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Les leçons d’économie d’un parasite

Publié le par Daniel Sario

Bénéficiaire d’une retraite chapeau de 299.000€ par an pour avoir passé moins de six ans à la tête de PSA Peugeot Citroën, Philippe Varin plaide dans «Les Echos» pour de nouveaux cadeaux aux entreprises du CAC 40. Au moins sait-il à quoi sert une partie des cadeaux versés au patronat par le gouvernement de Valls et de Hollande. Par Gérard Le Puill

Il faut avoir un toupet hors du commun pour titrer un point de vue «Compétitivité : ne relâchons pas l’effort » dans « Les Echos » ce mercredi 8 juillet quand on se nomme Philippe Varin. L’homme s’y présente comme « président du conseil d’administration d’Areva et président du cercle de l’Industrie ». Sans surprise, il plaide pour la baisse du coût du travail, salue ce qu’à fait le gouvernement dans ce domaine tout en considérant que ce n’est pas assez, car « l’ ensemble des allègements, CICE inclus, ne permettent de couvrir qu’un tiers de l’écart avec les prélèvements allemands». Il préconise donc d’aller plus loin dans ce domaine. Selon lui, «la suppression totale de la contribution sociale sur les sociétés(C3S) s’impose en premier lieu (...) Cette mesure doit aller de pair avec la suppression de la surtaxe exceptionnelle pesant sur l’impôt sur les sociétés en 2016 et avec la réduction de l’impôt sur les sociétés de 33% actuellement à 28% d’ici à 2020».

Les propos pourraient n’être qu’un sujet de débats parmi d’autres si Philippe Varin, né en 1952, n’avait pas le parcours que l’on sait. Son portrait Wikipédia sur internet nous indique qu’il a étudié chez les jésuites au lycée Saint-Joseph de Reims. On ne devait pas y enseigner le goût du partage si on en juge par les dernières années de la carrière de cet ingénieur civil des mines. « Il prend le 1er juin 2009 la direction du groupe PSA Peugeot Citroën en remplacement de Christian Streiff, limogé le 29 mars 2009 par le conseil de surveillance de PSA par Thierry Peugeot » est-il précisé. On nous rappelle ensuite qu’en 2010, « sa rémunération annuelle au sein de PSA atteint 3.253.000€». Mais il est remplacé en novembre 2013 par Carlos Tavares et, deux jours plus tard, il déclare renoncer à la « retraite chapeau» qu’il s’était fait voter par le conseil d’administration de PSA Peugeot Citroën et « qu’il devait toucher sous forme d’une rente versée jusqu’à la fin de sa vie à condition de terminer sa carrière chez PSA».

Ce ne fut que partie remise. « Le 6 mai 2015, il est annoncé qu’il touchera tout de même une retraite-chapeau de 299.000€ bruts par an grâce à un discret CDD lui ayant assuré l’ancienneté requise ». Récapitulons. Philippe Varin n’a été salarié de PSA Peugeot Citroën que durant six petites années. En 2010 son salaire brut mensuel était de 269. 641€. Comme retraité, il percevra une pension calculée sur ses cotisations de salarié et notamment la complémentaire que perçoivent tous les cadres ayant cotisé à l’AGIRC. Il percevra donc beaucoup plus que la pension moyenne des Français qui était 1.306€ net par mois en 2013 et qui n’a pas augmenté depuis. Mais jusque-là, il n’y a rien à dire, puisqu’il s’agit de la retraite « normale » de Philippe Varin comme dirait l’hôte de l’Elysée.

En revanche sa retraite chapeau s’élève à 24.916€ par mois et continuera d’être payée par le groupe PSA Peugeot Citroën jusqu’à la fin de sa vie. En effet, selon la définition qu’en donne le site « lafinancepourtous.com », «la retraite chapeau est en réalité définie dans l’article L137-11 du Code de la sécurité sociale. Il s’agit d’un « régime de retraite supplémentaire à prestations définies » dans lequel l’employeur s’engage à verser un complément de retraite à tout ou partie de ses salariés ou dirigeants. Elle s’ajoute aux régimes obligatoires (CNAV) et aux régimes complémentaires des salariés (Arrco) et des cadres( Agirc) . Pour son bénéficiaire, elle constitue une rente viagère dont le montant est fixé avec l’employeur en fonction de plusieurs critères (rémunération de l’assuré en fin de carrière, âge de départ à la retraite…)».

Dans le cas de Philippe Varin, il suffit de six petites années pour obtenir sans cotiser une rémunération mensuelle dite « chapeau » bien supérieure à la retraite acquise normalement au terme d’une carrière de cadre sans embûche et à laquelle elle s’ajoute. C’est anormal vis-à-vis des autres retraités. C’est encore plus anormal de lester une entreprise du paiement sur un temps long de telles retraites versées à des gens qui n’y travaillent plus et qui ont souvent géré ces firmes pour dégager des dividendes durant quelques années au détriment de la vision d’avenir. C’est même accroître les rendements financiers que les retraites chapeau ont été inventées dans le cercle restreint des profiteurs. Voilà pourquoi cette retraite chapeau disqualifie à jamais Philippe Varin et tous les parasites qui lui ressemblent pour nous donner des cours d’économie dans la presse. Voilà aussi pourquoi nos parlementaires devraient légiférer pour mettre fin à ce scandale.

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