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Les dessous malsains de la croissance en France

Publié le par Daniel Sario

Les dessous malsains de la croissance en France
Ce 13 mai 2015 la croissance de 0 ,6% du PIB au premier trimestre 2015 fait les grands titres de l’actualité. A regarder les choses de près, il n’y pourtant pas de quoi sauter au plafond. L’économie française a détruit 13.500 emplois durant ce même trimestre. Par Gérard Le Puill

Selon les derniers chiffres publiés par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) la croissance du produit intérieur brut (PIB) a été de 0,6% durant le premier trimestre de 2015. Mais, durant le même trimestre, l’emploi marchand a néanmoins reculé de 0,1% en France avec la destruction de 13.500 postes de travail. Durant ce premier trimestre, l’augmentation du PIB est surtout imputable à l’augmentation des dépenses de consommation des ménages qui progressent de 0,8% contre une progression de 0,1% le trimestre précédent. L’INSEE précise aussi « les dépenses d’énergie pour le chauffage rebondissent vivement, les températures ayant retrouvé des niveaux de saison après un quatrième trimestre particulièrement doux », en 2014.

Selon l’INSEE, «la consommation de bien fabriqués accélère également (+ 1,4% après + 0,5%) portée par les achats d’automobiles ». Mais, bien qu’ils dépensent plus sur ce trimestre, les ménages investissent moins. Selon l’Institut, cette baisse est de - 1,4% sur le premier trimestre 2015 après -1,1% au cours du dernier trimestre 2014, le recul des investissements des ménages dans l’achat de logements étant de -1,3% en ce premier trimestre après -0,9% le trimestre précédent. Bref, faute de pouvoir accéder à la propriété, on achète parfois une nouvelle voiture, le recours au crédit étant plus facile dans ce cas. Là est peut-être la principale explication de ce rebond trimestriel de la croissance française plus élevée que celle de la zone euro à + 0,4% sur ce premier trimestre 2015.

En dépit de la baisse du prix du pétrole ces derniers mois, cette croissance française n’a donc rien d’un signe de bonne santé économique. Ainsi, nos importations augmentent de 2,3% au premier trimestre 2015 après une augmentation de 1,5% le trimestre précédent à cause d’achats accrus d’énergie et de matériel de transport essentiellement. Dans le même temps, nos exportations ne progressent que de 0,9% au cours de ce trimestre contre + 2,5% le trimestre précédent.

+19% pour les actionnaires du CAC. Tandis que ce rebond de la croissance fait les titres de l’actualité, on oublie que les cours des actions des 40 plus grosses entreprises françaises cotées en Bourse ont augmenté de 19% depuis le début de l’année. En voilà un taux de croissance élevé! Mais cet argent qui spécule sur des profits attendus ne conduit pas les grandes entreprises à investir dans la production tandis que les petites qui voudraient produire davantage peinent à obtenir des emprunts auprès des banques. Ces dernières préfèrent spéculer sur les produits financiers depuis que la Banque centrale européenne (BCE) leur facilite ce jeu pervers en faisant tourner la planche à billet pour , officiellement, faire diminuer le loyer de l’argent.

Ce plan de 1.100 milliards d’euros que met la BCE sur les marchés en 18 mois au nom d’une politique « d’assouplissement quantitatif», que l’on nomme « quantitave easing» ( Q E) en anglais, pourrait même provoquer une nouvelle bulle financière débouchant sur une nouvelle crise monétaire. Ce que laisse entendre, après d’autres spécialistes de la finance Alberto Gallo, de RBS, dans Les Echos du 13 mai. « Les marchés, dit-il, sont devenus moins stables. C’est une conséquence du comportement moutonnier des investisseurs lié au QE. Beaucoup de fonds d’investissements fonctionnent de la même façon et prennent les mêmes risques. Aussi, quand les marchés sont sous l’eau, la plupart liquident leurs positions en même temps». C’est bien ainsi que murissent puis explosent les crises financières quand la politique monétaire se contente de gaver les spéculateurs au lieu de s’investir dans les dépenses utiles au bien-être de la population. Voilà ce qu’il faut voir en tête avant d’applaudir à ce + 0,6% de croissance du PIB durant les trois premiers mois de cette année.

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