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Mariage contre nature mais juteux entre Paris et Riyad

Publié le par Daniel Sario

Mariage contre nature mais juteux entre Paris et Riyad
Les liens entre la France et l’Arabie saoudite se sont resserrés sous la présidence de François Hollande. Fragilisé par le rapprochement de Washington et Téhéran, le royaume saoudien a jeté son dévolu sur Paris. Par Stéphane Aubouard

La France et l’Arabie saoudite s’aiment et se le disent, mais comme dans n’importe quel couple, ce sont les actes qui le prouvent. Sur 39 visites bilatérales décomptées depuis 1926 entre Paris et Riyad, 16 se sont déroulées sous la présidence Hollande entre mai 2012 et mai 2015. Seize visites officielles en trois ans dont quatre pour le seul président de la République. Nul autre pays n’aura bénéficié dans la période d’une cour aussi têtue de la part d’une France enivrée par les atours argentés du royaume wahhabite. L’ancien ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, s’y est déplacé quatre fois en 2013 et Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, trois fois la même année. Le redressement productif de la France s’apparentant surtout au redressement de nos ventes d’armes.

La parade nuptiale fait son effet et Riyad offre à Paris en novembre 2014 une première dote de 2,6 milliards d’euros par le truchement d’un accord-cadre signé par le ministre saoudien des Finances et le PDG d’Odas, la société créée à la demande de l’État français pour contribuer au développement des exportations dans le domaine de la défense, de la sécurité et des hautes technologies. Sur l’ensemble de l’année 2014, les exportations d’armes avaient atteint 7 milliards d’euros, en progression de 42,7 % par rapport à 2013. En juin 2015, Paris et Riyad ont également conclu 8 milliards d’euros de contrats et en septembre 2,5 milliards d’achats d’armements.

La France pactise avec l’une des dernières monarchies absolues. Le fait est que cette Arabie heureuse et vert-Islam est une épouse fidèle et bien accommodante pour un gouvernement français en recherche d’exportations « made in France ». De son côté, la gardienne de La Mecque, premier producteur et exportateur de pétrole au monde – ce qui ajoute à son charme –, a trouvé en Paris un nouveau partenaire rassurant. Après le rapprochement récent de Washington avec Téhéran, à la suite de la signature d’un accord sur le nucléaire iranien, Riyad s’est sentie déstabilisée. Ne pouvant compter ni sur le Royaume-Uni (allié naturel des États-Unis), ni sur l’Allemagne trop faible militairement, ni sur la Russie trop proche de Téhéran et de Damas, la dynastie des Saoud s’est naturellement tournée vers une France isolée diplomatiquement sur le dossier syrien et en manque de réussite économique. Aussi n’est-il pas étonnant que le couple franco-saoudien parle d’une même voix ces dernières 24 heures à New York, en excluant l’un et l’autre toute possibilité de négociation avec Bachar Al Assad : Paris, pour ne pas perdre la face ; Riyad, pour ne pas donner à Téhéran – ennemi numéro 1 en termes d’hégémonie culturelle musulmane régionale mais aussi deuxième producteur de pétrole et de gaz dans le monde – la possibilité de se renforcer diplomatiquement et politiquement en relançant son vieil ami alaouite.

Le mariage de raison est donc juteux pour les deux parties. Mais l’histoire jugera. En vendant à l’Arabie saoudite des armes, qui, aujourd’hui, servent essentiellement à l’armée libanaise et à la coalition arabe engagée au Yémen, la France, pays qui se réclame des droits de l’Homme, pactise consciemment avec l’une des dernières véritables monarchies absolues du monde, où l’absence de liberté d’expression, de démocratie, et de droits de l’homme règnent jour et nuit. Une monarchie temple, également d’un islam rigoriste, conquérant et même terroriste et source première de la radicalisation de l’islam.

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