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Après l'accord, la Grèce entre soulagement et consternation

Publié le par Daniel Sario

Angela Merkel, Alexis Tsipras et François Hollande durant le sommet européen à Bruxelles, le 12 juillet 2015. - Intime/Athen/REX Shutte/SIPA
Angela Merkel, Alexis Tsipras et François Hollande durant le sommet européen à Bruxelles, le 12 juillet 2015. - Intime/Athen/REX Shutte/SIPA
En direct d'Athènes avec Rosa Moussaoui, envoyée spéciale de l'Humanité : les réactions et analyses après l'annonce de "l'accord" à l'Eurogroupe.

11h : A Athènes, nuit blanches et gueule de bois. Après trois nuits sans sommeil, à suivre les débats de la Vouli, de l'Eurogroupe et du Conseil européen, à Athènes, les traits sont tirés et les cœurs, serrés. "Avec le spectacle que vient de nous donner l'Europe en maltraitant ainsi la Grèce, je me sens comme après une séparation. Comme un profond dépit amoureux", confie une électrice du "non". Sur le terrain politique, l'incertitude règne. La majorité parlementaire d'Alexis Tsipras le suivra-t-elle ? La cohésion de Syriza, où les débats s'annoncent houleux, sera-t-elle préservée? "C'est ambigu. Nous ressentons à la fois le soulagement d'avoir conjuré le scénario catastrophe de l'expulsion de la zone euro et de l'effondrement bancaire, et la colère de s'être fait imposer un paquet de mesures aussi difficiles, récessionnistes", confie-t-on dans l'entourage du ministre des Finances Euclide Tsakalotos. L'unité du gouvernement est mise à rude épreuve. Certaines sources évoquent un remaniement imminent. La question de la pérennité de l'alliance avec les souverainistes, en particulier, est posée, après que le chef des Grecs indépendants, Panos Kammenos, ministre de la Défense a, dans la nuit, évoqué les "limites" posées par son parti. "Il est avéré qu'ils veulent nous écraser", avait-il réagi sur son compte Twitter, pendant que les négociations à Bruxelles se poursuivaient.

13H « Vendez tout ! Même les plages ! », ordonnent-ils au Grecs. L’accord conclu à l’issue du Sommet de la zone euro prescrit à Athènes l’élaboration d’un « programme de privatisation nettement plus étoffé », les actifs de l’Etat grec devant être « transférés dans un fonds indépendant » de 50 milliards d’euros, avec, pour objectif, « le remboursement programmé du nouveau prêt du MES » et la « diminution du ratio d'endettement ». « Ce fonds serait mis en place en Grèce et géré par les autorités grecques sous la supervision des institutions européennes concernées », précise le communiqué. Contrairement aux desiderata du ministre allemand des Finances Wolfgang Schaüble, cet organisme devant superviser la mise en gage des biens publics ne sera pas basé dans le paradis fiscal luxembourgeois, mais à Athènes. En fait, la troïka avait déjà imposé, à travers le Taiped, la création d’une telle institution, chargé de brader les actifs de l’Etat grec. En 2013, la députée Syriza Zoé Konstantopoulou, aujourd’hui présidente de la Vouli, avait publié un Livre noir sur les affaires de corruption liées à la vente des biens publics par le Taiped, qui avait mis en solde jusqu’au littoral grec (voir le reportage du 5 juin 2014 http://www.humanite.fr/grece-plages-en-solde-le-littoral-vendu-la-decoupe-543492 ). Avec ce fonds, l’UE entend mettre sous tutelle le gouvernement grec, qui avait stoppé, avec l’arrivée de Syriza au pouvoir, une série de privatisations, comme celles de la compagnie publique d’électricité Déi, des ports du Pirée et de Thessalonique ou encore des anciens terrains côtiers de l’ancien aéroport d’Hellenicon, bradés pour 80 euros le mètre carré à l’oligarque grec Spiro Latsis par le gouvernement Samaras. Surtout, les créanciers se méfient des conditionnalités écologiques et sociales et des exigences du gouvernement grec en termes d’investissement. Dans son rapport préliminaire du 26 juin, où il admet que la dette grecque est insoutenable, le FMI, regrettait que les autorités grecs n’aient pas « fourni que des engagements vagues », leur reprochant d’avoir « déclaré leur opposition à la privatisation d’actifs clés ». Les recettes des privatisations « devraient être utilisé pour rembourser la dette », exigeaient les services de Christine Lagarde.

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