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Retraites complémentaires. Le patronat, mis en échec, ne renonce pas

Publié le par Daniel Sario

Les retraités CGT de Balaruc sont mobilisés contre le Medefn
Les retraités CGT de Balaruc sont mobilisés contre le Medefn
M. Gattaz et ses amis veulent retarder l’âge du départ en retraite. Une double peine en somme : privés d’emploi et privés de la possibilité d’exercer leur droit à retraite ! C’est en effet la seule « solution » imaginée par le patronat pour équilibrer les comptes déficitaires des régimes de retraites complémentaires. Par Yves Housson


Au Medef, on ne craint pas les contradictions. Alors que les seniors (55-64 ans) restent massivement évincés des effectifs des entreprises, que le chômage continue d’augmenter dans cette catégorie d’âge (800.000 personnes touchées), M. Gattaz et ses amis veulent retarder l’âge du départ en retraite. Une double peine en somme : privés d’emploi et privés de la possibilité d’exercer leur droit à retraite ! C’est en effet la seule « solution » imaginée par le patronat pour équilibrer les comptes déficitaires des régimes de retraites complémentaires. Ouvertes en février dernier, les négociations sur l’Arrco et l’Agirc (dont les pensions représentent entre 30% et plus de 60%, selon les cas, de la retraite globale) devaient initialement se conclure ce lundi. Mais elles ont débouché sur un constat de désaccord, et la décision de reprendre les discussions pendant l’été lors de réunions bilatérales, puis d’une séance plénière le 16 octobre prochain. Une issue prévisible. En l’état, en effet, la plateforme défendue par les représentants des employeurs est jugée inacceptable par l’ensemble des syndicats.

Principale pierre d’achoppement : les abattements que le patronat persiste à vouloir imposer sur les pensions Arrco et Agirc pour celles et ceux qui voudraient partir avant 65 ans. Soit un coup de rabot de 30% pour un départ à 63 ans, de 20% pour un départ à 62 ans, de 10% pour un départ à 64 ans. La pension complète ne serait garantie qu’à 65 ans. L’objectif est limpide, et le Medef ne s’en cache pas : il s’agit, en utilisant cette arme dissuasive, de contraindre les salariés à reculer leur départ. « A défaut de pouvoir jouer sur l’âge légal, qui reste du seul ressort du gouvernement, le Medef veut bouger l‘âge effectif en créant les conditions pour que les salariés ne puissent partir, faute de moyens », expliquait Eric Aubin, chef des négociateurs CGT, lors d’un rassemblement organisé par la centrale avant le début de la négociation, devant le siège du Medef. « C’est inacceptable pour nous, dans un contexte où plus de 50% des salariés ne sont plus en activité à l’âge de 60 ans». Et de dénoncer « la philosophie » du projet patronal : « les économies sont sur le seul dos des retraités actuels et futurs. Les employeurs ne veulent pas mettre un euro de plus sur la table». Le Medef refuse toujours en effet mordicus toute hausse des cotisations pour apporter des ressources nouvelles dans les caisses de l’Agirc et de l’Arrco, tous deux déficitaires, et dont les réserves, qui permettent de continuer à verser les pensions, viendront, au rythme actuel, à épuisement, respectivement en 2018 et 2027.

Les positions des organisations de salariés. Pas hostile à des « efforts » des salariés, la CFDT récuse elle aussi les «abattements punitifs, visant à empêcher les salariés de partir », voulus par le patronat. La centrale de Laurent Berger jugerait toutefois acceptable une décote de 10% sur les pensions. Pour le même motif des abattements, la CFTC estime aussi « impossible de donner un avis positif ». Pour FO, le blocage a été provoqué à la fois par les abattements et par « l’absence de cotisation supplémentaires ». Des abattements avec lesquels le patronat a envoyé un message aux politiques : « reculez l’âge légal de départ », décrypte Philippe Pilhet, négociateur de FO. Le surcroît de cotisation nécessaire pour équilibrer les comptes ne ruinerait pas la compétitivité des entreprises, a fait observer le représentant de la CGC, Serge Lavagna. Le cégétiste Eric Aubin rappelant à ce propos combien les entreprises « se gavent à partir du Pacte de responsabilité, du CICE ou du crédit d’impôt recherche », plus de 40 milliards d’aides publiques. « Et elles ne pourraient mettre 6 milliards pour la retraite ?! » Dans la même vine, Philippe Pilhet, de FO, évoquait les « 110 milliards d’aides publiques de toutes natures versées aux entreprises ». « Impossible d’expliquer aux salariés que la totalité des efforts sont réalisés sur leur dos sans la moindre contribution des entreprises », en déduit la CGC, pour qui, toutefois, le principal obstacle à un accord vient de la demande du Medef de faire disparaitre le régime spécifique des cadres, l’Agirc, dans un nouveau « régime unifié ». Pas question, pour la CGC comme pour la CGT (la CFDT étant, au contraire, favorable à ce projet), d’acter la mort de l’Agirc sans en examiner au préalable les conséquences. En effet, le statut cadre serait alors remis en cause, avec les garanties de reconnaissance des qualifications et donc de salaires qui lui sont associées. De même qu’un avantage retraite spécifique prévu pour les cadres les plus défavorisés (une Garantie Minimale de Points, GMP).

Jamais à court d’imagination en matière d’austérité, le patronat, pour réaliser les 6,9 milliards d’euros d’économes jugés nécessaires, préconise également de prolonger la sous-indexation de la revalorisation des pensions (1,5 point au-dessous de l’inflation), ce qui reviendrait à décréter leur blocage. Mesure « dévastatrice pour la consommation, donc pour la croissance et l’emploi », observe Eric Aubin. Il entend encore s’attaquer aux pensions de réversion en « proratisant » leur montant en fonction du nombre d’années de mariage. Une attaque directe contre les femmes, principales bénéficiaires de la réversion.
Mis en échec hier, le Medef ne renonce pas à ses objectifs. A l’issue de la séance, son négociateur a continué de défendre ses propositions d’abattements « temporaires et dégressifs », en exerçant un chantage : à défaut, selon lui, ce sont des abattements définitifs qui s’imposeraient à tous en 2017. Et de mettre en avant « les pays alentour » où l’âge légal de départ est de 65 ou 67 ans. Parallèlement aux discussions de cet été sur les mesures de financement, syndicats et patronat devraient aborder dans un groupe de travail les modalités d’un « pilotage » à long terme des régimes complémentaires. La partie n’est donc pas jouée. Pour Eric Aubin, la prolongation de la négociation est une opportunité pour informer, sensibiliser davantage les salariés sur un enjeu social crucial : la retraite complémentaire représente, rappelons-le, entre 30 et plus de 60%, selon les cas, de la pension globale. Une opportunité aussi pour tenter d’imposer d’autres solutions permettant, par une contribution accrue des entreprises, de financer les régimes sans rogner les droits. Il y a urgence : plusieurs syndicalistes ont fait état hier d’une montée de l’inquiétude parmi les salariés pour leur future retraite.

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