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Stop à l'Horreur !

Publié le par Daniel Sario

Stop à l'Horreur !
La photo d’un enfant exilé mort noyé sur une plage turque a suscité une nausée collective face à l’égoïsme des pays de l’Union européenne. La solidarité reste une valeur importante pour de nombreux citoyens. Ils exhortent les dirigeants européens à sortir des logiques de rejet de l’étranger.

Son exil s’est terminé par une photo. L’embarcation était partie dans la nuit de mardi à mercredi depuis Bodrum, ville côtière turque. Cap sur Kos, cette île grecque où sont arrivés des réfugiés, syriens pour la plupart, par milliers. Et le naufrage. Parmi les douze corps, celui d’Aylan Kurdi, trois ans, celui de son frère, Galip, cinq ans, échoués sur une plage turque, et tous deux originaires de Kobané, la ville martyre du Kurdistan syrien qui a résisté aux assauts des djihadistes de Daech. L’image émeut, conduit à des appels à la compassion.

Mais le drame n’est pas nouveau. Plus de 2 643 personnes ont perdu la vie en Méditerranée depuis janvier. Si l’Europe se montre impuissante, la solidarité existe déjà, en actes. Mardi, submergée, la police de Munich en Allemagne a appelé les habitants à cesser leurs dons, trop nombreux. Dans ce pays où 800 000 demandeurs d’asile sont attendus cette année, une plateforme sur Internet, « Bienvenue aux réfugiés », a déjà permis d’héberger 122 exilés dans des familles. 10 000 Islandais se sont, sur le réseau social Facebook, dits prêts à accueillir des Syriens. En France, l’application Comme à la maison devrait permettre de loger des centaines, des milliers de réfugiés. Les actes de solidarité concrète existent aussi à Calais et à la frontière italienne : accueil, aide juridique, distribution de nourriture… Et ces mêmes citoyens engagés appellent aussi à un changement de politique.

La solidarité avec les exilés qui frappent aux portes de l’Union européenne (UE) appelle des changements politiques. Certaines communes françaises s’y attellent. Fin août, dans le Gard, par exemple, le conseil municipal du Vigan a voté l’accueil de trois familles syriennes et irakiennes. D’autres cas existent en Europe. En Espagne, les municipalités progressistes, telle Barcelone, se mobilisent, elles, en un réseau de « villes-refuges ». Un projet lancé vendredi dernier par la maire de la capitale catalane et auquel ont déjà répondu favorablement Madrid, Valence, La Corogne, Las Palmas, Vitoria, Pampelune…

Indécente incapacité à faire face. Depuis le drame de Lampedusa, au mois d’octobre 2013, au cours duquel 366 exilés trouvèrent la mort, des associations et ONG, comme le Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti), la Ligue des droits de l’homme, Amnesty International et d’autres, n’ont eu de cesse d’exhorter les pays membres de l’Union à changer de politique migratoire et à ouvrir des voies légales d’accès à leur territoire. Qu’il s’agisse de corridor humanitaire, de facilitation du regroupement familial, du renforcement des représentations consulaires à l’étranger pour la remise de visas, toutes ces propositions sont jusqu’alors restées lettre morte. Ces élans de solidarité dont témoignent ces communes, associations et milliers d’Européens solidaires ne parviennent pas à infléchir les politiques sécuritaires et xénophobes mises en place par les dirigeants de l’UE.

Alors que le nombre de nos semblables fuyant les guerres et la pauvreté ne cesse d’augmenter depuis les printemps arabes, en 2011, des barrières se sont érigées le long des frontières terrestres de l’Europe, forçant des milliers de réfugiés à risquer leur vie en prenant la mer. Trois ans plus tard, fin 2014, le nombre d’exilés étant passé de 70 000 à 220 000, le Conseil européen choisissait, malgré tout, de mettre fin à Mare Nostrum, l’opération de sauvetage en mer menée par l’Italie. Et lui préférait le renforcement de la surveillance militaire des frontières par le biais de l’agence Frontex. Au mois d’avril 2015, un énième drame devait coûter la vie à plus de 700 personnes. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) qualifiait alors la situation de « pire hécatombe jamais vue en Méditerranée ».

Les pays membres de l’UE ont été d’une indécente incapacité à faire face au drame. Les gouvernements européens n’ont finalement réussi à se mettre d’accord que trois mois plus tard, sur la répartition de 40 000 réfugiés. Un chiffre dérisoire au regard des 107 500 entrées d’exilés comptabilisées sur le seul mois de juillet 2015. Trois fois plus que sur la même période en 2014. L’Europe forteresse n’a, par ailleurs, pas jugé bon de mettre un terme aux accords de Dublin. Ces derniers laissent les pays aux frontières extérieures de l’Union gérer seuls l’accueil des réfugiés. L’UE a cependant trouvé un consensus autour de l’idée d’une nouvelle intervention armée au large de la Libye.

Légitimation de dictatures. La responsabilité de l’UE dans ces drames, dont la photo choc de l’enfant mort sur une plage turque révèle l’ignominie, ne se résume pas à sa seule incapacité à accueillir femmes et hommes en danger. Elle s’accompagne d’une baisse régulière de l’aide pour le développement. Ainsi, en 2015, la France a réduit son enveloppe de 9 %. Par ailleurs, l’externalisation de la gestion des flux migratoires, par le biais d’accords indignes comme ceux signés à Rabat en 2006 puis à Khartoum en 2014, conduit l’UE à légitimer des dictatures telles que le Soudan ou l’Érythrée. Le projet de nouveau centre de tri et d’identification des réfugiés au Niger, adopté par la Commission européenne avant l’été, s’inscrit dans le même processus.

« Les décisions de nos dirigeants sont souvent prises en fonction des perceptions de l’opinion publique, plutôt qu’à partir de faits réels, analyse François Gemenne, chercheur en science politique à l’université de Liège et de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. La photo du petit garçon mort sur la plage me rappelle celle de la petite fille nue qui avait suscité une réaction populaire de masse pour l’arrêt de la guerre du Vietnam. » Pour l’universitaire, après l’émotion provoquée par la publication de cette photo, l’opinion publique pourrait contraindre les dirigeants européens à construire « un consensus sur les mesures à prendre pour mettre fin au massacre».

Imposer une Europe de la solidarité. Pour la députée européenne du Front de gauche, Marie-Christine Vergiat, ce changement imposé par les citoyens est possible. « Il faut dépasser le compassionnel et construire des propositions politiques. Jusqu’ici, nous étions dans le fantasme de l’invasion, dénonce-t-elle. L’image de la mort d’un enfant est insupportable. C’est l’innocence qu’on tue. Il paraît que les valeurs de l’UE sont humanistes. Il n’y a pas d’humanisme qui ne soit universel. » Et d’ajouter : « Quand on constate le coût exorbitant des logiques de rejet de l’autre et le mal fait par les politiques d’austérité, on se dit que la question de la répartition des richesses est centrale. Il faut imposer une Europe de la solidarité. » L’idée mûrit d’un appel réunissant intellectuels, journalistes, responsables politiques et associatifs. Après l’émotion, nous ne sommes pas à l’abri du réveil citoyen.

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