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Quand la crise de la dette grecque renfloue l’Allemagne

Publié le par Daniel Sario

Quand la crise de la dette grecque renfloue l’Allemagne
D’après un rapport de l’Institut Leibniz de recherche économique, Berlin a réalisé près de 100 milliards d’euros d’économies budgétaires depuis 2010 et profité des privatisations d’Athènes. Par Cathy Ceïbe avec Ferdinand Moeck

Outre-Rhin, la nouvelle ne semble pas émouvoir plus que cela. Lundi encore, le porte-parole de la chancelière Angela Merkel, Steffen Seibert, plaidait pour que « l’exhaustivité passe avant la rapidité » à propos des conditions imposées à la Grèce pour obtenir une première tranche du troisième plan, qui n’a d’aide que le nom. Le porte-parole de l’intransigeant ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, lui emboîtait le pas, en précisant les énièmes sacrifices auxquels doit se soumettre Athènes : « Un plan budgétaire et de financement ambitieux, une stratégie de privatisation crédible et une réforme des retraites durable. » La manière forte pour tout dialogue, en somme.

Les titres de la dette allemande ont constitué une valeur refuge. Pourtant, le gouvernement allemand devrait sans doute revoir le ton de sa copie. Selon un rapport de l’Institut Leibniz de recherche économique (IWH) rendu public lundi, la crise de la dette grecque aurait permis à l’Allemagne de réaliser des économies budgétaires de l’ordre de 100 milliards d’euros depuis 2010. Les économistes rappellent que les titres de la dette allemande ont constitué une valeur refuge pour les investisseurs étrangers, qui ont pu jouir d’une baisse des taux d’intérêts de ces emprunts. « On en vient à des taux simulés sur les emprunts d’État allemands qui, en moyenne entre 2010 et aujourd’hui, sont 3 % plus élevés que ce qu’ils ont été dans la réalité », estiment les experts. Implacables, ces derniers enfoncent le clou : « Ces économies dépassent le coût engendré par la crise et ce même si la Grèce ne remboursait pas entièrement sa dette. » Pour rappel : Berlin a consenti un prêt de 90 milliards d’euros à Athènes ces dernières années, soit une plus value de 10 milliards d’euros. « L’Allemagne a donc dans tous les cas profité de la crise grecque », concluent-ils, estimant que l’économie correspond à plus de 3 % du PIB. « Des mauvaises nouvelles en Grèce étaient de bonnes nouvelles en Allemagne et vice versa », soutiennent ces experts. Quelques critiques ont néanmoins été avancées, notamment celles pointant que la crise a eu pour conséquence une baisse des investissements ou encore des effets négatifs pour les salariés allemands. « Les épargnants sont beaucoup plus sinistrés, on doit faire le calcul comparatif », a déclaré Lars Feld, membre du Conseil allemand des experts économiques auprès du gouvernement allemand, au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung.

La ville de Francfort est gagnante sur le terrain des privatisations. Outre cette étude sur les taux d’intérêts, l’Allemagne est aussi gagnante sur le terrain des privatisations des services et entreprises grecs. Le Fonds de développement des biens de la République hellénique (Taiped) s’est vu confié, en 2011, la responsabilité de ces « libéralisations », dont la plus importante à ce jour reste la concession de quatorze aéroports régionaux accordée, pour un montant de 1,2 milliard d’euros, à l’entreprise allemande Fraport, qui, associée à une firme grecque, doit débourser une taxe annuelle de 22,9 millions. Les deux principaux actionnaires de ladite entreprise sont la région de Hesse (plus de 30 %) et la ville de Francfort (20 %). Les bénéfices risquent de s’avérer juteux puisqu’elle a fait main basse sur les aéroports les plus rentables du pays, parmi lesquels figurent les îles touristiques de Mykonos, Santorin, Corfou…

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