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Réfugiés de la Halle Pajol : Valls sort la matraque

Publié le par Daniel Sario

Réfugiés de la Halle Pajol : Valls sort la matraque
La situation s’est tendue dans la journée de lundi pour les ex-réfugiés du camp de la Chapelle. Regroupés à la halle Pajol depuis deux jours, ils ont été brutalement dispersés par les CRS.

«Que peut faire la société civile pour aider les migrants ? Que peut-on faire ? Que doit-on faire ?» Dimanche, en fin d’après midi, une habitante avait assailli de questions des élus PCF et EELV de la ville de Paris, devant la halle Pajol. C’est là, sur cette place du 18e arrondissement, qu’une centaine d’exilés, venus d’Érythrée, du Soudan, de Guinée ou d’ailleurs, se sont retrouvés après avoir été expulsés, une semaine plus tôt, de leur campement de fortune installé sous le pont du métro la Chapelle. Près de 350 personnes avaient été prises en charge, soit en hôtel, en centre de demandeurs d’asile, ou en centre d’hébergement, avaient expliqué la préfecture et la mairie, qui parlaient d’une évacuation exemplaire. Une centaine d’exilés, des hommes seuls, n’avaient pas pu en bénéficier, et dormaient devant la halle Pajol, récemment réhabilitée. Des dizaines de citoyens et des associations sont spontanément venus leur apporter le minimum vital. De la nourriture. Des plats cuisinés. Des nems. Des compotes. De l’eau. Des couvertures de survie. On commençait à s’organiser, dans ce quartier, parmi les plus populaires de la capitale. Des contacts se sont noués, des tours de garde organisés. Des élus avaient demandé l’ouverture d’une salle pour répondre aux conditions minimales d’existence et trouver des solutions adaptées.

Lundi, l’État a choisi une autre réponse : la matraque. «Nous organisions la distribution du déjeuner. Tous les migrants se mettaient en ligne, dans le calme. Les CRS se sont mis en ligne et nous ont encerclés », raconte Sara, 28 ans, choquée. Elle a un gros hématome au niveau de l’épaule. Les policiers casqués viennent de l’arracher à la chaîne de solidarité qui s’est formée pour éviter l’interpellation d’hommes dont le seul crime est d’avoir fui la guerre et la misère. Des élus républicains, écharpe bien en vue, se sont joints au rassemblement. Cela n’a pas empêché les brutalités policières. Les CRS ont foncé dans la masse. Avec armure, casques et matraques. Les charges se répètent pendant deux heures. Les coups pleuvent. Des migrants sont extirpés un à un, certains ayant perdu connaissance sous la violence de l’assaut. Catherine Belem, élue PCF du 18e arrondissement, saigne du nez. Hugo Touzet, plus jeune conseiller de Paris, tend à bout de bras sa carte d’élu. En vain. Dans la cohue, il est frappé par un policier casqué qui lui assène un coup de poing et le met au sol. Le cordon policier est à son tour encerclé par des citoyens et des militants, de plus en plus nombreux à affluer. Le barnum, prêté par le PCF est brutalement démonté. La table renversée. La nourriture piétinée. «Tout notre matériel a été détruit », déplore Sylvie Lhoste, d’Entraides citoyennes, association qui a assuré de nombreux repas depuis plusieurs jours. Elle est en pleurs.

« C’est la France, terre d’accueil ? », ironise, dégoûtée, une salariée de Syndex, entreprise de l’économie sociale et solidaire, installée dans le quartier. « Solidarité avec les réfugiés ! », « La République, c’est nous ! » crient d’autres témoins de la scène. Les migrants et les militants étouffent, comprimés contre le mur de l’auberge de Jeunesse Yves Robert et son slogan, affiché aux fenêtres : « Say Hi to the world ! » « Cette évacuation a été faite au pied levé sans prévenir les élus», enrage Hugo Touzet, élu communiste du 18e, à peine relevé du sol. Cette violence est, selon lui, la preuve du fiasco de cette stratégie de dispersion du ministère de l’Intérieur I« Nous en sommes à la troisième dispersion des migrants en une semaine, après celle de la Chapelle, et devant l’église de Saint-Bernard. » Conseiller régional PG, Éric Coquerel, suppliait l’adjoint du préfet, présent sur place, de calmer le jeu et de trouver un lieu neutre pour discuter des solutions d’accueil dignes et individualisées pour les migrants. Fin de non-recevoir. « Nous appliquons la loi », argue le préfet, pour qui l’ouverture d’une salle ferait appel d’air. «Nous demandons que cessent la répression et le harcèlement de ces populations victimes», a appelé de son côté, Nicolas Bonnet Oulaldj, président du groupe Communiste-Front de gauche au Conseil de Paris, qui propose « d’orienter les réfugiés vers les hébergements déjà existants, et d’expérimenter à Paris conjointement avec les services de l’État et les associations la création d’un site dédié et pérenne ». Le but ? Accueillir dans de bonnes conditions les réfugiés évitant leur éparpillement, la rupture des solidarités et permettant la construction de solutions viables.

Le PCF appelle à un rassemblement ce soir à 18h. Esplanade Pajol, Paris 18eme. Malgré les appels au calme et au dialogue de la part de nombreuses associations et élus locaux, la préfecture et le gouvernement de Valls ont choisit la manière forte pour interpeller les migrants qui s’étaient rassemblés depuis plusieurs jours sur l'esplanade Pajol faute d'hébergement. Pour protester contre les conditions de cette intervention qui n'a rien résolu - les réfugiés ont dormi une nouvelle fois à la rue la nuit dernière – le PCF appelle à la solidarité avec les migrants qui sont pour la plupart des réfugiés de la corne de l'Afrique, une zone de guerre.

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