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Les profs se mobilisent contre la réforme des collèges

Publié le par Daniel Sario

Manifestation des enseignants à Montpellier. Photo Fr3 Montpellier
Manifestation des enseignants à Montpellier. Photo Fr3 Montpellier

La journée de mobilisation d’hier contre la réforme du collège a rassemblée 50 % de grévistes chez les enseignants. Parmi les mesures les plus décriées, les 20 % d’heures hebdomadaires laissées à la disposition de chaque établissement. Une mesure qui risque de creuser les inégalités et casser le service public.

La réforme des collèges, et en particulier « l’autonomie » renforcée de leur organisation au risque d’aggraver la ségrégation sociale et territoriale, a mobilisé largement hier les enseignants. Contre elle. Appelée par l’intersyndicale Snes, Snalc, CGT, FO et SUD, la grève a été suivie à plus de 50 % selon le syndicat majoritaire affilié à la FSU. Seule la CFDT, par la voix de son secrétaire général, est venue au secours du projet gouvernemental, Laurent Berger y voyant une « politisation du débat ». Intervenant devant les députés socialistes, Manuel Valls a joué le passage en force, assurant que « le décret sera publié le plus rapidement possible » et, fermant la porte à peine entrouverte par sa ministre de l’Éducation, parlant d’« aménagements » possibles... Depuis Berlin, François Hollande a cru devoir intervenir également pour défendre le projet, devant reconnaître des interrogations « légitimes»...

Un collège à plusieurs vitesses ? Une éducation nationale où la concurrence et le «management» s’immiscent à tous les étages ? Dans le cortège parisien de la manifestation, de nombreux enseignants fustigent l’un des points-clés de la réforme du collège : l’autonomie des établissements. Selon le projet de Najat Vallaud-Belkacem, chaque établissement fixera, en effet, 20 % de l’emploi du temps. Soit trois heures par semaine en sixième, notamment pour la mise en place de l’aide personnalisée et le travail en petit groupe, et quatre heures en 5e, 4e et 3e, qui seront notamment utilisées par effectuer les fameux enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). Des « heures de souplesse » qui ne manquent pas d’inquiéter.

Le Snes revendique une carte des langues vivantes. Le ministère l’assure : cette autonomie se fera dans le respect des heures dues à chaque discipline dans l’année. Autrement dit, il ne sera pas possible de faire davantage de français en 5e et moins de maths, puis l’inverse en 4e. Mais voilà. Ces heures « autonomes » sont non seulement prises sur les heures des disciplines mais leur affectation sera décidée par le conseil pédagogique de l’établissement et, in fine, validée par le conseil d’administration, sous la houlette du principal.Un fonctionnement dénoncé par le Snes-FSU, principale organisation qui appelait à la grève hier. « Sans cadrage, des établissements implanteront une option, d’autres mettront les priorités sur les groupes et les dédoublements de classes, s’inquiète Frédérique Rolet, la secrétaire générale du syndicat.Les différences s’accentueront. » Pour stopper ce phénomène qui existe déjà, le Snes revendique une carte des langues vivantes, des options et une réflexion sur la carte scolaire. « Ce n’est pas en supprimant les sections bilangues que l’on va résoudre le problème, poursuit Frédérique Rolet. L’expérience nous a montré que lorsque l’utilisation des dotations n’est pas précisée, elles disparaissent notamment si les budgets sont contraints. »

Nathalie, professeur de mathématiques dans un collège public des Hauts-de-Seine, va dans le même sens. « D’un établissement à l’autre les enfants n’auront pas les mêmes garanties, les mêmes projets sachant que tous ne se valent pas et ne font pas appel aux mêmes compétences. Nous ne sommes pas du tout sûrs de pouvoir offrir l’égalité promise à tous les enfants de France. Et puis, ce qui sera décidé le sera en conseil d’administration. Et je crains qu’il y ait davantage de discordes dans les équipes. Avec le peu d’heures que l’on nous propose, il faudra trouver un consensus. »

Autonomie pédagogique et autonomie de gestion. Sur ce sujet, tous les profs ne sont pas sur la même longueur d’onde. Portée depuis des années par la droite, la question de l’autonomie séduit beaucoup dans l’enseignement privé, dont certains représentants n’ont pas hésité à venir défiler hier. « Tout n’est pas bon pour tout le monde. L’égalitarisme ne marche pas. Il faut de tout car tout le monde est différent », clame une professeure de mathématiques relayée par sa collège, professeur de français, latin et grec dans un établissement privé de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine). Le collège unique, elle n’y croit pas. « L’autonomie, je trouve cela très bien. Chaque établissement a une identité propre. Le fait que les établissements puissent faire comme ils le peuvent avec les profs et les élèves qu’ils ont, je trouve cela excellent. De plus, je ne vois pas un chef d’établissement se mettre à dos ses équipes. Cela se fera en concertation. C’est du management et du bon sens. Et puis la concurrence a toujours existé. »

Des propos qui font bondir Aurélia, enseignante d’allemand dans un collège classé en éducation prioritaire dans le 20e arrondissement de Paris. La professeure fait la nuance entre l’autonomie pédagogique, que de nombreux enseignants revendiquent, et l’autonomie de gestion, source de différenciation entre établissements. Elle y voit, derrière, une stratégie bien comprise. « Quelque part, ce n’est pas “l’autonomie” qui est en cause mais les moyens attribués aux établissements. L’État, par ce biais, se dégage de ses responsabilités comme à l’université et si j’en crois un proche, universitaire, l’autonomie ne marche pas bien, non ! », commente-t-elle.

Aux yeux de nombreux profs, l’autonomie entraînera inévitablement un creusement du fossé entre collèges. « On est déjà dans une école inégalitaire en fonction de l’endroit où l’on travaille. Entre le 5e arrondissement de Paris et le 93 il y a un monde. Si nous n’avons pas de base commune, cela va devenir encore plus catastrophique », s’insurge Isabelle, professeur de français. « L’un des thèmes proposés pour les enseignements pratiques interdisciplinaires porte sur la connaissance des entreprises. Là où les collégiens sont fortement orientés en lycée professionnel, on va forcément travailler ce thème alors qu’ailleurs on ira davantage vers la culture et les langues anciennes. Ce n’est pas normal. Il faut au contraire un bloc commun le plus longtemps possible mais il faut des moyens qui permettent de surmonter les difficultés. Rétablir les réseaux d’aide, renforcer le nombre de conseillers d’orientation, par exemple », conclut-elle. Ajoutant que ce qui l’intéresse vraiment, « c’est que mes élèves aillent vers plus d’autonomie, au niveau individuel, c’est intéressant ».

Pour le Snes, plus de 50 % des profs ont fait grève. Toujours la bagarre de chiffres. Le ministère de l’Éducation nationale comptait hier matin 27,61 % d’enseignants grévistes dans les collèges publics et 6,75 % dans le privé. Le Snes-FSU, principal syndicat d’enseignants du second degré, comptait lui « plus de 50 % » des professeurs en grève. Pourquoi une telle différence ? Les deux ne comptent pas la même chose. Le ministère globalise ses chiffres sur l’ensemble des professeurs d’un établissement. S’il y a 100 profs et 20 grévistes, cela fait 20 % de grévistes. Le Snes, plus logique, compte les grévistes parmi les profs censés travailler ce jour-là et étant donc susceptibles de se mettre en grève. S’il y a 20 grévistes pour 40 profs normalement présents, cela fait donc 50 % de grévistes. Le ministère a toujours refusé de compter ainsi, histoire de minimiser la contestation.

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