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Hasta l’Alternatiba siempre !

Publié le par Daniel Sario

Départ aujourd'hui de Bayonne. Photo AFP
Départ aujourd'hui de Bayonne. Photo AFP
De Bayonne, aujourd'hui, à Paris dans quatre mois, le mouvement qui fédère syndicats, associations et écologistes, lance sa caravane, première grande mobilisation climatique en France. Par Marie Noëlle Bertrand

Un coup de pédale (2 fois 10, en fait), et c’est la bataille climatique qui décolle. Ils doivent être donnés vendredi aux Halles de Bayonne, à 14 heures, devant un millier de personnes venues assister au départ de ce qui apparaît comme la première grande caravane vélocipède écologique de France. Imaginez. Cinq mille six cents kilomètres à biclou – il y en a trois : un de quatre selles, deux de trois, tous verts – avalés à raison d’une soixantaine par jour. Arrivée prévue dans quatre mois à Paris, les 26 et 27 septembre, après un road movie qui aura vu passer les rouleurs par 187 villes et villages, où d’autres vélos, trottinettes et machins à roulettes les auront accueillis en tambours et sonnettes pour, ensemble, exiger de transformer le système, avant que ledit système ne bousille l’atmosphère. Des milliers de personnes devraient, en bout de course, avoir participé à l’opération – on en attend près de 50 000 à la vélocution (manifestation en vélo) parisienne. Ce serait alors un tour de force, à graver dans l’histoire des mobilisations climatiques en France.

À sa genèse, un nom : Alternatiba. Lancé par une poignée de Basques, le mouvement n’existait pas voilà un an et demi. En l’espace de quelques mois, il s’est imposé comme élément moteur d’une lutte pour la justice climatique et sociale, déterminée à imposer ses propres solutions avant que la finance verte ne s’en charge. Car c’est là, l’essence à laquelle carbure Alternatiba. « Un : ne pas attendre que les solutions viennent d’en haut, et les mettre à l’œuvre par nous-mêmes », résume Txetx Etcheverry, un des fondateurs du mouvement. « Deux, ne pas se bercer d’illusions : la réponse devra passer par une transformation globale du système et une pression sur les politiques. » De ces principes, Alternatiba en a tiré une méthodologie : être radical et pragmatique, militant et ouvert, écolo et social, synthèse en passe de réussir à fédérer syndicats, associations et mouvements verts.

Lier luttes sociales et combat climatique. Tout a pourtant germé dans le creux d’une vague. C’était en 2010, en pleine gueule de bois post-Copenhague : la conférence internationale sur le climat, dont on avait juré qu’elle déboucherait sur un accord historique, venait de se conclure sur un échec cuisant. Et ravageur pour les mobilisations. Les mois qui avaient précédé le sommet les avaient vues fleurir. En France, plusieurs collectifs étaient nés, dont un à Bayonne, donc, baptisé Bizi !« Vivre ! », en basque. Rassemblant quelques dizaines de militants, poussés pour les uns sur le terreau d’une défense non violente de la culture basque, biberonnés, pour d’autres, aux lectures de René Dumont, Hervé Kempf, Naomi Klein ou Jean-Marie Harribey (1), Bizi ! avait inscrit l’action pacifiste à son code génétique et décidé, d’emblée, de lier luttes sociales et combat climatique. Bataille du rail aux côtés des cheminots, mise en chantier d’une monnaie locale ou travail sur la valorisation des déchets : « Nous nous étions lancés à fond », reprend Txetx Etcheverry. Mais ce fut le flop à Copenhague, donc, et derrière, l’aphasie, renforcée par les premiers impacts d’une crise économique aux vues court-termistes. Six mois après le grand raout mondial, journaux, débats, esprits étaient passés à autre chose. Les collectifs, pour la plupart, s’étaient dissous. Le « mouvement climat » cuvait. « Tout se passait comme si l’urgence climatique que nous avions été des millions à défendre n’avait plus court », reprend Txetx Etcheverry. « Nous le constations d’ailleurs : anxiogène, la problématique climatique devenait démobilisatrice. »

Une société bas-carbone peut conduire à une société plus juste. De ce constat maussade naîtra pourtant une nouvelle stratégie : celle de réenclencher les batailles en partant de solutions venues des citoyens, portant sur le transport, l’énergie, l’urbanisme, la consommation, l’emploi ou les solidarités. Le fond : montrer qu’une société bas carbone peut conduire à une société plus juste, et réciproquement. « Une fois perdue, la bataille climatique ne pourra jamais être regagnée », martèle Txext Etcheverry. L’impact sur l’eau, l’alimentation, la vie des populations sera définitif. « Comprendre cela, c’est comprendre que batailles sociales et climatiques sont intrinsèquement liées. » La graine Alternatiba était plantée, visant à faire pousser des « villages des alternatives » aux chemins tracés par l’économie vert-dollars un peu partout en France. Le 6 octobre 2013, elle donnait sa première récolte, à Bayonne, réunissant 12 000 personnes. En sortait un appel lu par Christiane Hessel à construire 10, 100, 1 000 autres villages du même type d’ici à la COP21. Signé par 98 organisations, depuis Attac jusqu’à la Fondation Nicolas-Hulot (FNH), il sera entendu. Un an après, 45 000 personnes y avaient déjà répondu à Nantes, à Gonesse, Socoa (près de Saint-Jean-de-Luz) ou Bordeaux. À la clé de ce succès, une démarche ouverte et participative, offrant la possibilité aux syndicats et aux associations d’intervenir au travers d’espaces thématiques.

Le mouvement a continué de prendre du champ dans le pré. On dénombre aujourd’hui 70 villages Alternatiba et 120 collectifs locaux. Le chanteur Max, alias Mali Karma, leur a écrit un tube, lancé pour le départ de la caravane, à la promo duquel le présentateur Moustique, de Canal Plus, a prêté sa trombine. Au reste, pendant que la caravane passe, les alternatives continuent : 4 villages se tiendront ce week-end, en Bretagne, au Pays basque et dans les Yvelines.

(1) Respectivement 1er candidat écologiste à l’élection présidentielle, en 1974, journaliste-essayiste, militant altermondialiste canadien et économiste atterré.

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