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Eleveurs ruinés par la mondialisation capitaliste

Publié le par Daniel Sario

Plusieurs dizaines d'éleveurs en colère ont commencé à bloquer les quatre principaux accès au périphérique de Caen. | Charly Triballeau - AFP
Plusieurs dizaines d'éleveurs en colère ont commencé à bloquer les quatre principaux accès au périphérique de Caen. | Charly Triballeau - AFP
Soumis à la double peine des prix bas du fait de la mondialisation capitaliste et de l’augmentation des coûts de production imputables à la sécheresse, les éleveurs ont mené des actions spectaculaires ces derniers jours. Stéphane Le Foll promet de le recevoir jeudi prochain, alors qu’un rapport sur les prix des produits agricoles doit lui être remis la veille. Par Gérard Le Puill

Les actions menées ce week-end et poursuivies aujourd’hui par les éleveurs normands autour de Caen ne sont pas surprenantes. Qu’ils produisent de la viande bovine, de la viande porcine ou du lait de vache, nous avons montré depuis plusieurs semaines que la situation des éleveurs devenait intenable. Dans ces trois productions, les prix payés aux paysans ne couvrent pas les coûts de production. A l’issue de réunions tenues au ministère de l’Agriculture en mai et le 17 juin, les abatteurs et les distributeurs s’étaient engagés à sur une hausse du prix du kilo de carcasse de bovin de 5 centimes par semaine durant douze semaines afin de parvenir à une augmentation globale de 60 centimes du kilo vers la fin de l’été.

Les mêmes avaient aussi donné leur parole pour une augmentation de 20 centimes du kilo de carcasse de porc dont le prix du marché au cadran de Plérin dans les Côtes d’Armor sert d’indicateur. Dans un cas comme dans l’autre, les engagements des abatteurs et des distributeurs ’ont pas été tenus, chacun accusant l’autre de ne pas avoir joué le jeu. Résultat, le prix du kilo de carcasse de porc était en légère baisse au début du mois de juillet par rapport à la dernière semaine de juin et il en était de même pour les jeunes bovins de boucherie comme pour les vaches de réforme.

S’agissant du lait, la sortie des quotas en avril 2015 a mis fin aux limitations des volumes à produire dans les 28 pays membres de l’Union européenne. Certains pays dont l’Allemagne, les Pays Bas, l’Irlande et la Pologne avaient déjà augmenté leur production et gardé plus de vaches que les années précédentes en vue de produire plus de lait à partir de cette année. Leur but était de gagner des parts de marché dans les pays non membres de l’Union européenne pour la poudre de lait, le beurre et certains fromages. Mais l’embargo russe décrété en août 2014 en rétorsion aux sanctions économiques prises par l’Europe contre la Russie a durablement fermé la porte à une partie des surplus laitiers européens. Comme les importations chinoises sont également moins importantes que prévues, il en résulte en Europe une surproduction laitière. Quand il y a surproduction, les industriels de la transformation laitière fabriquent davantage de beurre et de poudre de lait, deux produits stockables dont les cours mondiaux s’orientent alors à la baisse. Voilà pourquoi le prix moyen du lait payé aux producteurs a chuté de 17% depuis 2014 passant d’un prix moyen de 365€ les 1.000 litres à 305€ en ce début d’été 2015.

Certes solennel mais sans effets positifs. S’exprimant samedi lors d’un déplacement en Lozère, François Hollande a déclaré : « Je lance un appel à cette grande distribution, pour qu’elle offre aux consommateurs de la qualité et aux agriculteurs un prix ». Réplique facile de Jacques Creyssel , de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution : « les distributeurs ont joué le jeu , pour la viande comme pour le lait. Nous demandons que le médiateur (nommé par le gouvernement, ndlr) vérifie que cela a été le cas à tous les échelons de la filière. Dans nos rayons viande, notre marge est négative», a-t-il ajouté.

Cela peut arriver en effet pour deux raisons que le consommateur a du mal à saisir. Les viandes sont souvent des produits d’appel mis en promotion. Mais ce sont alors les abatteurs qui paient la note en baissant leur prix de vente à la grande enseigne. Quand elle met de la viande en promotion, la grande surface cherche à faire venir plus de clients dans ses magasins en se disant qu’ils y feront toutes leurs courses une fois entrés. Voilà à quoi servent les prix d’appel sur la viande. Mais il y a souvent une part d’invendus plus ou moins importante qui finira à la poubelle, voire sera donnée aux organisations caritatives pour cause de date limite de vente. Quand au consommateur « malin », il va congeler une bonne partie cette viande bon marché et en achètera rarement en dehors des promotions. Voilà comment les promotions servent aussi à faire baisser le prix de la viande payée au producteur, qu’elle soit porcine, bovine ou de volaille.

Voilà aussi pourquoi l’appel du président de la République aux grandes surfaces n’aura aucun effet. Il en aura d’autant moins que la concurrence intra-européenne est forte et que la Commission , avec l’accord des chefs d’Etat et de gouvernement -dont François Hollande – continue de négocier des accords de libre échange avec les Etats Unis et d’autres groupes de pays pour importer demain, avec des tarifs douaniers réduits, plus de viande des pays tiers dans l’Union européenne. Ajoutons que la sécheresse en cours, peut conduire beaucoup d’éleveurs de bovins à vendre plus d’animaux que prévu d’ici l’automne pour économiser les fourrages. Et cette nouvelle offre de viande sur un marché déprimé ferait encore baisser les prix.

Il est grand temps pour le gouvernement de sortir du commentaire sur la crise pour prendre des mesures susceptibles d’assurer un revenu aux éleveurs. Alors que les manifestants normands réclamaient la venue du ministre de l’Agriculture, ce dernier a fait savoir qu’il les recevrait jeudi prochain après avoir prix connaissance, la veille, d’un nouveau rapport du médiateur sur l’évolution des prix depuis le 17 juin.

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