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Grèce : connivences bourgeoises autour du magot

Publié le par Daniel Sario

Wolfgang Schäuble, ministre des finances allemand, se délecte des mesures imposées à la Grèce  Photo : Emmanuel Dunand/AFP
Wolfgang Schäuble, ministre des finances allemand, se délecte des mesures imposées à la Grèce Photo : Emmanuel Dunand/AFP
La proposition de Wolfgang Schäuble de transférer au Luxembourg 50 milliards d’euros d’actifs publics grecs illustre les intérêts financiers en jeu derrière l’austérité imposée au peuple hellène. Par Thomas Lemahieu

C’est le passage obligé dans les conversations sur les terrasses d’Athènes ou de Thessalonique. Irrité de voir l’Allemagne imposer ses dogmes austéritaires depuis cinq ans, aucun Grec, ou presque, ne se privera jamais de rappeler à son interlocuteur l’étendue du scandale Siemens, du nom de la multinationale mouillée dans une opération de méga-corruption – 70 millions d’euros de pots-de-vin – pour obtenir le contrat de numérisation du réseau de télécommunications public grec à la fin des années 1990. D’autres exemples existent. Les intérêts des multinationales en Grèce sont extrêmement importants et ils donnent lieu depuis des lustres à des transactions frauduleuses, au point qu’à son arrivée au pouvoir, le gouvernement Syriza a de suite examiné la possibilité d’écarter des marchés publics des multinationales comme Siemens, donc, mais aussi Eurocopter, Rheinmetall et NHIndustries. Derrière les marchés de l’armement, en particulier, plusieurs mastodontes lorgnent sur les entreprises et les biens publics condamnés à la privatisation par les mémorandums austéritaires. Les Chinois possèdent déjà une partie du port du Pirée. Des multinationales allemandes, françaises ou latino-américaines se positionnent pour acheter à prix cassés les autoroutes.

L’histoire de ce fonds éclaire les intérêts en jeu. Dans le contexte de braderie ouvert par la troïka, la proposition, émise le week-end dernier par le gouvernement allemand lors de l’Eurogroupe, puis au sein du sommet de la zone euro, de placer dans un fonds, l’Institut pour la croissance de la Grèce (Institute for Growth for Greece, IFG), domicilié au Luxembourg, 50 milliards d’euros d’actifs publics destinés à être privatisés, n’a pas manqué d’éveiller la curiosité. Même abandonnée à la dernière minute – elle a surtout servi d’épouvantail dans les « négociations » –, cette proposition révèle en fait l’intrication totale entre les intérêts politiques des bourgeoisies d’affaires grecque et allemande. « Nous avons réussi à éviter le transfert à l’étranger de nos biens publics », avait déclaré lundi matin Alexis Tsipras à la sortie du sommet de la zone euro.

L’histoire de ce fonds éclaire parfaitement les intérêts en jeu. Dès les premiers plans d’austérité en Grèce, un « groupe de travail européen », sous la tutelle de la Commission européenne, de la Banque européenne d’investissement et de la KFW (une banque parapublique allemande, comparable à la Caisse des dépôts et consignations en France, dont le conseil d’administration est du coup dirigé par Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances allemand), élabore le projet de constituer un « institut afin de promouvoir l’économie grecque ». Alimenté à hauteur de 100 millions d’euros par l’État grec et 100 millions d’euros par la KFW, l’institut est créé au printemps 2013, il a pour vocation officielle de prêter des fonds ou des facilités de financement aux PME grecques. En juillet 2013, autour du berceau de ce « fonds » délocalisé au Luxembourg, on trouve Wolfgang Schäuble, Antonis Samaras, le premier ministre grec (Nouvelle Démocratie) et son ministre des Finances de l’époque, Yannis Stournaras, devenu depuis gouverneur de la Banque centrale de Grèce et particulièrement actif ces derniers mois pour déstabiliser le gouvernement Tsipras.

Deux ans plus tard, c’est donc à ce fonds assez modeste (200 millions d’euros) que Wolfgang Schäuble voulait confier la gestion des 50 milliards d’euros que devrait rapporter la privatisation de tout, littéralement tout, ce que la Grèce possède encore. Dinguerie totale ou énième magouille d’un système capitaliste qui fait son beurre sur l’austérité imposée au peuple ? Un peu des deux, sans aucun doute.

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