soutiennent que le côté grec ne fait rien pour aller » vers un accord « parce qu’il se présente aux négociations avec intransigeances et sans propositions », relève-t-il. Alexis Tsipras rejette, dans son long texte, ces arguments et rappelle l’ampleur des concessions acceptées par Athènes et des « propositions concrètes » produites par son gouvernement « qui conduiront à une augmentation supplémentaire des recettes ».

L’ancien dirigeant de la Coalition de la gauche radicale (Syriza) donne des explications sur les lignes rouges fixées par sa majorité. Le « groupe de Bruxelles » qui regroupe les créanciers d’Athènes refuse que la Grèce rétablisse les conventions collectives. « La position de la Grèce est que sa législation concernant la protection des travailleurs doit correspondre aux normes européennes et ne peut pas violer de manière flagrante la législation européenne relative au droit du travail. Nous ne demandons rien de plus que ce qui est en vigueur dans tous les pays de la zone euro », rétorque Alexis Tsipras. Les créanciers réclament également une nouvelle baisse des retraites. Ici, le chef de gouvernement rappelle qu’elles ont déjà diminué ces dernières années « de 20 à 48% ».

Pour Alexis Tsipras, l’obsession de « certains représentants institutionnels » n’est pas seulement à chercher derrière le fait que ces derniers tentent de « couvrir l’échec de leur programme ». Le cœur du problème est ailleurs. La Grèce « se trouve au centre d’un conflit entre deux stratégies opposées sur l’avenir de l’intégration européenne ». « La première vise l’approfondissement de l’intégration européenne dans un contexte d’égalité et de solidarité entre ses peuples et ses citoyens », écrit-il. Les tenants de cette approche refusent de prendre « comme point de départ le fait (…) de forcer le nouveau gouvernement grec d’appliquer les mêmes politiques que les cabinets sortants qui ont d’ailleurs totalement échoué » et savent « que cela serait l’équivalent de l’abolition de la démocratie en Europe et le début d’une rupture inadmissible au sein de l’UE».

Et il y a une deuxième stratégie qui « conduit à la rupture et à la division de la zone euro », alerte Alexis Tsipras. « Le premier pas dans cette direction serait la formation d’une zone euro à deux vitesses », dotée d’un « noyau central » qui « imposerait aussi un super-ministre des finances pour la zone euro qui jouirait d’un pouvoir immense avec le droit de refuser des budgets nationaux même des États souverains qui ne seraient pas conformes aux doctrines du néolibéralisme extrême ». Ce choix « inaugure un processus d’incertitude économique et politique », avertit le premier ministre grec qui pose les termes du débat : quelle stratégie prévaudra ? « Celle du réalisme pour l’Europe de la solidarité, de l’égalité et de la démocratie ou bien celle de la rupture et finalement de la division ? »

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