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Climat : bricolage présidentiel

Publié le par Daniel Sario

Climat : bricolage présidentiel
Les enjeux climatiques ont eu peu de place dans la conférence de presse de rentrée de François Hollande alors que nous sommes à 80 jours de la Conférence de Paris, connue désormais sous le nom de Cop 21. Normal, la France fait le contraire de ce qu’il conviendrait de faire pour lutter contre le réchauffement. Par Gérard Le Puill

A propos de la Cop 21, le président de la République a déclaré que les 195 pays concernés recevront en octobre « la base de négociation qu’ils n’ont pas eue jusqu’à présent», ajoutant qu’il « faut qu’il y ait un préaccord sur la question des financements pour que les chefs d’Etat arrivent à Paris en ayant la certitude que l’on va pouvoir conclure ». Mais conclure sur quoi précisément ? Les financements dont parle François Hollande concernent les 100 milliards d’euros que les pays riches seraient appelés à mettre sur la table pour financer des projets permettant notamment de développer des énergies renouvelables non émettrices de gaz à effet de serre dans les pays pauvres. Or, cet argent n’arrive pas. En attendant, la déforestation continue de plus belle dans la plupart de ces pays. Elle sert à vendre du bois aux pays développés et émergeants, puis à cultiver des palmiers à huile, de la canne à sucre, de l’hévéa et du soja selon les latitudes et les climats locaux afin d’exporter toutes ces matières premières vers les pays riches selon les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) fondées sur le dumping social et environnemental.

On ne pourra pas lutter efficacement contre le réchauffement climatique sans une remise en cause de ces règles mise en place en 1994 pour piller les ressources naturelles des pays pauvres. Ainsi, pour la seule année 2014, les superficies couvertes de forêts dans le monde ont reculé de 18 millions d’hectares, soit deux fois la superficie du Portugal. Au niveau mondial, 38% des coupes claires- qui consistent à couper tous les arbres pour introduire des cultures de rente- sont le fait de deux grands pays: le Brésil et l’Indonésie. Le premier nous livre beaucoup de soja pour nos élevages et développe aussi la culture de la canne à sucre pour produire des agro-carburants en plus du sucre. Le second n’en finit pas de raser des forêts pour produire toujours plus d’huile de palme pour l’industrie agro-alimentaire mais aussi pour les moteurs diesel. On nous rétorquera que cela ne se passe pas en France. Sauf que la France importe beaucoup de soja et d’huile de palme.

Un très mauvais signal avec avec la loi Macron sur les transports par cars. Dans un autre domaine, la France vient de donner un très mauvais exemple avec l’adoption de la loi Macron qui promeut des déplacements de ville en ville en autocars pour concurrencer le TGV et les TER. Ainsi, pour ne pas laisser trop de clients aux entreprises privées, la SNCF vient de mettre en place des lignes de cars baptisé « Ouibus » pour concurrencer ses propres TGV et TER. Dès le début de 2016, à savoir moins d’un mois après la conférence de Paris sur le climat, il sera possible à tout un chacun de prendre un car de la SNCF pour aller de Paris à Brest, à Dunkerque, à Strasbourg, à Genève, à Lyon et Grenoble, à Marseille et Nice, Nîmes, Montpellier, voire de prolonger le voyage en Espagne. On voyagera aussi en car SNCF de Paris à Toulouse et vers l’Espagne, de Paris à Bordeaux, de Paris à Nantes avec des arrêts dans de nombreuses villes moyennes desservies par le train.

Il est facile de comprendre que, pour deux ou trois dizaines d’euros de moins, il aura toujours des clients pour prendre le car plutôt que le train. Le bilan financier du rail en souffrira et le bilan carbone du transport des voyageurs augmentera sensiblement pendant que les régions- qui collectent aussi une partie de nos impôts- sont appelées à financer les TER, voire à prendre en charge une partie des travaux de modernisation des lignes TGV s’ils veulent que telle ou telle ville puisse être desservie à l’avenir.

Pendant ce temps, Réseau Ferré de France (RFF), la filière créée pour entretenir les voies sur injonction de la Commission européenne au nom de la libre concurrence qui casse le servie public, a laissé se dégrader des milliers de kilomètres de voies secondaires. Au point qu’il n’est plus possible de faire des convois de wagons de marchandise pour transporter du blé vers les ports d’embarquement alors qu’il existe des terminaux SNCF sur le site même de nombreuses coopératives de stockage du grain. Du coup, c’est en camion que des millions de tonnes de blé partent des coopératives en direction des ports d’embarquement pour l’exportation. Avec un coût du transport plus élevé que par le train en plus de la pollution induite par les camions !

Est-ce ainsi que le pays organisateur de la Cop 21 entend participer à l’indispensable effort planétaire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique?

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