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Opération enfumage sur les chiffres du chômage

Publié le par Daniel Sario

Opération enfumage sur les chiffres du chômage
Si le gouvernement s’est réjoui de la « quasi-stabilisation » du chômage à la suite de la publication des chiffres de lundi, le changement de la méthode de calcul masque en réalité une augmentation soutenue. Par Cécile Rousseau

Triturer les statistiques de Pôle emploi, voilà la nouvelle technique gouvernementale pour faire baisser le chômage. Lors de la publication des chiffres du mois de juin, lundi, la méthode de classement des demandeurs d’emploi avait été opportunément modifiée par la Dares, organisme statistique du ministère du Travail. Les données seraient plus « affinées » grâce aux recoupements d’informations administratives sur la rémunération des chômeurs en formation, en service civique ou en contrat aidé. Il s’agit en fait d’un tour de passe-passe pour faire basculer certaines personnes en formation ou en contrat précaire inscrites jusqu’alors en catégories A, B et C, (chômeurs n’ayant pas travaillé ou très peu) dans des catégories D (stages, formations) et E (contrats aidés). Ces deux dernières classifications n’étant pas prises en compte par Pôle emploi dans sa représentation médiatique du chômage. Une manière bien pratique de réduire artificiellement le phénomène. Même avec cette manœuvre prestidigitatrice, la hausse reste de 1 300 personnes en catégorie A, celle des chômeurs n’ayant pas du tout travaillé, portant leur nombre à 3,55 millions. Soit au total, 5,7 millions de demandeurs d’emploi recensés en catégories A, B et C (ces deux dernières catégories concernant les personnes ayant un peu travaillé), outre-mer compris. Sans cette manipulation des chiffres, l’augmentation est en réalité beaucoup plus forte, avec 10 000 personnes supplémentaires en catégorie A et 24 800 si on y ajoute les catégories B et C.

Les statistiques officielles face à la réalité des demandeurs d’emploi. À peine les statistiques publiées, le ministère du Travail a dégainé son communiqué, se réjouissant « du nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en catégorie A quasiment stable ». Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’Assemblée, lui, « se satisfait d’un signe d’espoir qui n’est pas un signe de victoire encore ». Quant aux «républicains », ils ont taclé l’échec de François Hollande. Éric Woerth, délégué général au projet du parti, notant que, « dans les autres pays, le chômage baisse réellement depuis des mois et des mois ».Si le gouvernement semble soulagé par ce résultat, c’est qu’il avait dû affronter une énième flambée du chômage en mai dernier. Une hausse accrue par un « événement inhabituel », doublant l’envoi de SMS et de messages vocaux de relance rappelant aux chômeurs de s’actualiser. De son côté, le directeur de Pôle emploi, Jean Bassères, a affirmé que les statistiques mensuelles de juin étaient «parfaitement fiables », mais ces chiffres sont difficilement interprétables et comparables avec les mois précédents. Ce récent « affinage » des données sert surtout d’outil à diminuer rapidement le chômage pour un gouvernement en panne sur le dossier. Dans un contexte de hausse du chômage quasi continue depuis 2008, il rouvre aussi le débat sur le calcul du nombre de demandeurs d’emploi. Interrogé le 22 juillet sur Europe 1, François Rebsamen avait remis en cause les données de Pôle emploi, lui préférant « les statistiques du BIT (Bureau international du travail) » pour lequel les critères de recensement des chômeurs sont plus restrictifs : il ne faut pas avoir du tout travaillé, être disponible dans les quinze jours et avoir cherché activement un emploi. Des chiffres donc, plus favorables à l’exécutif.

8 millions de demandeurs d'emplois selon les associations. Sélectionner les données les plus avantageuses, la méthode rappelle celle de Nicolas Sarkozy. Dans le débat d’entre-deux tours avec François Hollande, en mai 2012, il avait préféré se référer aux statistiques au sens du BIT quand Hollande brandissait les statistiques de Pôle emploi pour démontrer l’échec de son adversaire… Ces débats totalement stériles participent à la vision comptable du chômage et ne tiennent pas compte de la réalité. Pour les associations de chômeurs, le nombre de demandeurs d’emploi en France s’élèverait à 8 millions avec les non-inscrits à l’ex-ANPE. Après la publication controversée de ce lundi, François Hollande s’est dit déterminé. « C’est dans l’année 2016 que cette baisse crédible doit apparaître », a-t-il affirmé, conditionnant sa candidature en 2017 à la réussite de sa mission. Pour la CGT, au contraire, ces chiffres « sont désastreux, mais très significatifs : la croissance et la relance économique sont incompatibles avec les politiques d’austérité imposées dans toute l’Europe », le syndicat appelant à une revalorisation des salaires et une vrai politique industrielle. Mais, pour l’instant, à part des bidouillages de statistiques, les Français ne voient rien venir.

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